Édition du 16 juin 2026

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Europe

Grande-Bretagne : effondrement du Parti travailliste et montée de l’extrême droite

Les élections qui se sont tenues le 7 mai dans une grande partie de la Grande-Bretagne ont porté un coup terrible au Parti travailliste actuellement au pouvoir. Celui-ci a perdu 1 229 conseiller·es municipaux en Angleterre1, s’est classé troisième aux élections au Parlement gallois, le Sennedd, et a perdu du terrain au sein du Parlement écossais.

8 juin 2026 | tiré d’inprecor.fr Simon Hannah
https://inprecor.fr/grande-bretagne-effondrement-du-parti-travailliste-et-montee-de-lextreme-droite

Le Parti travailliste a perdu le contrôle de 38 conseils municipaux anglais et de l’Assemblée galloise. Le Pays de Galles est un bastion du Parti travailliste depuis les années 1920, mais ces élections l’ont fait apparaître comme la troisième force, derrière le parti indépendantiste Plaid Cymru et le parti d’extrême droite Reform. En Écosse, le Parti travailliste a également été relégué à la deuxième place derrière le Parti national écossais, ex aequo avec Reform.

Il s’agissait du premier test majeur pour le gouvernement travailliste, élu en 2024 avec une large majorité parlementaire, après l’effondrement du gouvernement conservateur après des années de scandales et de crises internes. Le Parti travailliste a alors remporté la majorité tout en obtenant 2 millions de voix de moins qu’en 2019, lorsque Jeremy Corbyn dirigeait le parti.

La faillite de Starmer

Depuis son arrivée au pouvoir, le dirigeant travailliste Keir Starmer s’est révélé totalement incompétent : il a poursuivi la politique d’austérité, s’en est pris aux droits des migrant·es, s’est attaqué aux personnes transgenres et n’a pas résolu les crises du logement et des services sociaux pour adultes. Il a multiplié les revirements, proposant puis abandonnant des mesures, notamment l’augmentation des droits de succession pour les agriculteur·rices, la suppression de l’allocation de soutien au chauffage hivernal pour de nombreux·ses retraité·es et le maintien de la limite des allocations familiales à deux enfants par famille, une politique qui plonge des centaines de milliers d’enfants dans la pauvreté.

Le courant qui entoure Starmer n’est bon qu’à une seule chose : purger la gauche. Ils ont accédé au pouvoir en promettant des politiques qui semblaient relativement à gauche, puis en les abandonnant toutes et en déclarant la guerre à la gauche travailliste. Aujourd’hui, l’avenir de Starmer à la tête du parti semble très incertain, car de nombreux·ses député·es lui attribuent directement la responsabilité de ces défaites.

La montée de l’extrême droite

Au pouvoir, ils ont dû faire face à la croissance fulgurante de Reform, le parti d’extrême droite dirigé par Nigel Farage, la figure du mouvement Brexit qui s’est déroulé de 2015 à 2019. Lancé seulement depuis trois ans, Reform compte cependant déjà près de 277 000 membres. Ses propositions les plus populaires visent à empêcher l’arrivée de réfugié·es et plus généralement à limiter l’immigration, mais le parti propose également de démanteler l’État-providence et de procéder à d’énormes coupes dans les dépenses publiques, ainsi qu’à une déréglementation financière pour satisfaire ses principaux bailleurs de fonds, des crypto-millionnaires. C’est également un parti climatosceptique et anti-vaccins, avec Trump pour référence.

Mais il a désormais un concurrent à sa droite avec Restore Britain, qui revendique près de 100 000 membres. Restore est encore plus raciste et réactionnaire, appelant à des expulsions massives et à la suppression totale du droit d’asile. Il a commencé à gagner du terrain à Great Yarmouth, où est basé son député Rupert Lowe.

Lors des élections en Angleterre, Reform a remporté 1 372 sièges municipaux et pris le contrôle de 14 nouveaux conseils. Il reste le parti le plus populaire dans les sondages et est capable de remporter les prochaines élections générales, éventuellement en coalition avec ce qui reste du Parti conservateur.

