Édition du 16 juin 2020

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Politique canadienne

Le gouvernement canadien annonce un programme de construction de navires de guerre de plusieurs milliards de dollars.

Les bouchons de champagne ont sauté à Halifax et à Vancouver ce 19 octobre, lorsque le gouvernement canadien a annoncé que les deux chantiers navals de ces villes avaient été retenus afin de construire une nouvelle génération de navires de guerre et de bateaux de la garde côtière.

(Traduction : Shelly D’Cruz)

Le gouvernement va dépenser à peu près 35 milliards de dollars durant ces prochaines années pour la construction de 15 frégates et de contre-torpilleurs, six à huit bateaux de patrouille pour la zone arctique, un brise-glace et quatre navires de la garde côtière et deux navires de soutien à la Marine.

Les soumissionnaires retenus pour les travaux sont Halifax Shipyard, une division de l’empire industriel de la famille Irving ; et Seaspan Marine Corporation basé à Vancouver et Victoria, division du Washington Group Companies appartenant au magnat d’affaires américain Dennis Washington.

Les dépenses militaires en hausse.

La construction de navires de guerre est la plus récente mégadépense publique du programme de militarisation qui a débuté sous le gouvernement du parti Libéral et qui continue sous celui des Conservateurs et de Stephen Harper.

Selon une étude publiée en mars 2011 par le Canadian Center for Policy Alternatives, le Canada consacrera 23 milliards de dollars à ses forces militaires pour l’année fiscale 2010-2011. C’est 26% de plus que pour l’année fiscale 1989, l’année de la chute du Mur de Berlin et 61 % - soit 8,4 milliards de dollars par an - de plus que pour l’année fiscale 1998, l’année où les dépenses canadiennes ont atteint leur minimum après Guerre froide ( tous les montants ont été ajustés en fonction du dollar de 2010 afin de prendre en compte l’inflation).

Le montant des dépenses militaires annuelles continuera de grimper avec les coûts du programme d’avions de chasse F35 ( sans appel d’offre) et de nombreuses dépenses dans l’équipement de l’armée canadienne.

L’augmentation des dépenses publiques correspond au comportement militariste de plus en plus agressif du Canada dans le monde. De son rôle dans la guerre en Afghanistan et en Libye à son rôle de police/occupation militaire en Haïti, le Canada rejoint le rang des pays impérialistes qui ont recours à la force militaire pour garantir leurs intérêts économiques et maintenir un statu quo inégal et injuste dans les relations internationales. En début d’année, le Canada a annoncé qu’il acquerrait sept nouvelles bases en territoire étranger dans le monde.

La militarisation du Canada du Nord.

Le programme naval est un élément clé des intentions déclarées des conservateurs de continuer la militarisation des zones côtières canadiennes, y compris de la région de l’Arctique.

Du fait de la fonte des glaces polaires, le lointain nord est à présent vulnérable à l’ouverture de voies maritimes et à l’exploitation plus grande des ressources en pétrole et en gaz naturel. Le gouvernement conservateur a fait des pas en cette direction depuis sa première élection en 2006.

Sur la côte ouest, le gouvernement a fait savoir son besoin d’une présence accrue de garde-côtes et des capacités de la marine pour intercepter des bateaux transportant des réfugiés vers le Canada et provenant des zones de conflits ou celles touchées par des catastrophes environnementales. De plus, le gouvernement donne également son accord tacite à des projets massifs de transport de gaz et de pétrole de l’Alberta et de la Colombie-Britannique vers la côte ouest, celle-ci étant située dans une région des plus difficile pour la navigation et présentant les plus grands risques environnementaux dans le monde.

Il y a une idée fausse largement partagée sur le programme de construction navale ; celle-ci étant de croire que le chantier naval d’Halifax ne fabriquerait que des composants de combat ? Tels que des frégates, des contre-torpilleurs ou des navires de patrouille pour l’Arctique alors que le chantier de Vancouver se spécialiserait dans la construction de composants qui ne sont pas destinés au combat ? Tels les bateaux de la garde côtière, les navires de ravitaillement ou encore un brise-glace. En réalité, tous les navires en construction font parties de la sphère militaire.

A l’unanimité, les partis politiques apportent leur soutien au programme de construction de navires de guerre

Contrairement au programme d’avions de combat F35, qui avaient reçu des critiques de la part des partis d’opposition à Ottawa parce qu’il n’y avait pas eu d’appel d’offres et que ces derniers estimaient que les avions de chasse existant déjà étaient parfaitement adaptés aux besoins de l’État- le programme de marine de guerre a le soutien unanime des partis fédéraux ainsi que des partis provinciaux dans les deux provinces où seront construits les navires.

Lors des campagnes électorales au fédéral au printemps dernier, le chef du NPD, Jack Layton, avait appelé le gouvernement à remplacer le programme d’avions militaires par le programme de marine de guerre.

Le premier ministre de Nouvelle-Écosse, Darrel Dexter ( NPD), a acclamé le nouveau programme de la Marine de guerre, l’appelant « La plus grande opportunité pour la province de Nouvelle-Écosse depuis la Confédération. » Dexter a accueilli la Conférence sur la Défense et la Sécurité de l’Atlantique qui a eu lieu à Halifax en 2009 avec les remarques suivantes :

« Durant ces sept dernières années, les industries aérospatiales et de défense de la Nouvelle-Écosse ont révélé une surprenante croissance de 183 %. En 2008, le secteur aérospatial et la fabrication de marchandises dans le secteur de l’aérospatial comptaient davantage dans le produit national brut de la province que les industries de la pêche, du bois, de l’agriculture et du tourisme combinées... « Ce gouvernement s’est voué à soutenir le secteur de l’aérospatial et de la défense en Nouvelle-Écosse parce que nous reconnaissons l’importance du rôle joué par ces secteurs dans notre économie... »

Le Canada, en poursuivant une attitude va-t-en-guerre dans le monde, voit l’industrie de l’armement et l’armée canadienne devenir des forces prédominantes de la vie politique du pays et des provinces.

