Édition du 27 septembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale

Législatives : entre colère et espoir, le PS entérine l’accord avec les Insoumis

Au terme d’un conseil national parfois houleux, les élus socialistes ont voté pour l’alliance avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon aux législatives. Certains voient dans cet accord le dernier clou au cercueil du parti de Jaurès, d’autres l’opportunité d’une renaissance.

6 mai 2022 | tiré de mediapart.fr

Un marathon et une victoire à l’arrivée. Ce jeudi 5 mai à 0 h 30, Olivier Faure est sorti soulagé d’une soirée éprouvante. Au terme d’une journée de suspense, deux tiers (62 %) des membres du conseil national du Parti socialiste (PS) ont finalement voté pour l’accord avec l’Union populaire.

« La responsabilité lourde que Jean-Luc Mélenchon va avoir, c’est de porter toute la gauche et les écologistes  », commentait, quelques minutes plus tard, le premier secrétaire devant une petite nuée de caméras. « Ce soir, nous sommes prêts à l’accompagner mais nous ne sommes pas pour autant devenus Insoumis », a-t-il ajouté comme pour rassurer ses propres troupes.

C’est qu’au PS, la pilule a du mal à passer. Plus de quatre heures durant, dans la salle de réunion du siège d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), plusieurs dizaines de membres du parlement du PS ont pris la parole les uns après les autres, derrière le pupitre ou en visioconférence, pour ce conseil national qualifié d’« historique », et pour la première fois ouvert à la presse. « Comme ça, les opposants devront assumer publiquement qu’ils sont contre l’union », souriait, lors d’une pause cigarette, l’un des lieutenants du premier secrétaire, ravi de voir que les médias s’étaient pour une fois déplacés en nombre de l’autre côté du périphérique.
L’enjeu de cette soirée, dernière étape de la constitution de l’alliance que Jean-Luc Mélenchon doit célébrer samedi, à Aubervilliers, lors de la « convention de la Nouvelle Union populaire écologiste et sociale » (Nupes), avec ses nouveaux partenaires (le PS donc, mais aussi Europe Écologie-Les Verts et le Parti communiste français, le Nouveau Parti anticapitaliste ayant finalement indiqué qu’il refusait la main tendue), était pour le moins délicat : transformer un accord électoral aux airs de « sauve-qui-peut » en une feuille de route acceptable pour les militants d’un parti en pleine crise existentielle.

« La lumière ne peut pas s’éteindre »

Non seulement l’ancien transfuge socialiste qu’Anne Hidalgo accusait, il y a quelques semaines encore, d’être le « complice » des dictateurs, y est vu par beaucoup comme « infréquentable  ». Mais si presque tous les sortants socialistes à l’Assemblée se voient assurés d’être reconduits par l’accord, ces noces ne sont pas sans quelque sacrifice pour le parti à la rose, qui a dû se résoudre à n’être présent que dans 70 circonscriptions – dont 30 gagnables – sur 577.

Un deuil pour ces centaines de militants ou candidats contraints, en quelques jours, de renoncer à faire campagne. Et un signe de l’« écrasement » du PS, a vilipendé Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin (Rhône) et opposante d’Olivier Faure au dernier congrès, qui est apparue «  les traits tirés [du fait de] la gravité du moment  ». « Quelle est la plus-value de cette union ? Pourquoi être saisi d’effroi ? Nous allons assister à un parachutage en règle de candidats insoumis sur nos territoires. Au nom des matins blêmes, des longues nuits passées à coller des affiches, la lumière ne peut pas s’éteindre ! », a-t-elle imploré.

Symbole de cette situation : la «  candidate sacrifiée  » (sic), Lamia El Aaraje, victime collatérale de l’union, qui se retrouve privée de sa circonscription du XXe arrondissement parisien où elle s’était pourtant fait élire après une législative partiellel’an dernier. À la tribune, celle-ci a dénoncé «  l’injustice » faite à son endroit – une motion en faveur de sa candidature a d’ailleurs été largement adoptée lors de ce même conseil national.

