Édition du 20 février 2024

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Israël - Palestine

Le droit de parler en notre propre nom

Note : Cet article est une adaptation d’une conférence donnée au Mémorial Edward Saïd, à l’Université Princeton (Washington D.C.) par Mohammed El-Kurd, en février dernier. Elle sera publiée sous forme de livre plus tard. Mohamed El-Kurd est un écrivain poète de Jérusalem en Palestine occupée. Il est le premier correspondant palestinien à The Nation. Il a publié chez Haymarket ed.

Mohamed El-Kurd, The Nation, 27 novembre 2023
Traduction, Alexandra Cyr
photo Serge d’Ignazio

Depuis trop longtemps, les Palestiniens.nes se sont vus retirer le la liberté de raconter leur propre histoire

Aujourd’hui, je vais vous parler du statut de victime parfaite et de la politique de la supplication. Le peuple palestinien, à la télévision ou plus largement dans la sphère publique, existe sur la base d’une fausse dichotomie : ou bien nous sommes des victimes ou bien nous sommes des terroristes.

Ceux et celles parmi nous qui sont des terroristes ou présentés.es comme tel, n’ont jamais l’occasion de faire des commentaires à la télévision. Ce sont presque des créatures mythiques portant des histoires effrayantes : de gros mauvais loups avec des sourcils en sillons, des dents aiguisées et une mauvaise tenue politique terrifiante. Ils et elles se promènent dans les rues en marmonnant agressivement en arabe, parfois en lisant le Coran espérant piller ou tuer quiconque en vue. Ils et elles vous cherchent. Cachez votre épouse, cachez vos idées, vos défenses personnelles. Beaucoup ici ont une image mentale des personnes dont je parle.

Mais, pour ceux et celles d’entre nous qui sommes les victimes, qui sommes décrits.es dans les journaux et les documentaires comme des blessés.es, gémissant et faibles, nous pouvons parfois avoir accès au microphones, en en payant le prix. Les victimes doivent présenter des prérequis. Ce sont souvent des femmes, des enfants et des personnes âgées qui détiennent des passeports américains ou européens, qui sont des professionnels.les dans l’humanitaire ou qui sont handicapés.es. On vous répétera à leur sujet : « Ils ne feraient pas de mal à une mouche  ». Et même si dans le passé ils ou elles furent des loups, maintenant leur docilité est mise de l’avant, leur sortie du règne animal si ce n’est que pour hurler à la mort devant la lune. Leur programme est individuel, centré sur leurs tragédies personnelles porté par les besoins humanitaires plutôt que par les idéologies politiques.

Je vais vous raconter une histoire. L’an dernier, le 11 mai, je me suis réveillé, comme bien des gens dans le monde, avec la nouvelle que la bien-aimée journaliste palestinienne, Shireen Abu Akleh avait été tuée par les forces israéliennes d’occupation durant un raid dans le camp de réfugiés.es de Jenin dans les territoires occupés. Dans les minutes qui ont suivi je trouve dans ma boite courriels le message suivant : «  Très urgent et nécessaire, s.v.p. annonce sur Twitter et Facebook que Shireen Abu Akleh est une citoyenne américaine. C’est un fait, pas une rumeur. Les Israéliens ont tué une journaliste américaine ». Évidemment je n’ai pas fait cette annonce. J’ai écrit au sujet de sa mort mais en m’assurant de ne pas référer au fait qu’elle détenait un passeport américain. Ça n’avait rien à voir. Quelques heures plus tard, la nouvelle de sa citoyenneté américaine était connue et soudainement ça l’a rendue plus humaine.

Cela nous donne l’occasion de nous poser trois questions : dans la mentalité courante en Occident, qui mérite qu’on pleure sa perte ? Qui a le statut d’humain ? Qui peut avoir accès à la parole publique ?

Qui a le statut d’humain ?

