Édition du 20 février 2024

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MIgrations

La fabrique des migrations : La grande illusion des « retours volontaires » (4/4)

Qu’est-ce qui pousse des milliers d’Africain·es à s’exiler alors que les dangers de la route sont connus, tout comme les terribles conditions de vie dans certains pays « d’accueil » ? Dans cette série du magazine ZAM déclinée en quatre épisodes, cinq journalistes décryptent les mécanismes de la migration. Ce quatrième et dernier volet s’intéresse aux « projets de retour » financés notamment par l’Union européenne.

Tiré d’Afrique XXI.

Coincé dans le désert algérien « sans rien », Uka Ifeanyi a accepté, le 14 février 2023, l’offre de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) de se réinstaller au Nigeria – une offre financée par l’Union européenne (UE) dans le cadre d’un programme visant à mener à bien des « projets de retour » pour les migrants refoulés. Après qu’il a été ramené par avion à Lagos, le personnel de l’OIM lui a demandé « de patienter trois mois pour obtenir un logement et [se] réinstaller, explique-t-il au téléphone. Mais, depuis, personne ne [l’]a appelé. »

Ce n’est pas ce à quoi Ifeanyi s’attendait, car les fonctionnaires de l’OIM l’avaient spécifiquement interrogé sur ses compétences, et lui avaient promis une aide pour lancer une petite entreprise dans sa région d’origine. « Ils m’ont demandé ce que je voulais faire et je leur ai dit que je voulais me lancer dans la plomberie, poursuit-il. Ils ont noté tout cela, nous ont donné à chacun 50 000 nairas [environ 58 euros] sur une carte bancaire et nous ont demandé de rentrer chez nous. Mais ils n’ont jamais rappelé. »

Grace Onuru, qui était bloquée en Libye après avoir plusieurs fois échoué à rejoindre l’Europe, a bénéficié de l’aide de l’OIM pour rentrer au Nigeria en mars 2023. À son arrivée à Lagos, raconte-t-elle, « les fonctionnaires de l’OIM ont demandé à chacun d’entre nous quel métier il souhaitait exercer. Je leur ai dit que j’avais une formation d’infirmière et que je voulais ouvrir un magasin de produits pharmaceutiques. » Comme Ifeanyi, elle a reçu une carte bancaire créditée de 50 000 nairas. « Cette somme devait nous permettre de rentrer chez nous au Nigeria. Ils ont promis de nous contacter dans les trois mois. Mais, six mois plus tard, personne ne m’a appelée. »

Onuru dit qu’elle a désespérément besoin d’aide : « En ce moment, je suis bloquée. Aucun membre de ma famille ne peut m’aider. » À l’exception d’une école primaire dans laquelle elle squatte la nuit, à Lugbe, un quartier d’Abuja, elle n’a aucun endroit où aller. « Je n’ai rien à manger. Je n’ai pas de travail et je n’ai personne vers qui me tourner. »

60 % des nigériens secourus veulent repartir

On retrouve ce genre de récits dans plusieurs rapports, dont un rédigé par des chercheurs mandatés par l’Union européenne elle-même (1). L’étude note qu’une majorité de migrants revenus au pays vivent encore sous des tentes, ont disparu ou sont dans une situation pire qu’avant. Tous les rapports s’accordent à dire que plus de 60 % des Nigérians qui ont été « secourus » (souvent des prisons et des centres de détention en Afrique du Nord) sont tentés de repartir. Trois anciens migrants, rentrés depuis 2017 et interrogés par ZAM, ne disent pas autre chose. Eux ont réussi à se réinstaller, avec l’aide de projets financés par l’UE. L’un a créé une ferme piscicole, un autre un salon de coiffure, et le dernier un atelier de soudure et d’électricité. Ils affirment que la plupart des personnes avec lesquelles ils étaient revenus au Nigeria – l’un d’eux a mentionné de nombreuses « mères célibataires qui étaient censées ouvrir des salons de coiffure » – sont reparties après avoir vendu leur « pécule de départ », parfois « avec l’aide du personnel de l’OIM ».

