Édition du 2 juin 2026

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Israël - Palestine

L’inaction du Conseil de la “paix” remplit son objectif

Plusieurs sources révèlent cette semaine que le “Conseil de la paix” se trouve en difficulté financière, un revers dont les Palestinien·nes pourraient être amené·es à payer le prix.

Tiré d’Agence média Palestine.

Après des déclarations tonitruantes et un lancement en grande pompe en janvier dernier à Davos, l’autoproclamé “Conseil de la paix” est au point mort, et pourrait le rester faute de moyens, affirment les informations du Financial Times (FT). En outre, l’AFP a révélé mercredi 27 mai que le Conseil n’a reçu aucun des 17 milliards de dollars promis à sa création en janvier.

En dépit des sollicitations de Donald Trump auprès des États du Golfe afin qu’ils s’engagent à verser des milliards de dollars, le FT rapporte que, quatre mois après sa création, le fonds financier du Conseil mis en place par la Banque mondiale n’avait reçu aucun versement.

Au lieu de cela, le Conseil aurait reçu des dons directement sur un compte bancaire ouvert à la banque américaine JPMorgan Chase, compte qui n’est soumis à aucune exigence de transparence indépendante : un mécanisme lui permettant de ne pas déclarer la source de son financement à ses donateurs, ni à ses 25 États membres. L’absence de transparence sur les financements ouvre la porte à des conflits d’intérêts déjà largement soupçonnés, alors que l’ONU estimait en avril dernier qu’il faudra plus de 71 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie pour la reconstruction de Gaza.

Plusieurs projets immobiliers visant à transformer Gaza en un pôle technologique de l’IA et en une mégapole ont été présentés officiellement ou révélés par la presse, ce que les critiques ont dénoncé comme une tentative de nettoyage ethnique des Palestiniens.

Récemment, le président indonésien Prabowo Subianto a déclaré que son pays ne paierait pas le milliard de dollars initialement réclamé pour prendre part au Conseil. Et la participation financière effective des autres pays reste incertaine ; les promesses de dons des capitales du Golfe ont toujours été conditionnelles, et l’Arabie saoudite et le Koweït ayant indiqué que leurs versements s’étaleraient sur plusieurs années. Il semble en outre que l’inaction du Conseil ait découragé la participation.

Le FT indique que de petits versements ont permis de payer notamment le bureau du Haut représentant Nikolaï Mladenov. Les Emirats arabes unis ont également accordé 100 millions de dollars pour former une nouvelle force de police à Gaza, mais ces fonds sont gelés.

Cette force de police devait être placée sous l’égide du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), le groupe de technocrates palestiniens chargé de gouverner la bande de Gaza après la guerre, mais dont Israël bloque l’entrée sur le territoire. En outre, le NCAG ne dispose actuellement d’aucun budget de fonctionnement.

Faire payer les Palestinien·nes, encore ?

L’Agence Reuters a révélé, le 15 mai dernier, que le Conseil de la “paix” envisageait de réaffecter à la bande de Gaza une partie des 5 milliards de dollars de recettes douanières retenus à l’Autorité palestinienne (AP) par Israël : une somme gelée, mais qui appartient aux Palestinien·nes vivant en Cisjordanie occupée, que l’AP est censée représenter.

La demande n’étant pas officielle, les réponses ne le sont pas non plus. L’AP a jusqu’ici toujours refusé que ses fonds gelés ne soient utilisés, y compris à des fins qui profiteraient aux civils de Gaza, y voyant une violation de sa souveraineté. Mais selon Mondoweiss, certaines déclarations laissent entendre qu’elle pourrait reconsidérer cette position, amenant la population colonisée à payer pour l’architecture administrative de sa propre dépossession.

Les taxes perçues par Israël sur les marchandises importées à destination des territoires palestiniens (taxes douanières) ont été presque entièrement retenues depuis le printemps 2025. Sur les 10,293 milliards de shekels (3,5 milliards de dollars) de recettes douanières dues pour 2025, Israël n’a transféré que 1,951 milliard de shekels (670 millions de dollars), soit l’équivalent des quatre premiers mois de cette année-là, alors qu’une crise économique sans précédent terrasse la Cisjordanie occupée.

“Cette réserve accumulée de capacité fiscale palestinienne détournée constitue désormais la source de capitaux la plus accessible que Washington puisse identifier pour son architecture d’après-guerre”, explique Ahmed Alqarout. “Cette entité ne peut pas émettre de titres de dette souveraine. Elle n’a pas le pouvoir légal de prélever des impôts. Elle peut toutefois faire pression sur Israël pour que ce dernier débloque les fonds palestiniens selon les conditions fixées par Washington, et c’est précisément ce qui fait actuellement l’objet de discussions.”

Dysfonctionnement, ou objectif rempli ?

Donald Trump promettait que la création du Conseil de la paix serait l’une des « plus importantes » de l’histoire mondiale. Il présentait son Conseil comme un outil pour appliquer le plan de “paix”, avant de multiplier les déclarations laissant entendre que le Conseil étendrait son action jusqu’à imposer un nouvel ordre colonial mondial.

Mais si l’objectif initial du Conseil n’était pas clair, son utilité dans l’application dudit plan de “paix” à Gaza l’est encore moins. Pour rappel, ce plan de “paix” est intervenu alors que la pression internationale, elle-même engagée par une mobilisation internationale de solidarité, dénonçait le génocide commis par Israël à Gaza.

S’il a apporté un relatif répit aux Palestinien·nes, le plan n’a pas été respecté par Israël, outre les échanges de prisonnier·es : les bombardements n’ont pas cessé, l’aide humanitaire est toujours entravée et les troupes israéliennes déplacent leur “ligne jaune” pour étendre leur zone de contrôle.

La semaine dernière, son Haut représentant Nikolaï Mladenov alertait contre le risque qu’un statu quo s’installe dans la situation actuelle, faisant du cessez-le-feu imparfait dans un territoire divisé et ravagé une situation “permanente”.

Dans une déclaration d’une fermeté rare pour cet organisme, Nikolaï Mladenov a affirmé que “la mise en œuvre ne peut pas avancer uniquement grâce au respect des obligations palestiniennes”, enjoignant Israël a respecter ses engagements dans le plan de “paix” en ajoutant que “les meurtres incessants et les restrictions israéliennes qui entravent l’acheminement de l’aide humanitaire ne sont pas des problèmes abstraits.”

Israël, qui figure parmi les pays membres du Conseil de la paix, ne semble pas entendre ces recommandations et n’en subit aucune conséquence. Et la “permanence” contre laquelle avertit Mladenov pourrait justement être son objectif. Par l’occupation et la destruction, Israël crée les conditions irréversibles d’un nettoyage ethnique.

Cette semaine, le président israélien Benjamin Netanyahou a annoncé avoir donné l’ordre à l’armée israélienne de faire fi des termes du cessez-le-feu entré en vigueur en octobre et de prendre le contrôle de 70% de la bande de Gaza. De son côté, le ministre israélien de la Défense a affirmé être déterminé à procéder au nettoyage ethnique de Gaza par le biais d’une migration massive des Palestiniens, dans le cadre des plans d’Israël pour ce territoire prévus de très longue date.

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