Il y a aussi le contenu du programme autour duquel s’est nouée la coalition : le PS sommé d’écrire noir sur blanc qu’il souscrit à l’abrogation de la loi El Khomri et de la loi « séparatisme » (sur laquelle le groupe socialiste s’était abstenu), ou qu’il entend « déroger de manière transitoire » aux règles européennes…

« Ce qui veut dire que, très concrètement, on peut déroger unilatéralement à des règles européennes », a regretté David Assouline, de la puissante fédération de Paris. «  Comment pouvons-nous nous autoflageller ? L’accord nous demande de faire repentance et nous demande de dire que nous n’avons pas la foi ! », s’est indignée Hélène Geoffroy. « Qui va croire sérieusement qu’en trois jours de discussions nous allons évacuer dix années de désaccords ? La coalition allemande, c’est des semaines et des semaines de discussions, pas quelque chose de bâclé en trois jours ! », a tancé l’ancien maire d’Argenteuil, Philippe Doucet.

Un texte certes «  sans doute trop court pour représenter une réalité complexe », a reconnu l’eurodéputée Sylvie Guillaume, laquelle a toutefois souligné que les discussions avaient permis « d’éviter les dégâts » de « positions à l’emporte-pièce, voire dangereuses » des Insoumis. « Nous ne sommes pas engagés dans le terme de “désobéissance”, mais nous sommes engagés dans l’idée que l’Union européenne n’est pas parfaite. Le texte sur lequel nous avons topé en votre nom lève toute ambiguïté », a plaidé la socialiste, rappelant que l’exemple espagnol du PSOE qui, au bord de la disparition, avait fait alliance avec «  l’extrême gauche » avant de lui damer le pion et d’accéder au pouvoir.

Autre point de tension : la retraite à 60 ans, infaisable pour bon nombre de socialistes. « Le programme est inapplicable. Il faudra expliquer comment on trouve ces 72 milliards », a morigéné Patrick Mennucci, en référence au chiffrage de la réforme des retraites avancé par Olivier Faure lui-même, qui trouvait la mesure un peu chère pas plus tard que le 24 avril dernier sur France Inter.

Le Marseillais s’est ensuite livré à une tirade au vitriol contre Jean-Luc Mélenchon, qui lui avait ravi son siège en 2017 : « Accrochez-vous à vos chaises lorsque vous allez entendre le “leader maximo” donner la ligne ! Le programme conduira très rapidement le pays à une situation inextricable. » Selon lui, La République en marche n’attendrait qu’une chose : que tout le monde soit « ficelé » avec l’Insoumis pour sortir « ses vidéos avec Bachar al-Assad  ».

Reddition ou rémission ?

Jean-Luc Mélenchon, ou le diable incarné : sa vision «  complotiste  » sur la vaccination contre le Covid (Rachid Temal), ses «  gardes rouges » (Philippe Doucet), ses saillies contre Bernard Cazeneuve «  l’assassin  » de Rémi Fraisse (François Kalfon), ses « outrances  » sur la forme comme sur le fond, ou encore son tropisme « bolivarien » (l’adhésion à l’Alliance bolivarienne pour les Amériques a pourtant été évacuée du programme « L’Avenir en commun »)…

Les mêmes ont enchaîné quelques passes d’armes avec leur premier secrétaire. Patrick Mennucci : « Je sais que tu veux que je quitte le PS, mais avant que je quitte le PS, il y aura d’autres premiers secrétaires. Qu’est-ce que vous ferez, Olivier, quand vous serez traités à l’Assemblée de social-traîtres ? Quand il y aura des burkinis dans les piscines, ou que Mélenchon fermera les centrales nucléaires ? » Philippe Doucet : « Olivier, je te le dis amicalement, mais être en désaccord avec toi, ce n’est pas être un macroniste. Moi je n’ai jamais mis “majorité présidentielle” sur mon affiche, jamais ! Toi, tu as été “hollandais”, moi jamais ! »

Crainte de la disparition, accusation de «  soumission aux Insoumis  », reproche de « reddition »… Le refrain a été entonné sur tous les tons, ces derniers jours, par les barons du parti. À commencer par François Hollande, Jean-Christophe Cambadélis, Stéphane Le Foll, ou encore Bernard Cazeneuve qui a claqué la porte, dans une indifférence relative, y compris au sein du PS.