Quelles sont les raisons de cet échec ? L’OIM n’a pas répondu aux sollicitations de ZAM. Pour Osita Osemene, de Patriotic Citizen Initiatives, l’une des ONG impliquées dans le programme de réinstallation, l’OIM et le gouvernement nigérian n’ont pas fait grand-chose pour permettre aux nouveaux arrivés de se réinstaller. Il ajoute que, selon lui, le gouvernement nigérian est le principal responsable de cette situation : « Ce sont des Nigérians, notre gouvernement doit prendre ses responsabilités. L’OIM est censée continuer à les soutenir et leur donner un peu de capital pour qu’ils se lancent dans les affaires. Cela n’a pas toujours été le cas. Mais que fait le gouvernement nigérian à ce sujet ? »

Le porte-parole de l’Agence nationale de gestion des urgences (National Emergency Management Agency, Nema), Manzo Ezekiel, qui est chargé de transporter les rapatriés au Nigeria, précise que le mandat de la Nema est d’accueillir les personnes qui ont été évacuées d’Afrique du Nord par l’OIM vers le Nigeria. « Nous leur apportons le soutien financier nécessaire pour qu’ils retournent dans leur lieu de résidence, explique-t-il. La Commission nationale pour les réfugiés, les migrants et les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays est chargée de leur fournir une formation à l’entrepreneuriat ou de leur donner des capitaux pour créer des entreprises. » La porte-parole de la Commission pour les réfugiés, Khadija Imam, n’a pas répondu à nos questions.

Bloqués en Afrique du nord

Selon une enquête du journal néerlandais The Correspondent, l’Union européenne a financé, entre 2011 et 2019, 47 projets régionaux de « facilitation des transports » destinés à aider les migrants retrouvés le long des routes migratoires dans les pays d’Afrique du Nord « à retourner volontairement » dans leurs pays d’origine, pour un coût de 775 millions d’euros. Pour le seul Nigeria, le coût s’est élevé à 68 millions d’euros. Mais même dans les cas où les projets ont été couronnés de succès, leur impact réel est douteux. Si l’OIM au Nigeria indique dans son rapport de 2021 qu’elle a aidé 3 042 migrants à « retourner volontairement » au Nigeria, ce chiffre est dérisoire par rapport au nombre de migrants nigérians qui empruntent chaque année des itinéraires illégaux dans la direction opposée : ils seraient, selon les estimations, entre 44 000 à 85 000 (2).

Selon des recherches menées en 2007, entre 66 % et 80 % d’entre eux sont susceptibles de rester bloqués en Afrique du Nord. Mais ce pourcentage pourrait avoir augmenté particulièrement au cours des huit dernières années, depuis que les initiatives européennes ont transformé les zones frontalières nord-africaines en murs lourdement surveillés. Depuis 2015, la pression de l’UE a conduit à la criminalisation du transport des migrants le long des itinéraires. Le Fonds fiduciaire européen d’urgence pour l’Afrique, doté de 6 milliards de dollars, également créé en 2015, a par ailleurs financé des infrastructures qui acheminent les migrants illégaux vers les prisons et les centres de détention en Libye. Les Subsahariens vivant actuellement dans des conditions d’exploitation ou détenus dans des pays comme la Libye seraient, selon les estimations, entre 1 et 2 millions.

Arrêtés, battus et violés

Au Cameroun, selon l’OIM, 5 450 migrants ont été « autorisés à retourner [dans leur pays] et à se réintégrer » entre 2017 et 2021, dans le cadre de l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants. Dans un rapport qui se concentre sur la période allant de janvier à juin 2021, l’OIM écrit qu’au cours de ces six mois, 233 Camerounais ont bénéficié de son « Programme d’aide au retour volontaire et à la réintégration ». L’organisation note que cela a été « loin d’être un parcours sans heurts » et qu’« il y a des retards pour certains projets de réintégration en raison du manque de constance et/ou de dévouement de certains rapatriés qui demandent une réintégration socio-économique. » Citant un rapatrié prénommé Arnaud, 31 ans, rentré d’Algérie en janvier 2023, qui « a d’abord connu une période difficile » mais qui maintenant « élève et vend des poulets », le rapport indique cependant que, dans son cas également, « des défis subsistent ».

L’ONG Human Rights Watch a rapporté qu’entre 2020 et 2022, 80 à 90 demandeurs d’asile déboutés aux États-Unis, qui ont été expulsés vers le Cameroun, ont subi des persécutions et d’autres violations graves des droits de l’homme dès leur retour dans leur pays, certains affirmant avoir été arrêtés, battus et violés par des gendarmes.