Shireen Abu Akleh était une personne simplement parce qu’elle était une personne. Mais pour la moyenne des Américains.es elle l’était parce qu’elle était une femme, une chrétienne, une Américaine, une journaliste portant clairement l’inscription « presse » sur sa veste. Elle avait même un chien. Quand nous mourrons, pour que ça fasse les unes ou pour que notre mort compte, il faut que nous ayons une mort spectaculaire ou que nous soyons morts.es dans des violences spectaculaires. Quand j’utilise les mots « spectaculairement violent » je pense à quelqu’un comme Mohammed Abu Khdeir, un garçon de 16 ans, qui vivait de l’autre côté de la rue où se trouve mon école secondaire à Shufat dans Jérusalem occupé. Il a été enlevé en face de sa maison et brûlé à mort par des colons israéliens.

Que signifie la pratique de la politique de la supplication ? Pendant des décennies, les journalistes et les travailleurs.euses du secteur culturel ont utilisé un discours humanisant pour présenter le peuple opprimé dans l’espoir de contredire le portrait traditionnel des Palestiniens.nes comme terroristes. Non seulement cela a donné lieu à une fausse dichotomie entre terroriste et victime mais a fait émerger le concept de la victime parfaite avec l’obligation d’être ethno centrée pour bénéficier de la sympathie et de la solidarité.

Trop souvent nous mettons l’accent sur le caractère non violent, sur la noble profession et sur les handicaps des personnes opprimées. Nous les gratifions de beaucoup d’accolades. Nous ne le faisons pas que pour les Palestiniens.nes mais aussi envers les noirs.es, victimes de la brutalité policière aux États-Unis. Nous soulignons : « C’étaient des artistes » ou « Ils souffraient de maladie mentale » ou « Ils n’avaient pas d’armes ». Comme, si condamner l’État pour la mort d’une personne de couleur n’est possible qui si la personne morte correspond au modèle de la citoyenneté américaine. On peut dire la même chose des victimes d’abus sexuels : il faut toujours rappeler à l’auditeur.trice qu’elles étaient sobres et habillées correctement.

Je ne suis pas en train de dire que ceux et celles qui adoptent la politique de la supplication devraient être mis au bucher. Quand je dis que Shireen Abu Akleh était américaine ou que Alaa Abdel Fattah, le prisonnier politique égyptien est britannique, je dis que nous sommes devant une stratégie. Cela les rends acceptables pour le public américain ; ils vont pouvoir plus facilement obtenir justice. Mais, en fait, cela ne fait que rétrécir notre part d’humanité, nous, tous les autres et renforce une hiérarchie des souffrances. L’obligation d’être « humain » devient plus étroite et difficile à atteindre. Ces pratiques que je nomme « sortir du règne animal » reproduisent un ordre culturel grand public où les Palestiniens.nes sont privésées de leur propre programme du droit à l’auto détermination et à celui, ultimement de raconter (leur propre histoire) comme le disait le professeur palestinien, Edward Saïd.

Qui mérite qu’on pleure sa perte ?

Voici un autre exemple de victime parfaite. Il y avait deux jeunes hommes à Beir Rima, un village près de Ramallah dans les territoires occupés. L’un d’eux occupait un bon emploi très bien payé à la Banque islamique arabe. L’autre étudiait en ingénierie informatique à l’Université Birzeit. C’étaient les fils d’une famille à l’aise. Lors d’un raid de l’armée israélienne sur leur village occupé illégalement, les deux frères ont défendu leur communauté en lançant des pierres et toutes sortes de choses. Ils ont été tués tous les deux. Ils s’appelaient Jawad et Thafer.

Depuis cet événement, leur sœur Ru’a Rimawi, qui étudiait la médecine pédiatrique, s’est mise à une tâche où elle n’avait pour ainsi dire aucune expérience : faire campagne. Elle a partagé des éloges et des anecdotes au sujet de ses frères sur les médias sociaux. Elle m’a raconté qu’après chaque parution elle s’effondrait. Elle veut garder leur mémoire vivante en occupant les médias sociaux puisque les Palestiniens.nes qui sont tués.es chaque jour, ne bénéficient pas de l’attention médiatique. Elle me confie qu’elle trouve cela dur de convaincre le monde que la vie de ses frères compte pour quelque chose : « Il ne suffit pas qu’ils aient été tués il faut démontrer qu’ils avaient une carrière, qu’ils n’avaient pas envie de se jeter dans la mort. Ils avaient des ambitions, des rêves comme tout le monde ».

