Édition du 16 juin 2020

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Élections fédérales 2015

Chronique électorale

La conclusion est simple : lutter contre le dérèglement climatique, c’est également lutter pour les droits des femmes

La réalité des personnes réfugiées climatiques devient de plus en plus critique. Pour mieux comprendre ce phénomène, nous avons trouvé deux définitions similaires : les réfugiés climatiques ou écologiques ou écoréfugiés sont une catégorie de réfugiés environnementaux.

Ce sont des personnes ou groupes qui sont obligés de se déplacer - de façon temporaire ou permanente - à cause de la dégradation de leur environnement local ou biogéographique, qui ne leur permet plus de vivre normalement en sécurité et de subvenir à leurs besoins primaires. Ce sont souvent des agriculteurs, mais aussi parfois des chasseurs-cueilleurs, des pêcheurs ou des éleveurs. » [1]

« L’expression « réfugié climatique » date des années 80. En 1985, un rapport pour le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) définit le concept comme suit : « ceux qui sont forcés de quitter leur lieu de vie temporairement ou de façon permanente à cause d’une rupture environnementale (d’origine naturelle ou humaine) qui a mis en péril leur existence ou sérieusement affecté leurs conditions de vie(1) ». Voilà donc une définition qui ratisse large ; le terme s’applique tout autant à une personne qui doit quitter son domicile en raison d’une catastrophe naturelle soudaine qu’à un individu qui voit son habitat se dégrader progressivement, par la sécheresse par exemple. » [2]

Avec la Conférence de Paris, fin 2015, la question des réfugiéEs climatiques va devenir de plus en plus d’actualité. En plus de la faune, de la flore, des océans, du climat, c’est maintenant le sort de l’humanité qui est en jeu.

On compte en 2013 plus de 22 millions de personnes déplacées et en 2050 ce sera plus de 250 millions. C’est 2 fois plus qu’en 1970.

« Selon le Norwegian Refugee Council (NRC, Conseil norvégien pour les réfugiés), une organisation indépendante spécialisée dans l’aide d’urgence, 22 millions de personnes ont été déplacées en 2013 en raison des désastres naturels. » [3]

« Ils devraient être 250 millions de déplacés climatiques dans le monde d’ici 2050, selon le Haut commissaire adjoint de l’ONU pour les réfugiés. La conférence de Paris sur le climat fin 2015 pourrait ouvrir la voie à la création d’un statut de déplacé environnemental. »
 [4]

« Deux fois plus de personnes sont déplacées aujourd’hui que dans les années 1970. "Au vu du nombre croissant de personnes vivant et travaillant dans des zones à risque, cette tendance à la hausse va se poursuivre et devrait être exacerbée à l’avenir par les effets du changement climatique", indique Jan Egeland, secrétaire général du NRC. » [5]

L’Asie reste encore bonne première des régions les plus menacées surtout avec le danger de voir le Bangladesh perdre plus de 20 % de son territoire. Mais l’Afrique arrive bonne deuxième avec la sécheresse et les catastrophes naturelles.

Mais nous voudrions mettre en évidence la situation des femmes. Leur vulnérabilité économique, leur situation sociale et politique en font les premières victimes des changements climatiques.
« L’impact du changement climatique affecte les hommes et les femmes différemment selon les régions, les générations, l’âge, les classes, les professions et les revenus.

En découlent trois avertissements majeurs spécifiques au genre :

1. les femmes sont différemment et plus gravement touchées par le changement climatique et son incidence sur l’agriculture, par les catastrophes naturelles et par les migrations provoquées par ce changement, en raison du rôle qui leur est attribué dans la société, de la discrimination et par la pauvreté ;
2. elles sont largement sous-représentées dans les processus de décision en ce qui concerne le changement climatique, les émissions de gaz à effet de serre et les activités d’adaptation/atténuation ;
3. il existe un important déséquilibre entre hommes et femmes en ce qui concerne les émissions de carbone et partant l’empreinte carbonique due à la production économique et au mode de consommation des hommes et des femmes.

Les femmes subissant de manière disproportionnée les effets de la pauvreté, c’est elles qui souffrent le plus lorsque le changement climatique provoque des sécheresses ou des inondations dans les terres marginales ou dans les zones urbaines très peuplées où la pauvreté se ressent le plus. Si des données concrètes mettent en évidence la vulnérabilité des femmes au changement climatique, il est par ailleurs amplement démontré que les femmes contribuent sensiblement à aider leur famille et la collectivité à atténuer les effets du changement climatique et à s’adapter à ce changement. À l’échelle mondiale, ce sont les femmes qui très majoritairement s’occupent des tâches agricoles, veillent aux ressources du ménage et dispensent les soins à leur famille. Ce sont elles également qui ont piloté et qui continuent de piloter nombre des mesures les plus novatrices pour faire face aux problèmes environnementaux. Sur le plan local, elles apportent des formes particulières de capital social pour atténuer les effets des changements subis par l’environnement, s’adapter à ce changement et y faire face, en s’organisant activement pendant et après les catastrophes pour aider leur famille et leur communauté. Elles sont par ailleurs le mieux placées pour induire des changements de comportement en faveur d’une meilleure gestion des risques de catastrophes, pour participer aux activités à mener après les catastrophes et pour les diriger.

