Édition du 22 novembre 2022

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International

Le monde nucléaire selon Obama

Au moment même où le Pentagone publie sa nouvelle ‘Nuclear Posture Review (Révision de la politique nucléaire), le président Obama ordonne sans preuve le meurtre d’un citoyen américain, le religieux Anwar al-Awlaki, accusé de terrorisme et de liens avec Al Qaïda.

COUNTER CURRENTS.ORG, 10 avril 2010.
Traduction : Alexandra Cyr,.

Plus tôt, le 4 février dernier, la journaliste du Washington Post, Ellen Nakashima écrivait : ‘ Le directeur national du renseignement, M. Dennis C. Blair a prévenu dans un témoignage devant le Haut comité permanent de la chambre des représentants sur les renseignements, que les agences du gouvernement oeuvrant dans ce champ, (spécifiquement la CIA et les escadrons d’exécution des Forces spéciales), pouvaient exécuter des citoyens américains à l’extérieur du pays s’ils sont impliqués dans des activités terroristes, s’ils prennent des moyens pour mettre en danger la vie d’AméricainsEs ou de représentantEs officielLEs du gouvernement."
La révision de la politique nucléaire par le président Obama : nouvelle politique ou du pareil au même ?

En décembre 2001, l’administration Bush a publié une révision de la politique nucléaire qui affirmait le droit américain de déclarer unilatéralement et engager des guerres préemptives incluant l’utilisation des armes nucléaires.

Le 5 avril dernier, les journalistes David Sanger et Peter Baker du New-York Times publiaient un article intitulé : Le président Obama pose des limites à l’utilisation des armes nucléaires. Ils poursuivaient en disant : (…) le président a déclaré qu’il s’employait à ré organiser la stratégie nucléaire américaine pour restreindre les conditions de recours à ces armes mais en créant une exception envers les marginaux comme l’Iran et la Corée du nord.

Ces journalistes ont qualifié de brusque virage cette nouvelle stratégie et ont ajouté : Pour la première fois, les États-Unis s’engagent à ne pas utiliser les armes nucléaires contre les pays n’en possédant pas (ceci en conformité avec le traité de non-prolifération) même s’ils les attaquaient avec des armes biologiques ou chimiques ou lançaient des cyber attaques dévastatrices.

Et, comme il fallait s’y attendre, le 7 avril dans l’éditorial du Times, on pouvait lire : M. Obama a déclaré qu’il s’agit d’un important premier geste vers une politique nucléaire plus saine qui affirme le rôle fondamental des armes nucléaires pour décourager les attaques nucléaires contre les Etats-Unis et ses alliés, et que l’administration actuelle avait raison d’ainsi donner l’exemple.

Ceci est faux et pour de multiples raisons. Cette nouvelle révision n’est qu’un changement de discours, pas de politique. Décréter marginaux des pays possédant ou non l’arme nucléaire ne tient pas la route. Le désarmement unilatéral et le monde sans armes nucléaires n’est ni envisagé ni planifié. Des armes modernisées vont remplacer les désuètes et toutes les nouveautés devront être testées encore aussi dangereusement. On ne retient pas les trois piliers du Traité de non-prolifération soit, la non-prolifération, le désarmement et l’usage pacifique de ces armes. On en veut pour preuve, la restauration du Traité anti missile balistique, en vigueur pendant trente ans jusqu’à ce que l’administration Bush le résilie unilatéralement en juin 2002.

La politique dite Global Strike Command émise par le Pentagone en 2006 est toujours en vigueur. C’est une politique autorisant les attaques préemptives qui relève de la conviction que la dissuasion ne tiendra pas indéfiniment. On préfère donc se garder le droit d’attaquer avant de l’être. Il s’agit de faire la guerre par de la prévenir. Tel est également le Prompt Global Strike de 2009 qui permet de prendre l’initiative d’attaquer rapidement n’importe où dans le monde avec des armes conventionnelles aussi bien qu’avec des armes nucléaires.

La nouvelle version de la politique stipule que : Les Etats-Unis se ‘réservent le droit’ d’utiliser les armes nucléaires ‘qui pourraient être rendues nécessaires selon l’évolution et la prolifération de menaces d’attaques biologiques, pour assurer la capacité des Etats-Unis à les contrer’.

Et on présume vraies les explications sur les causes d’un éventuel événement qui mis au compte d’un marginal, pourrait justifier une réponse nucléaire. Ça ne change rien non plus à la doctrine du Joint Nuclear Opérations de 2005 qui se débarrassait de la distinction entre les dissuasions défensives et offensives : ‘Le nouveau trio (bombardiers stratégiques au sol, missiles sol-sol, et missiles balistiques sous-marins), offre un mélange de capacités stratégiques offensives et défensives, actives et passives, assure un développement solide en recherche et développement, le développement d’ infrastructures industrielles à bâtir pour maintenir des forces offensives et des systèmes défensifs…cela aboutit à des options militaires additionnelles’.

La nouvelle politique laisse en place ce trio de défense sol-air-mer. Elle maintient les missiles nucléaires en alerte, prêts au lancement immédiat, aussi bien que le droit d’utiliser l’attaque nucléaire préemptive sur ordre du président et peut-être sans qu’il ait le temps de se demander s’il y a bien une réelle menace.

On est là, au-delà de la position défensive. Faire appel à la préemption, c’est agressif qu’on ait recours aux armes nucléaires ou non. Et que ce soit vrai ou faux, rebaptiser marginal l’ennemi visé n’y change rien.