J’ai accompagné Ru’a durant les derniers mois alors qu’elle tentait d’écrire un texte à propos de ses frères. Nous l’avons envoyé à The Gardian, The Washington Post, au Los Angeles Times. Nous n’avons pas essayé le New York Times. Tous ont refusé ou ignoré l’article. Quand nous en avons parlé à un expert des médias, il nous a dit que l’article n’avait pas été publié parce que les jeunes hommes avaient lancé des pierres à l’armée. Leur statut de victime n’était pas parfait dont pas de publication dans le LA Times.

Qui détient la parole publique ?

D’habitude je préfère me concentrer sur la brutalité sioniste plutôt que sur les enjeux de représentation car ils sont fades en comparaison avec la répression et la violence contre les Palestiniens.nes sur le terrain. Mais c’est pourtant à cela que nous devrions nous intéresser car c’est l’encadrement qui piège les avocats.es de la libération palestinienne en Occident.

En 1984, en réponse à la guerre d’Israël au Liban, Edward Saïd a publié un essai intitulé : « La permission de raconter ». (Permission to Narrate ». Il y critiquait les médias occidentaux pour leurs biais dans la couverture de cette guerre en favorisant le point de vue israélien et en évacuant celui des Palestiniens.nes. Aujourd’hui, nous sommes exactement dans la même situation. Les politiciens.nes et les analystes israéliens.nes occupent les écrans pour définir les contours du soit disant conflit. Mais quand les victimes palestiniennes ont cette chance, et même dans ce cas, on les interroge plus qu’on ne les interviewe.

Je suis dans une position particulière. D’un côté je suis une victime, j’ai perdu ma maison ; elle a été volée à Sheikh Jarrah par des colons. Mais d’autre part, je suis un journaliste, un écrivain. Occasionnellement je suis invité sur CNN, en fait une seule fois. Je ne suis jamais invité deux fois sur le même réseau.

Je veux savoir pourquoi on m’offre un micro de temps en temps. Est-ce parce que je passe bien ? Est-ce parce que je parle Anglais avec l’accent américain ? Peut-être. Je plaide publiquement depuis des années et parfois je me demande si ce n’est surtout pas pour mon intelligence mais plutôt parce qu’on me transforme en alibi, en simple faire valoir. À onze ans, j’ai fait partie d’un documentaire qui m’a mené au Parlement européen et au Congrès des États-Unis. Je me souviens que je suis allé à Jérusalem pour acheter de fausses lunettes pour avoir l’air brillant. Je me suis assis sur le podium au Parlement européen et au Congrès et je me suis exprimé sans avoir la moindre idée de ce que je disais. J’ai pensé : « Ils me croient si mûr si malin ». Des années plus tard, je me suis rendu compte que ce n’était pas les cas.

À l’apogée du 2021 Unity Uprising, on m’a contacté au nom de divers sénateurs.trices américains.nes et élus.es au Congrès dont Chuck Schumer (leader de la majorité démocrate au Sénat américain). On m’a demandé, et je vous donne le texte tel quel, si je pouvais « fournir un enfant palestinien qui parlerait de ses rêves et de ce que la paix veut dire pour lui  ». Je traduis la demande : Le seul Palestinien à recevoir à leur table sans danger est un enfant.

Les auditoires occidentaux, comme leurs politiciens.nes ne veulent pas entrer en relation avec des adultes palestiniens.nes parce que leurs critiques aiguisées pourraient les offenser. À cause de cela, nous épuisons nos enfants en leur donnant la responsabilité de présenter un regard humain à l’humanité. Nous envoyons des délégations d’enfants palestiniens.nes au Congrès. Nous leur faisons mémoriser des PowePoints à propos de la paix, de la coexistence, nous leur disons de montrer des images de leur sang et de leurs membres blessés dans l’espoir que cela changera la perception des Américains.nes qui subissent une lourde propagande (…).

Je connais cela de première main, parce que je le répète, je l’ai fait quand j’étais jeune. Mais je suis capable d’en prendre. Regardez autour de vous ; il y a 7,000 policiers.ères ici. De multiples articles, déclarations et dépliants ont été publiés, distribués, pour protester contre cette conférence avant même qu’elle ne commence. Apparemment, je suis dangereux.