Les femmes sont également capables d’établir une carte des risques et des vulnérabilités de leur propre point de vue et de jouer un rôle important dans l’alerte précoce. Leurs connaissances en matière de mesures d’adaptation (traditionnelles et spécifiques à leur milieu) est une ressource importante pour l’éducation au service du développement durable. » [6]

« Pourquoi ? D’abord, les femmes sont les premières victimes du dérèglement climatique, car les populations en situation de pauvreté, qui sont les plus vulnérables, supportent l’essentiel des conséquences. Or les femmes constituent 70 % de la population pauvre au plan mondial. Elles sont et seront donc les premières touchées.

Selon l’ONU, quand une catastrophe naturelle frappe une région, le risque de décès est 14 fois plus élevé pour les femmes, principalement parce qu’elles ne sont pas ciblées en priorité par les programmes d’alerte et de prévention de ces catastrophes.

Le dérèglement climatique multiplie aussi les contraintes pour les femmes, auxquelles revient dans de nombreuses régions la tâche de fournir vivres, eau et combustible à leur famille. Les effets du dérèglement sur la fertilité des sols, sur la disponibilité des ressources en eau, et donc sur la sécurité alimentaire des pays en développement, exercent une pression plus forte sur les femmes. Autre élément inquiétant : ces contraintes provoquent une surcharge de travail pour les ménages, qui aboutit souvent à une déscolarisation des jeunes filles.

La conclusion est simple : lutter contre le dérèglement climatique, c’est également lutter pour les droits des femmes. » [7]

Les femmes, Monsieur Harper , ça vous dit quelque chose ?

Les élections fédérales sont maintenant déclenchées. Monsieur Harper et les autres mènent leurs campagnes politiques et le thème de l’environnement va être partie prenante des enjeux électoraux.
Malheureusement les conséquences pour les femmes des politiques environnementales du gouvernement Harper ne seront pas mises de l’avant. C’est pourquoi nous avons voulu, en première partie, situer la réalité des femmes comme réfugiées climatiques. Ce sont elles les premières victimes des changements climatiques :

- parce que les terres se désechent
- que l’eau douce devient rare et difficilement accessible
- que les catastrophes naturelles impliquent des déménagements pour toute la famille
- que les conséquences économiques appauvrissent les femmes
- que les conflits militaires perturbent les communautés
- que les femmes voient la violence à leur endroit s’aggraver
- que tout simplement elles souffrent, leur santé et leur sécurité sont compromises et que souvent elles meurent.

Le lien avec notre situation électorale actuelle ? Le Canada est actuellement un des plus importants pollueurs de la planète.

« Le Canada occupe le troisième rang mondial des pays contribuant le plus au réchauffement climatique par habitant, révèle une étude menée par des chercheurs de l’Université Concordia.

L’étude, durant laquelle les chercheurs ont analysé de centaines de bases de données, permet de calculer exactement comment chaque pays est coupable du réchauffement planétaire. « La méthode que nous avons utilisée est nouvelle et unique, explique Damon Matthews, le professeur qui a dirigé l’étude. Pour une première fois, nous avons réussi à calculer les émissions polluantes selon leur durée de vie dans l’atmosphère. Par exemple, le CO2 perdure des centaines d’années, tandis que le méthane reste seulement 10 ans ».

Lorsqu’on divise la contribution de chaque pays au réchauffement en fonction de sa population, le Canada fait piètre figure, déplore M. Matthews. Parmi les 20 plus grands émetteurs per capita, 7 pays développés occupent les premières places ; le Canada arrive au troisième rang, derrière l’Angleterre et les États-Unis. « Ce chiffre témoigne que notre pays s’adonne depuis trop longtemps à des activités polluantes (comme la production et l’extraction liées aux hydrocarbures et à la déforestation) et que la population exerce un grand gaspillage énergétique », estime Alain Brunel, directeur du programme climat-énergie pour l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique. » [8]

Le Canada participe donc à aggraver la situation des personnes réfugiées climatiques et plus particulièrement des femmes.

Les politiques du gouvernement Harper ont accentué la dégradation de l’environnement de la planète. Monsieur Harper s’est refusé à appliquer des normes environnementales aux pétrolières d’Alberta avec leur pétrole sale. Il refuse de se conformer aux normes de Kyoto. Internationalement, il nie le rôle de grand pollueur du Canada et encourage les politiques de développement des profits des multinationales polluantes au détriment de politiques environnementales basées sur le développement durable, le buen vivir et le bien commun.

Il faut en finir avec ce soutien aux multinationales puantes. Il faut adopter des mesures urgentes et coercitives de protection de l’environnement et jouer un rôle de promoteur de Kyoto au niveau mondial. Les femmes de partout dans le monde en ont besoin.

Ainsi en octobre, on laisse tomber Harper comme il laisse tomber les femmes du monde entier et on vote pour l’environnement.

Chloé Matte Gagné

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