Et la politique de mai 2000, dite Joint Vision 2020 est toujours en vigueur. Elle soutient la lutte pour la domination à tous égards, sur toutes cibles, sur terre, sur et sous la mer, dans l’espace, (incluant l’option de sa militarisation) dans le champ électromagnétique et sur les systèmes de communication, avec suffisamment de force pour gagner une guerre globale contre n’importe quel provocateur. L’usage de toutes les armes est envisagé pour arriver à cette fin, y compris les armes nucléaires, biologiques et chimiques.

En plus, dans son énoncé de 2002 (repris en 2006) le National Security Strategy (NSS) soutient lui aussi, ce droit d’agir unilatéralement, de façon préemptive, avec les armes nucléaires, pour freiner toute attaque agressive de la part de n’importe quel provocateur. Surtout, si ces attaques visent le contrôle américain des ressources mondiales en énergie et autres et dans des régions clés comme l’Europe, l’Asie, (y inclus le Proche-Orient), l’Amérique latine, l’Afrique et l’Arctique.

La National Security Presidential Directive (NSPD) de l’administration Bush de décembre 2002 reste aussi inchangée. Elle stipule : ‘Les Etats-Unis vont continuer à affirmer leur droit de répondre avec une force écrasante au moyen de tout notre arsenal à toute utilisation ou menace d’utilisation d’armes de destruction massive contre notre territoire, nos armées cantonnées ailleurs, nos amis et nos alliés’.

En plus, alors que le déclenchement de la guerre est du pouvoir du président, le choix du théâtre des opérations est de celui des commandants des armées. Ils peuvent donc prendre la décision tactique de lancer des attaques préemptives à l’aide de petites armes nucléaires, par exemple pour ouvrir des bunkers. La prétendue sécurité de ces armes pour les populations environnantes sera avancée pour justifier leur usage.

Ce qu’on nomme faussement missile défensif est en fait une arme offensive. Et cela aussi reste inchangé. L’actuel président maintient la politique de l’administration Bush, d’installer ces armes en Pologne avec un réseau de radars en Tchéquie. La Russie s’y oppose et avec raison. Elle s’objecte aussi aux possibles accords avec la Roumanie et la Bulgarie pour l’installation sur leurs territoires d’intercepteurs de missiles en 2015. L’agence RIA Novosti rapportait cette nouvelle le 8 avril dernier dans un article intitulé : ‘ La Russie, par la voix de son président, M. Medvediev, propose aux Américains une coopération de défense globale basée sur les missiles’.

Alors qu’ils prétendent vouloir protéger l’Europe d’attaques de la part d’États voyous, (sous entendu l’Iran), les Etats-Unis dans la pratique visent la Russie. C’est le seul pays qui pourrait, grâce à son important arsenal nucléaire sophistiqué, présenter une menace potentielle. On ne croit pas que les missiles iraniens pourraient atteindre l’Europe. En plus, il n’y aurait pas d’autre raison de les utiliser que l’auto-défense.

Ceci même si le commandant représentant des Gardes révolutionnaires d’Iran, M. Hossein Salami a récemment déclaré :
‘ Nos missiles peuvent maintenant rejoindre n’importe quel lieu où peuvent se trouver des conspirateurs’. Propos rapporté par Chip Cummins dans le Wall Street Journal, le 17 décembre 2009 et qui visent évidemment Israël et les bases américaines de la région.

Selon la Maison Blanche, le nouveau traité avec la Russie sur les armes nucléaires ‘ ne contient aucune restriction quand aux essais, au développement ou au déploiement des programmes de missiles américains existants ou quant aux projets de développement des capacités d’attaques avec des armes conventionnelles’.

Stephen Walt co-auteur avec John Mearsheimer de The Israël Lobby and US Foreing Policy pousse l’analyse plus loin dans un article dans Foreing Policy Review le 6 avril dernier, intitulé : Révision de la politique nucléaire, ou opération de relations publiques ? Il écrit : ‘ Étonnamment, les dirigeants américains ne semble jamais se rendre compte que l’argument qu’ils utilisent pour justifier notre armement nucléaire s’applique encore plus facilement à des États plus faibles que les Etats-Unis. Si pour le gouvernement américain, le rôle fondamental de l’armement nucléaire est de dissuader quiconque d’attaquer le territoire américain, et que nous nous réservons le droit de première attaque, il est alors logique de penser que les dirigeants iraniens peuvent conclure qu’il vaut la peine d’avoir leur propre arsenal dont le rôle fondamental serait de nous dissuader de justement attaquer leur pays.

Conclusion,

Comme ses prédécesseurs, M. Obama entretient des plans de guerres permanentes avec plus de dépenses militaires que toutes les autres nations réunies en ces temps ou l’Amérique n’a pas d’ennemis. Il s’en glorifie, se trouve dans son droit d’utiliser ce moyen qu’il baptise lui-aussi, libération des uns pour plus de démocratie, la liberté, la justice et le meilleur des mondes. Il n’est que le dernier d’une longue lignée de dirigeants belliqueux promettant la paix en entretenant la guerre, la justifiant faussement et la poursuivant comme outil d’un vieux programme pour plus de richesse, de pouvoir et la domination mondiale indiscutée.

Le résultat des efforts pour venir à bout du danger nucléaire n’est probablement pas plus prêt de nous que durant l’ère Bush surtout avec l’Iran, le rival stratégique le plus important des États-Unis à cet égard comme la Chine l’est sur le plan économique. Nos dirigeants sont face à ces nations dans un nouveau grand jeu pour le contrôle des immenses richesses et ressources d’Europe de l’est et du Proche-Orient.

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