Alors, si je ne peux pas être entendu publiquement qui le peut ? Assurément, la personne que nous honorons aujourd’hui, Edward Saïd, un des grands intellectuels de notre temps, célébré publiquement, peut se voir présenter un microphone. Mais, même E. Daïd, avec toute sa stature et sa notoriété à un moment donné n’a pu avoir accès à aucun micro. C’était en 2020. Il visitait le Liban. Il a tiré, comme il le disait, des « cailloux » sur une guérite israélienne à la frontière. Tout le monde s’est enragé. E. Saïd n’était plus un humain. Il ne pouvait plus parler leur langage. Un article du Columbia Daily Spectator disait : «  Edward Saïd est accusé d’avoir lancé des roches dans le sud du Liban ». La Société Freud a annulé une de ses conférences. Le Washington Post a publié un article qui commençait en disant que Saïd était : « un peu trop en chair, un peu trop distingué pour lancer des roches en direction des soldats israéliens…Est-ce bien E. Saïd…qui a rejoint les rangs des Palestiniens.nes tireurs de roches » ? C’est un article désastreux mais certains.nes ont jugé que ce n’était pas assez. Deux auteurs ont répondu dans le Daily Spectator : «  La première phrase nous a dérangés parce qu’elle laissait entendre que lancer des roches à une frontière internationale à des civils.es inconnus.es et à des soldats d’un pays voisin pourrait être acceptable ou au moins compréhensible si c’est le geste des jeunes ordinaires, par des gens moins en vue ou distingués  ». Ils ont nommé cela : «  un geste gratuit de violence au hasard ».

Si quelqu’un comme E. Saïd ne peut avoir accès à la parole publique quel Palestinien, quelle Palestinienne a le droit de raconter son histoire ? Les Israéliens ! Si souvent, un.e politicien.ne israélien.ne vient dire : « Nous allons vous servir une autre Nakba, un nouveau génocide. Nous allons vous expédier en Jordanie ». Ou encore un soldat israélien qui ne peut pas dormir la nuit parce qu’il pense aux enfants qu’il a tués fait le tour des États-Unis pour en parler. Ou les gens qui citent Theodor Herzl, un pionnier du sionisme, qui a écrit en 1895 : « Nous devons gentiment exproprier les propriétés privées sur le territoire qu’on nous offre. Nous devons essayer de faire sortir les dsargentés.es au-delà de la frontière. Ces deux opérations, les expropriations et les déplacements des populations pauvres doivent se faire discrètement avec circonspection. Les antisémites vont devenir nos amis les plus fiables, les pays antisémites nos alliés ».

J’aime bien donner en exemple celui de Ze’ev Jabotinsky qui a fondé l’Irgum, l’organisation paramilitaire responsable du bombardement de l’hôtel King David à Jérusalem en 1946 et du massacre de Deir Yassin en avril 1948. Il a écrit : « Aucune entreprise de colonisation ne s’est faite avec le consentement des populations en place. Elles ont toujours obstinément résisté aux colonisateurs qu’elles aient été civilisées ou sauvages ».

Cela nous obsède nous les Palestiniens.nes militants.es et journalistes. Nous salivons en rapportant cette citation à la population. Mes grands-parents nous ont raconté les massacres terriblement pénibles qui ont permis à l’État sioniste de voir le jour. Mais ça ne suffisait pas. Il a fallu les confessions d’un ex-soldat ou le réveil tardif d’une organisation de défense des droits humains pour que le monde entende. Les Palestiniens.nes parlent de l’apartheid depuis des décennies, mais il a fallu que Humain Rights Watch, Amnesty International et B’Tselem le démontre pour que ce soit confirmé. Et c’est encore pire en ce moment.

Quand j’étais enfant, des archéologues ou des géologues travaillant sur le terrain et des chercheurs.euses sur les droits humains étaient couramment chez-nous. Je leur montrais des photos de ma grand-mère battue par des colons pour présenter notre situation et ils et elles essayaient de manger le repas rituel du vendredi. Je présentais mon analyse : « C’est ce que je pense qui se passe  ». Mais ça tombait à plat comme si on me disait : «  Nous ne voulons que voir vos blessures, avoir un échantillon de sang. Nous allons annoncer ce qui se passe plus tard ».

