Édition du 19 mai 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

La grande noirceur et le désenchantement.

Que devient ce Québec qui se réclamait plus progressiste (politiques moins « dures » que dans d’autres provinces pour les jeunes contrevenants, plus grande distribution de la richesse - au moins relative - qui fait qu’il y a moins de millionnaires au Québec que dans les autres provinces) ?

De ces temps-ci, on vit une grande noirceur sur le plan social, un désenchantement à grande échelle. Le gouvernement en place n’a pas de colonne face à Ottawa, alors que le dernier budget de Harper privera le Québec de revenus (on n’a qu’à penser à l’augmentation du CELI, de la baisse du transfert aux provinces). On cherche à couper dans l’aide sociale en jouant sur les préjugés (comme s’il y avait un problème majeur de personnes assistées sociales qui voyageaient sur le bras de l’Etat). On coupe des services à la population (comme mon amie qui s’est fait couper des services pour son conjoint qui a l’alzheimer ; coupures majeures dans les services d’aide à domicile – 23 000 heures juste pour le CSSS Lucille-Teasdale depuis quelques années ; dans les hôpitaux, pratiquement plus de préposé n’est attitré à la surveillance d’une personne confuse et agressive, ce qui augmente les contentions chimiques ; abolition des postes d’infirmières auxiliaires). Et le gouvernement nous ment en pleine face en disant qu’il ne coupera pas les services et fait porter l’odieux à ceux qui font les coupures (on n’a qu’à penser aux commissions scolaires qui ont coupé dans l’aide aux devoirs). Non seulement on nous ment, mais on a un double-message qui fait croire aux gens que le gouvernement est vertueux : on « aide » les personnes itinérantes, mais on crée de l’autre côté toutes les conditions pour créer davantage d’itinérance. Sait-on que maintenant il y a des frais (de $100 ou plus) à chaque fois qu’une personne itinérante passe en cour ? On augmente le nombre d’enfants dans une classe, alors que les professeurs sont déjà débordés ; on privilégie le nombre de places en garderie privée plutôt qu’en centre de la petite enfance, ce qui clairement se fera au détriment de la qualité des soins aux tout-petits. Et toute cette histoire des préposés qui se faisaient payer par les familles pour donner un bain supplémentaire – et le ministre de faire toute une histoire non pas à cause du manque de bain, mais à cause du « marché noir ». J’ai peur de vieillir et d’avoir si peu de soins en fin de vie : juste pour donner un bain par semaine aux personnes âgées mériterait qu’on traîne ces gouvernements devant les tribunaux. Et ce sont des médecins qui sont au pouvoir ?

Je ne suis pas d’accord avec ces étudiants de l’UQAM qui cassent des choses, mais je comprends leur révolte, leur désarroi. Le gouvernement Harper a beau jeu d’amener des millions et des milliards en sécurité, c’est qu’il protège ses propres intérêts : sait-on que le terreau du terrorisme est la pauvreté et le désespoir ? Que Couillard se taise quand il parle créer un meilleur avenir pour les jeunes. Autour de moi, j’ai vu plusieurs adolescents faire des tentatives de suicide – et certains se donner la mort, parce que les enfants seront toujours victimes des conséquences des choix sociaux, quoi qu’on en dise. Je hurle de cette société sans espoir, suicidaire, où l’humain ne vaut rien, qu’on est en train de créer. On a des ministres mous (Couillard), sans valeur, sans conviction, arrogants, méprisants (Barrette), qui enrichissent leurs petits amis et le boys’ club. Il faut se rappeler que cette crise est la conséquence des choix des banques (crise des sub-primes aux États-Unis).

Pourtant, on n’est même pas capable de rétablir la taxe sur le capital pour les institutions financières et ainsi augmenter les revenus de l’État (la taxe sur le capital sert à renouveler les équipements, ce n’est pas nécessaire pour les banques). On gèle tout ce qui porteur d’avancement (nouvellement, on prive même les infirmières de congé d’étude dans un CHU, alors que ça ne coûte rien à l’État). On est en train de créer plus d’inégalités sociales. On demande à tous de faire leur part, mais on se rend bien compte qu’on ne demande rien de plus aux riches, mais tellement aux plus pauvres et à la classe moyenne. La seule valeur qui compte, c’est celle du cash, des économies, peu importe si on est en train d’épuiser les enseignants, les infirmières, les préposés, les intervenants sociaux. On voit bien que le discours économique qui soit disant apporte plus de richesses à tous amène en fait le contraire : on est en train d’appauvrir la société à tous les niveaux : culturel, social, humain et aussi financier. On augmente l’intolérance, on crée davantage d’exclusion. Comment les politiciens peuvent-ils ne pas voir ni être interpellés par la masse de personnes itinérantes, ni voir le nombre faramineux de personnes qui ont faim dans les soupes populaires ? Surtout, on est en train de tuer l’espoir, d’étouffer la vie – pas juste celle des humains, mais de l’environnement (et le premier ministre Couillard pas plus brillant quand il ne s’offusque pas des énormes cargos pétroliers qui se promènent sur le beau fleuve Saint-Laurent).

MON QUÉBEC, CE N’EST PAS ÇA. Mon Québec, ce sont des gens qui se respectent et cherchent à travailler en dialogue, pour qui la valeur de l’humain est la seule vraie richesse, qui se tiennent debout pour ceux qui ont moins qu’eux et les aident aussi à se tenir debout et à vivre dans la dignité. Mon Québec, ce sont des gens qui protègent partout et à tout moment la vie et qui travaillent à créer plus de liberté et d’espoir. Couillard, Leitao, Coiteux, Barrette et surtout Harper : OUT !

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