Comme au Nigeria, le nombre de rapatriés au Cameroun reste faible par rapport à celui des personnes qui quittent le pays. Alors que l’OIM fait état d’un peu plus de 1 000 rapatriés par an rien qu’en 2022, 8 115 Camerounais, soit huit fois plus, sont partis demander l’asile ailleurs – en dehors de l’Afrique pour la plupart. On ignore combien d’entre eux ont péri ou se sont retrouvés sans moyens de poursuivre leur voyage. On ne sait pas non plus ce qu’il est advenu, selon les données mentionnées ci-dessus, des 5 437 personnes dont la demande a été rejetée.

Dans les camps en Arabie saoudite

Selon des ONG kényanes, il existe treize « centres de secours » pour les travailleurs kényans victimes d’abus en Arabie saoudite. Gérés par l’État saoudien et ne recevant qu’occasionnellement la visite de dignitaires kényans, ces centres n’ont pas bonne presse. Des femmes y seraient détenues pendant des années, le temps que leurs « papiers soient traités », et celles qui tombent malades n’y sont pas soignées. « De nombreuses femmes sont bloquées dans ces camps », déclare Fred Ojiro, porte-parole de l’ONG de défense des droits de l’homme Haki. « Au cours de la deuxième semaine de juin [2023], une femme y est décédée. D’autres décès relevés dans des rapports n’ont pas pu être confirmés », dit-il.

Si les estimations selon lesquelles une grande majorité des travailleurs migrants, en particulier les employées de maison (parmi les quelque 300 000 Kényans travaillant dans les États du Golfe), sont exploités, battus et violés sur leur lieu de travail sont exactes, le nombre de femmes accueillies dans ces camps est remarquablement faible : selon les chiffres officiels, elles ne seraient que 288 au total. Il n’a pas été possible de déterminer si cela signifie que les femmes « préfèrent » leur travail « d’esclave » aux camps, qu’elles ne veulent pas être forcées à rentrer chez elles ou qu’elles ne sont tout simplement pas au courant de l’existence de ces camps (ni d’ailleurs de la ligne téléphonique d’urgence et de l’adresse électronique que le gouvernement kényan a mis en place).

En ce qui concerne la réinstallation dans leur pays d’origine, rien n’indique que des employées de maison victimes d’abus ont reçu de l’aide pour commencer un nouvel emploi au Kenya (hormis le fait que la secrétaire permanente aux Affaires étrangères et à la diaspora, Roseline Njogu, a déclaré que les billets de retour à Nairobi depuis les camps de secours « ont été financés » par son ministère). « Nous faisons ce que nous pouvons », soupire Faith Murunga, une Kényane qui a été ébouillantée par son employeur en Arabie Saoudite et qui alerte désormais sur les risques de l’émigration dans le Golfe. Selon elle, les ONG n’ont pas les moyens de faire plus que des campagnes de sensibilisation.

Le mirage de la biométrie

L’UE ne semble pas se préoccuper outre mesure de la plupart des migrants kényans et ougandais se rendant dans le Golfe, contrairement aux Ouest-Africains qui souhaitent se rendre en Europe. Les dépenses les plus importantes du Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique sont consacrées au contrôle des frontières : 250 millions d’euros, sur les 770 millions dépensés entre 2011 et 2019, ont servi à mettre au point une carte d’identité numérique biométrique pour les Nigérians, afin d’empêcher le franchissement illégal des frontières.

Mais ce projet a lui aussi peu de chances d’atteindre son objectif. Dans une enquête précédente, ZAM révélait que les frontières du Nigeria sont toujours aussi poreuses, tandis que le nouveau projet de carte d’identité biométrique n’a été qu’une vache à lait pour divers syndicats corrompus opérant au sein et autour du service d’immigration du Nigeria, le NIS.

Un sondage réalisé par le Bureau nigérian des statistiques auprès des personnes de retour d’Europe montre que, selon elles, la migration vers l’Europe diminuerait si le Nigeria offrait des emplois, une éducation, la sécurité, des infrastructures sociales, et s’il réformait un système actuellement basé sur le favoritisme. Le Dr Ejike Oji, qui a étudié la migration des médecins vers l’Europe, estime que l’UE devrait modifier l’orientation de ses interventions pour ne plus se contenter de « contrôler les frontières », mais plutôt engager les responsables gouvernementaux « sur la question de l’injustice sociale au Nigeria ».

La même chose pourrait être dite dans le cas d’autres pays africains. Mais, à en juger par de récents documents de l’UE et du Royaume-Uni consacrés à la stratégie de l’Europe pour l’Afrique (3), les politiques menées dans cette région vont se concentrer sur la « coopération renforcée en matière de migration et de mobilité », dans le cadre de « partenariats égaux » avec les gouvernements de pays où de nombreux citoyens disent vouloir partir.