Contradictions à gauche

Le point positif de ces élections a été le succès du Green Party of England and Wales, qui dispose d’un nouveau dirigeant, Zack Polanski. Situé à gauche, il a renversé la dynamique du Parti vert, avec des politiques de gauche intransigeantes visant à lutter contre les inégalités et la baisse du niveau de vie. Le nombre d’adhérent·es des Verts est passé de 90 000 à 250 000 dans l’année qui a suivi son accession à la direction, et le parti occupe désormais l’essentiel de l’espace politique à gauche du Parti travailliste. Ils ont remporté 577 sièges municipaux et, pour la première fois, pris le contrôle de six conseils locaux. Trois d’entre eux se trouvent dans des zones où ils avaient une tradition militante, et trois – à Londres – ont été obtenus en infligeant une défaite surprenante au Parti travailliste.

Cependant, les écosocialistes critiquent les Verts car il s’agit d’un parti entièrement voué au parlementarisme et, à ce titre, il vise à utiliser l’État britannique, impérialiste et profondément capitaliste, comme principal vecteur de changement. Ses structures internes sont très faibles, les sections locales se réunissent peu et les congrès sont ouverts à tous les membres. Il ne fait aucun doute que plus ils se rapprocheront du pouvoir, plus il sera pris en étau, tout comme ce fut le cas pour le Parti travailliste il y a 100 ans.

Your Party, lancé il y a moins d’un an par Jeremy Corbyn et une autre ancienne députée travailliste, Zarah Sultana, a été détruit de l’intérieur et avant même son lancement par des luttes factionnelles et par des pratiques hautement antidémocratiques de la part de Corbyn et de sa clique. Cet échec pose un sérieux problème à la gauche radicale.

Le Royaume-Uni est profondément déstabilisé

Bien que les élections se déroulent selon le scrutin majoritaire à un tour et non selon la représentation proportionnelle, tant pour les élections municipales en Angleterre que pour le Parlement de Westminster – un système qui a toujours favorisé les deux principaux partis politiques, le Parti travailliste et les conservateurs –, le Royaume-Uni s’oriente de plus en plus vers un système multipartite. Les partis indépendantistes, dominants au Pays de Galles et en Écosse, dirigent les administrations tandis qu’un nombre croissant de circonscriptions en Angleterre ont voté pour l’extrême droite ou le Green Party. 64 conseils locaux se sont retrouvés sans majorité absolue à l’issue des élections, ce qui signifie qu’aucun parti n’a obtenu la majorité.

Compte tenu des victoires des partis nationalistes, il existe une réelle possibilité de voir le Royaume-Uni se désintégrer dans les prochaines années, ce qui entraînerait des changements considérables dans la structure politique et sociale des îles britanniques.

Cette fragmentation de la politique britannique est le résultat de décennies de néolibéralisme et d’austérité, avec une baisse du niveau de vie depuis 2008 et un sentiment général de déclin. Pendant les 14 années qu’il a passé au pouvoir, le Parti conservateur a contribué à appauvrir et attaquer les travailleur·ses, et à intensifier l’offensive contre les immigré·es et les réfugié·es. Il n’y a pas réellement de différence politique entre le Parti travailliste et les conservateurs, à l’exception des années Jeremy Corbyn, lorsque la gauche a brièvement pris le contrôle du parti. Mais les attaques incessantes contre le « corbynisme » ont eu des effets profonds et ont montré que la droite travailliste n’accepterait jamais le retour de la social-démocratie au sein du parti.

Aujourd’hui, l’espoir du Parti travailliste réside dans un leader de gauche modérée comme Andy Burnham – actuellement maire de Manchester. Burnham était l’un des candidats battus par Corbyn en 2015 et sa réapparition en tant que leader de gauche montre à quel point la gauche travailliste est faible. Son programme politique est extrêmement limité et, s’il accédait au pouvoir, il continuerait à ne pas s’attaquer aux principales crises auxquelles le pays est confronté.

La menace d’un gouvernement d’extrême droite ne peut être ignorée ou minimisée et une victoire de Reform aux prochaines élections serait une défaite stratégique pour la classe ouvrière.

Le 12 mai 2026

1. Lors des élections municipales, les conseiller·es sont élu·es par quartier (ward) au scrutin uninominal à un tour. Le, la ou les candidat·es en tête dans le ward emporte·nt le siège, même sans avoir la majorité absolue. Selon les communes, le conseil municipal peut être renouvelé intégralement (tous les 4 ans), par tiers (3 années de suite puis il n’y a pas d’élection la 4e année) ou par moitié (une élection tous les deux ans).

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