Édition du 19 mai 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

La guerre contre les pauvres

La forme de discrimination qui semble la plus populaire, la plus tenace et la plus pernicieuse qui soit ne fait pas l’objet de réprobation publique. Il s’agit de la discrimination économique et, plus particulièrement, contre les assistés sociaux.

Une étude récente effectuée pour le compte de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, et dont faisait état le journal Le Devoir le 15 janvier dernier de même que le journal Forum de l’Université de Montréal le 14 janvier dernier, indique que seulement 50,9 % des QuébécoisES ont une opinion positive des personnes assistées sociales.

Ce type de discrimination relève de l’idéologie ambiante et contribue à montrer du doigt les victimes du néolibéralisme plutôt que les coupables. On remarquera que même un certain nombre d’humoristes ne se gênent pas pour taper sur les plus faibles se faisant une gloire d’exercer une liberté d’expression qu’ils ne retournent pas contre les oppresseurs.

Il convient ici de rappeler une blague fort juste qui circule depuis longtemps sur les réseaux sociaux. Dans une pièce, sur une table, il y a douze biscuits et près de la table sont assis un ouvrier et un assisté social. Arrive un président-directeur général qui gobe onze biscuits et hurle à l’ouvrier : « Attention, le BS va te voler ton biscuit ! » Cette illustration est parfaitement représentative de ce qui se passe dans la réalité économique. Plutôt que de chercher les causes de la pauvreté, on essaie de liguer la classe moyenne avec les riches contre les pauvres qui en sont victimes.

J’ai hélas remarqué cette attitude même dans des milieux syndiqués, où certaines personnes se permettaient de juger les bénéficiaires de l’assistance sociale sans qu’on remette en question leurs préjugés. Bien sûr, tout le monde me ressortira l’histoire d’Untel ou d’Unetelle qui travaille au noir tout en retirant du Bien-Être social. Ces cas sont pourtant marginaux et caricaturaux. Par ailleurs, si vous deviez vous arranger avec six-cents dollars par mois, je suis convaincu que vous feriez appel au système D pour boucler vos fins de mois. On n’arrive même pas à payer un loyer à Montréal avec cette somme.

Il serait grand temps qu’une campagne de publicité sociétale attire l’attention sur cette discrimination délétère pour notre société. Il ne faut pas compter sur le gouvernement du Parti libéral du Québec pour entreprendre cette tâche nécessaire puisqu’il contribue lui-même à enraciner ces préjugés.

Et ce qui m’afflige le plus, mais on en parlera dans un autre billet, c’est que le groupe qui obtient encore moins d’appuis de la part de la population, ce sont les manifestants avec quarante-trois pour cent d’opinions favorables, alors que ce sont eux qui luttent pour la justice sociale. L’atomisme social est à son apogée.

Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
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