L’extrême droite en embuscade

Cette stratégie reste en place malgré une avalanche de recherches récentes, dont certaines ont été reproduites sur le site web de la Commission européenne, qui montrent que les immigrés clandestins africains ne représentent qu’une proportion minuscule des tendances migratoires totales en Europe et au-delà. Au cours de cette enquête, deux diplomates européens ont confirmé, lors de conversations « off the record », qu’ils étaient au courant, mais, a déclaré l’un d’eux, les mesures ont été maintenues « en raison de la pression des populistes ». L’extrême droite des pays européens et du Royaume-Uni ont à plusieurs reprises exprimé leur inquiétude de voir leurs pays « inondés » d’immigrants africains, ce qui a conduit l’influenceur Onye Nkuzi, qui compte plus de 300 000 abonnés sur X (ex-Twitter) et analyse les tendances migratoires et les attitudes européennes, à tweeter en août 2023 : « L’Europe craint davantage de devenir noire que de subir une guerre nucléaire. »

Les autres préoccupations mentionnées dans ces documents politiques sont le président russe Vladimir Poutine et la Chine. Ces documents expriment la crainte que ces « autres acteurs géopolitiques [...] étendent leur influence » sur les gouvernements africains. Il est donc important, peut-on y lire, que les gouvernements africains s’engagent plus que jamais dans des « partenariats égaux ».

Le soutien à la « société civile » et aux « médias libres » est mentionné avec beaucoup moins de ferveur et beaucoup moins souvent dans les journaux, ce qui a amené un interlocuteur camerounais, qui fait partie de l’opposition démocratique, à demander : « Mais pourquoi ne peuvent-ils pas simplement nous soutenir ? »

Notes

1- Voir Chloe Sydney, « Nigeria : returning migrants at risk of new displacement or secondary migration », Migration Governance and Asylum Crises, juillet 2021. À télécharger ici.

2- Ce chiffre a été calculé par ZAM à partir d’estimations de 2007 (voir « Irregular Migration from West Africa to the Maghreb and the European Union : An Overview of Recent Trends », OIM, 2008) appliquées aux dernières données de demandes d’asiles produites par l’Union européenne.

3- À lire par exemple ici, ou encore .

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Ngina Kirori

Ngina Kirori est une journaliste d’investigation et rédactrice en chef de Nation Media TV (NTV) au Kenya. En août 2021, elle s’est infiltrée dans un hôpital pour dénoncer un médecin qui agressait sexuellement et escroquait ses patientes. En 2022, elle a dénoncé un policier véreux qui libérait illégalement des suspects en échange de pots-de-vin.

https://afriquexxi.info/fr/auteur1204.html

Elizabeth BanyiTabi

Elizabeth BanyiTabi est une journaliste du journal The Post, le quotidien anglais le plus lu au Cameroun. Elle a également travaillé en ligne et à la radio. En 2021, elle a fait partie d’une équipe du Guardian qui a enquêté sur les conséquences de la noyade en Turquie d’un migrant d’origine camerounaise. Peu après, elle a enquêté sur l’impact des conflits armés sur les jeunes filles déplacées qui se sont tournées vers la prostitution pour survivre.

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Theophilus Abbah

Theophilus Abbah a reçu le prix Editors’ Courage FAIR, a été sélectionné pour les prix Wole Soyinka Investigative Journalism et Daniel Pearl Investigative Journalism, et est titulaire d’un doctorat en linguistique judiciaire. Après une longue carrière de journaliste d’investigation, il dirige aujourd’hui la rédaction du quotidien nigérian Daily Trust.

https://afriquexxi.info/fr/auteur1211.html

Emmanuel Mutaizibwa

Emmanuel Mutaizibwa est le rédacteur en chef chargé des questions politiques et des enquêtes pour le Nation Media Group en Ouganda. Il est également le cofondateur de l’East African Centre for Investigative Reporting Ltd (EACIR), qui est publié par Vox Populi. Il a également écrit pour le Sunday Times d’Afrique du Sud et l’Institute for War and Peace Reporting (IWPR), basé à Londres.

https://afriquexxi.info/fr/auteur1212.html

Brezh Malaba

Brezh Malaba a édité les plus grands journaux du Zimbabwe. En 2021, il a cofondé The NewsHawks, qui s’est rapidement fait un nom en tant que principale plateforme de reportages d’investigation du pays.

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