Les rapports critiques sur les opérations militaires canadiennes à l’étranger ont depuis longtemps disparu des mass-media. Les programmes sportifs professionnels incluent à présent, des messages fortement promilitaires. Le logo de l’équipe de hockey professionnel de la ville de Winnipeg représente un avion de chasse. Les festivals culturels affichent maintenant une forte présence de l’armée canadienne.

Le fabricant d’armes Lockheed Martin est l’un des bénéficiaires potentiels du programme de la Marine de guerre et s’est implanté fermement en Nouvelle-Écosse. En 2008, il a remporté l’appel d’offres visant à moderniser le système de combat des douze frégates de patrouille de la Marine canadienne. Le contrat énonce que seraient fournis aux navires un nouveau système de commande et de contrôle, des radars, des liaisons de données tactiques, des mesures de soutien électroniques et toute autre capacité de combats.

En 2009, l’entreprise a ouvert site un d’entraînement et d’essais d’armement sophistiqué dans un parc industriel de Dartmouth (en face du port d’Halifax). Celui-ci promet de profiter largement du nouveau programme de Marine de guerre. Malheureusement, nombre d’organisations syndicales soutiennent le programme de navires de guerre et autres programmes de militarisation au nom de la « création d’emplois. » En Nouvelle-Écosse, certains syndicats prennent leurs distances par rapport à des groupes antiguerre avec lesquels ils étaient auparavant solidaires. La Fédération du Travail de la Nouvelle-Écosse a, par exemple, cessé ses subventions annuelles à la Halifax Peace Coalition.

Soutien à l’armement et coupes dans le système de santé

Tout en soutenant le programme de militarisation du gouvernement fédéral avec de généreuses subventions financières, la Nouvelle-Écosse emboîte le pas aux autres gouvernements provinciaux, y compris la Colombie-Britannique, dans la privatisation et la réduction drastique des services de santé. (Au Canada, le système de soin est largement financé par l’argent du fédéral, mais administré par les provinces). Comme l’a rapporté le Halifax Chronicle Herald le 1er octobre, le gouvernement a demandé au cabinet Ernst et Young qui bénéficie de la privatisation des services du système de santé, de préparer des recommandations concernant le futur du système de soin de la province. « Je crois que le système de santé a subi une offensive dans cette province et dans ce pays. Et les Canadiens doivent se défendre » a affirmé Janet Hazlenton, présidente du Syndicat des infirmier-e-s, lors d’une conférence de presse (organisée le 1er octobre à Halifax) et elle a appelé à manifester contre cette enquête mandatée par le gouvernement.

Les domaines concernés sont les archives médicales, les services d’inscription et de réservation, la blanchisserie, la comptabilité salariale, les unités centrales de stérilisation, la restauration, les ressources humaines, les services de technologies de l’information et des télécommunications, les services de bibliothèques, l’administration générale, finance et filières d’approvisionnement et le matériel. Hazleton affirme que la province a déjà décidé de privatiser certains services du système de santé. " Il n’y a personne qui engage des consultants, pour ensuite ne pas savoir quoi dire", a-t-elle déclaré au Herald. Ernst et Young est membre du Conseil canadien pour un Partenariat Public-Privé, une agence en faveur de la privatisation. En début d’année, le gouvernement provincial a annoncé le gel des dépenses liées au système de santé.

Perspective antiguerre

Tamara Lorincz de la Halifax Peace Coalition s’oppose au programme de la Marine de guerre dans une chronique du journal Chronicle Heral publié le 10 septembre, elle écrit : « Le gouvernement fédéral devrait couler la stratégie de marine. »

“Voulons-nous réellement que la prochaine génération des forces productives construise des navires de guerre et des systèmes de guerre pour les navires ? » écrit-elle. « Imaginez, au lieu de cela, nos jeunes s’employant fièrement à moderniser les habitations, installant des technologies d’énergie plus écologiques, agrandissant le réseau des transports en commun, améliorant le système de traitement des eaux usées, développant des fermes biologiques et restaurant les rivières polluées. »Lorincz a été candidate pour le NPD aux élections fédérales de 2008.

Elle a démissionné du parti en novembre 2009 pour protester contre l’échec de son parti à contrer les programmes d’armement du gouvernement fédéral. Elle a mentionné dans sa lettre de démission que le parti bloquait sa candidature pour une autre campagne fédérale en tant que candidate pour le NPD.

L’Alliance canadienne pour la paix a lancé une campagne d’éducation intitulée « Paix et Prospérité, non à la Guerre et à l’Austérité” lors de sa campagne de lobbying pendant la Congrès national tenu à Toronto du 14 au 16 octobre. Cette campagne demandait aux Canadiens d’envoyer des lettres à leurs représentants dont la conclusion était la suivante :

« Nous, les signataires, croyons que l’argent consacré aux dépenses militaires doit être ré-alloué aux programmes sociaux et environnementaux afin de protéger les emplois et les pensions, de préserver le système de santé et d’éducation et afin de créer une économie verte. En outre, nous nous opposons à toutes tentatives du gouvernement à étendre le militarisme canadien à l’étranger ou de l’imposer à la société canadienne. »

Vous pouvez joindre la campagne de l’Alliance canadienne pour la Paix en visitant leur site web : www.acp-cpa.ca ?


Roger Annis milite au sein de la Coalition Stopwar à Vancouver. Il peut être contacté à rogerannis@hotmail.com

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