Aujourd’hui comme hier, les politiciens.nes israéliens.nes amplifient l’idée de tuer les Arabes ou de promettre aux Palestinines.nes une nouvelle Nakba. Parfois, un journal sioniste affiche en une la confirmation qu’ « Israël est une colonie de peuplement » et leur discours est répété sans fin. Pourquoi cela à-t-il autant de poids ? Pourquoi autorisons-nous à ceux et celles qui nous ont tué et déplacé à raconter (notre histoire) alors que l’étroitesse de leur conscience coupable signifie que leur honnêteté n’est jamais garantie ? Pourquoi attendons-nous pour que ceux et celles qui tiennent le bâton parlent quand nos corps blessés disent la vérité ?

Je suis natif de Jérusalem, pas parce que Jabotinsky l’a dit mais parce que c’est cela. Je sais que les Sionistes ont colonisé la Palestine sans avoir besoin de citer Herzl. Je le sais parce que je l’ai vécu, parce que les nombreux villages dépeuplés fournissent les preuves matérielles d’un nettoyage ethnique planifié. Quand nous les Palestiniens.nes parlons de ce nettoyage ethnique en cours, qui en passant, fait partie de l’idéologie sioniste, on nous reconnait au mieux comme passionnés.es au pire comme haineux.euses, mécontants.es et vexés.es. Alors, qu’en fait nous ne sommes que les rapporteurs.euses fiables, simplement parce que nous sommes les Palestiniens.nes. Nul besoin de nous donner cette identité pour que nous la prenions ; elle nous donne l’autorité de raconter. Mais l’histoire nous apprend que ceux et celles qui oppriment, qui ont le monopole de la violence, ne diront pas la vérité, ne reconnaîtrons pas leur responsabilité.

Ces dernières années ont été assez intéressantes pour les Palestiniens.nes. Nous avons été à la table, nous avons parfois pu quelque peu diriger la conversation. C’est une occasion offerte pour changer le discours, la rhétorique, et pour provoquer un virage radical de l’opinion publique à propos de la Palestine et de nous. À titre de travailleurs.euses culturels.les, à titre de producteurs.trices de connaissances, de journalistes, d’universitaires, et de commentateurs.trices dans la médias sociaux, nous devons être braves. C’est une époque où il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt ou derrière ceux et celles qui nous assignent.

Et pour nous les journalistes il ne s’agit pas que d’être braves. Il faut faire notre travail. Rapporter la vérité ; nous devons rapporter la vérité.

Je veux encore parler d’une autre chose. Quand je monte sur scène, habituellement je fais beaucoup de farces. Je le fais exprès d’abord parce que je veux croire que je suis amusant. Mais il y a une autre raison : on s’attend à ce que n’importe lequel Palestinien qui se présente en public, surtout s’il a subi la violence israélienne, ait un comportement prescrit. Vous êtes supposé être misérable, avoir la tête baissée, gémissant et faible et demandant grâce. Vous devez souffrir poliment. Je refuse tout cela. Je refuse la politique de supplication. Je ne veux supplier personne. Je peux supporter le travestissement et la tragédie, la perte la plus profonde et je peux même en rire. C’est la totalité de l’humanité palestinienne ou de toute l’humanité. Nous sommes des humains.es pas seulement parce que nous pleurons quand nous perdons notre maman ou parce que nous avons des animaux de compagnie. Nous sommes des humains parce que nous expérimentons la rage, le dédain, parce que nous résistons.

Et honnêtement, je rends grâce à mon dédain parce qu’il me rappelle que je suis humain. Je rends grâce à ma rage parce qu’elle me rappelle ma capacité à réagir naturellement devant l’injustice. Je suis reconnaissant de pouvoir être désinvolte et capable de ridiculiser et caricaturer mon impénétrable et ineffaçable occupant. Donc, je vous invite tous et toutes à interroger vos biais à la sortie de cette conférence, à interroger ce qui vous dispose à déterminer l’humanité palestinienne. Et je vous invite encore à être braves. Merci beaucoup.

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