Alors que cinq présidents de région ont annoncé qu’ils refusaient de voter pour l’accord, Carole Delga, elle, est entrée de son côté clairement en dissidence. Comme une provocation, au moment même où se tenait le raout d’Ivry-sur-Seine, la présidente de l’Occitanie organisait une cérémonie d’investiture de ses propres candidats dans sa région, en compagnie du maire de Montpellier, Michaël Delafosse.

De quoi soulever l’épineuse question : « Ce soir, est-ce que vous prendrez la responsabilité d’exclure Carole Delga, d’exclure la région Occitanie ? Olivier, ne me regarde pas comme si cette question était une question subalterne ! », a lancé François Kalfon.

Du côté des Insoumis, on observe les psychodrames des anciens « solfériniens  » avec une joie non dissimulée : «  C’est excellent ! Les Hollande ou Cazeneuve font une contribution magnifique à la clarification du PS : non seulement les gens les détestent, mais ça montre qu’on ne fait pas l’union avec ce PS-là  », glisse l’un d’entre eux, qui a participé aux négociations.

D’autant que le deal est, en théorie, très avantageux pour les socialistes. En dépit de leur microscopique 1,7 % à la dernière présidentielle, les voilà, sauf coup de théâtre, assurés de garder un groupe au Palais-Bourbon. Ce qu’ont bien compris la demi-douzaine des « nouveaux maires », ex-membres de la campagne d’Anne Hidalgo, qui ont signé, il y a deux jours, une tribune favorable à la nouvelle ligne de la direction. Ou encore la maire de Lille, Martine Aubry, qui, après avoir casé le maire de Lomme, Roger Vicot, dans la 11e circonscription du Nord, y est elle aussi allée de son (quoi que peu enthousiaste) communiqué de soutien.

Faut retomber un peu sur terre. Nous y trouvons notre compte !
Laurence Rossignol

Un sauvetage inespéré, donc, ce que n’a pas manqué de souligner la sénatrice Laurence Rossignol : « À mes yeux, c’est un accord électoral, ce n’est pas un contrat de gouvernement. Faut retomber un peu sur terre. Nous y trouvons notre compte ! », a-t-elle fait valoir ce jeudi à Ivry-sur-Seine. Par ailleurs, « cet accord, en levant la suspicion à notre égard, nous remet dans la gauche et ramène la gauche dans le pays, loin du discours de Jean-Luc Mélenchon qui disait qu’il n’y avait plus de gauche et plus de droite, et loin du “en même temps” de Macron ».

Sur le fond, cette nouvelle coalition redonne, il est vrai, un peu de lustre à un PS en déroute depuis les années Hollande. «  À travers ce vote, nous avons le choix entre la fin d’une histoire et le début d’une histoire  », a jugé, plein d’optimisme, l’ancien « frondeur » Laurent Beaumel, qui pourrait récupérer un siège en juin.

Une nouvelle ligne entérinée le soir même par Olivier Faure, qui s’est adressé autant à ses camarades socialistes qu’à ses nouveaux camarades mélenchoniens lors de son discours de clôture retransmis sur les réseaux sociaux. Se félicitant du retour du « dialogue des frères ennemis  », le premier secrétaire l’a juré : « Pas un jour » sans qu’un passant ou un chauffeur de taxi ne le félicite parce que « la gauche ne peut gagner que rassemblée ». « Nous disons ce soir que nous sommes dans un espace politique qui est celui de la gauche, et nous n’en bougerons pas. »

Puis, l’incontournable référence à l’incontournable François Mitterrand et à son programme commun avec le PCF, «  qui était non pas dans une alliance bolivarienne, mais en ligne directe avec le Kremlin. Nous n’avons pas eu de pudeur de gazelles à ce moment-là ! », a lancé le premier secrétaire avant de suggérer que les récalcitrants devraient, à la fin, choisir entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Dans l’assistance, les « tu m’insultes !  » ont fusé. Comme une preuve que la clarification a bel et bien commencé.

Pauline Graulle

Pauline Graulle

Collaboratrice à la revue Politis (France).

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