Édition du 21 juin 2022

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Mouvement des femmes

TERRORISME AUX ÉTATS-UNIS, DR TILLER ASSASSINÉ !

La lutte des « anti-avortement » continue de faire ses ravages.

Le 30 mai dernier, le Dr Tiller était assassiné, tiré à bout portant, en pleine église à Wichita au Wisconsin, à côté de son épouse. Il avait 67 ans.
Ce médecin était propriétaire d’une clinique de services médicaux aux femmes. Il y procédait à des avortements et il était un des rares gynécologues américains à faire des avortements dits tardifs.

Il n’est pas le premier à subir ce sort, déjà en 1993 et 1994 les docteurs David Gunn et John Britton ont aussi été assassinés. De même pour le Dr. Barnett Slepian abattu à bout portant par une fenêtre de sa cuisine en 2001. Le Dr Tiller était sous pression depuis longtemps : en 1986 une bombe avait gravement endommagé sa clinique et en 1993 il avait échappé à une première tentative d’assassinat ; il avait été atteint aux deux bras. Son assaillante est sous les verrous. Le Dr.Tiller a aussi subit des années de harcèlement auxquelles il a résisté. Les derniers remontent à un peu plus d’un an. On l’a accusé de ne pas respecter les procédures légales encadrant les avortements tardifs. Le mois dernier il a gagné son procès, ce qui a véritablement enragé ses opposants. Sa clinique avait été reconstruite en forme de bunker, sans autres ouvertures que les portes. Pourtant dernièrement, les anti-avortements avaient quand même réussi à bloquer le système d’alarme, a faire des trous dans le toit ce qui avait plus tard provoqué une inondation des lieux. Il bénéficiait depuis quelques années d’une protection rapprochée de la part de la police.

Ces conditions sont devenues une nécessité pour tout médecin américain gynécologue-obstétricien qui pratique aussi des avortements. Car la droite qui lutte contre TOUT avortement, malgré qu’elle tienne certains discours prétendant que la violence ne fait pas parti de son arsenal, ses actions ne les condamnent pas, au contraire. Selon la National Abortion Federation (pro-avortement), 6100 actes de violence ont été perpétrés contre des professionnels de la santé impliqués dans la pratique des avortements, aux Etats-Unis et au Canada depuis 1977 [1] .

Ce que ces groupes d’opposants n’admettent pas, c’est que l’avortement ait été légalisé par la Cour Suprême américaine. En 1996, certains d’entre eux ont déclaré qu’il n’y a pas de droit à l’avortement, s’installant ainsi au-dessus du gouvernement et des lois. Et ils prennent tous les moyens pour imposer leur conviction à tous et surtout toutes, y compris la violence. Déjà, en 1995, un groupe nommé American Coalition for Life Activists avait tenu une conférence de presse en Virginie pour rendre publics les noms de quinze médecins qu’ils entendaient éliminer. Celui du Dr. Tiller y figurait. Le Dr. Hern compare cela a des comportements de la mafia, celle-ci étant généralement plus discrète [2]. Un prêtre catholique a aussi déclaré que l’assassinat de médecins pratiquant des avortements était un acte justifiable et a reçu des appuis dans son milieu.
Maintenir des lignes de piquetage aux abords des cliniques pour intimider les employéEs et les patientes est un acte de violence. Sans oublier les attaques armées contre ces cliniques. C’est ce qui fait dire au Dr Hern qu’il s’agit de terrorisme [3] . Il n’est pas normal qu’au pays des libertés de toutes sortes, des médecins gynécologues doivent se faire protéger par la police vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avoir à blinder leurs lieux de travail et même leur domicile parfois, pour pouvoir donner des soins médicaux à des femmes. Car l’avortement est un service médical auquel les femmes ont droit et qui doit être pratiqué dans toutes les règles de l’art ; la santé des femmes est en jeu tout au long des procédures.

Dans ces conditions, nombre de cliniques offrant toute la gamme des services aux femmes, avortement compris, ferment ou finissent par renoncer à pratiquer des avortements. Les femmes sont ainsi privées de leurs droits à la santé. Déjà les conditions financières des soins médicaux aux Etats-Unis sont un premier obstacle à la santé de milliers de femmes. Créer le manque est aussi un moyen des groupes anti-avortement pour empêcher que des avortements soient pratiqués. La famille du Dr.Tiller a décidé de fermer sa clinique.

L’assaillant du Dr Tiller a été arrêté et a déclaré qu’il avait bien réussi puisque non seulement le Dr Tiller ne pratiquerait plus d’avortement mais qu’il ne s’en pratiquerait plus non plus dans ses installations. C’est exactement ce que veulent les groupes anti-avortements.

Ces groupes dits « pro-vie » appartiennent à la droite religieuse de toutes les confessions. L’Église catholique en est un des leaders. Ils ont réussi à développer un immense réseau de supporters qui relayent leurs positions partout dans la nation y compris dans les médias dominants ou la campagne anti-avortement se mène au grand jour. Sur Fox TV, un des animateurs vedettes s’est employé, entre autre à décrire pendant des mois, le Dr. Tiller comme un nazi et un « baby-killer » qu’il mettait en garde contre le jugement dernier [4].Et ce n’est qu’un exemple parmi des milliers depuis des années. Le parti républicain a soutenu ces propos et ces groupes depuis le début pour ainsi gagner du pouvoir.

Ce genre d’acte n’est pas un fait divers. C’est une attaque frontale répétée contre les femmes et leurs alliéEs. De telles idées rôdent dans notre pays et le gouvernement Harper a bien failli accepter que soit discuté à la chambre des communes un projet de loi privé qui, par la bande, remettait en cause le droit à l’avortement en voulant faire reconnaître le fœtus comme une personne. C’était l’an dernier….Notre vigilance est de rigueur.


[1Armelle Vincent, Rue89.fr 3 juin 2009.

[2Democracynow.org 10 juin 2009

[3Democracynow.org, op.cit, au cours de cette émission, une gynécologue qui y intervenait n’a pas voulu divulguer son nom pour protéger sa famille et son personnel.

[4Gabriel Winant, Salon.com 10 juin 2009

Alexandra Cyr

Retraitée. Ex-intervenante sociale principalement en milieu hospitalier et psychiatrie. Ex-militante syndicale, (CSN). Ex militante M.L. Actuellement : membre de Q.S., des Amis du Monde diplomatique (groupe de Montréal), animatrice avec Lire et faire lire, participante à l’établissement d’une coop. d’habitation inter-générationnelle dans Rosemont-Petite-Patrie à Montréal. Membre de la Banque d’échange communautaire de services (BECS) à Montréal.

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