Édition du 22 septembre 2020

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Québec

Lendemains de crise : éviter les erreurs du passé

En apparence, la crise sanitaire que nous vivons n’a rien à voir avec la crise économique des années 2007-2008. Pourtant ces deux cas ont révélé des failles majeures dans notre système économique. Entre autres, les effets pervers de la dérèglementation, qui a d’abord mené à l’écroulement du secteur financier. Celle-ci a aussi contribué à la grande fragilisation de nos écosystèmes et à l’affaiblissement des services de la santé, deux importants facteurs qui ont provoqué et aggravé la crise que nous vivons.

Tiré du site d’Alternatives.

Il découle de ces deux crises un grand mea culpa. Pendant la Grande Récession, on se disait, autant qu’on le répète aujourd’hui, qu’il n’était plus possible de continuer de la même manière, qu’il fallait apprendre de nos erreurs. Mais aucun de ces bilans n’a été retenu. Le libéralisme économique a continué à se propager et l’austérité budgétaire a réduit nos résistances à la COVID-19.

La réaction des milieux économiques fait craindre le pire pour les lendemains de la crise sanitaire. Les marchés financiers se portent actuellement très bien, misant sur l’effondrement d’entreprises qu’il sera alors possible d’acheter à prix avantageux, et sur la découverte d’un vaccin faisant tomber une pluie de dollars. La COVID n’aura été pour eux qu’un orage avant que tout reprenne comme avant. Comme aux lendemains de la crise de 2007-2008.

Cependant, une comparaison même rapide entre les deux crises nous permet de constater qu’il s’agit de deux cas bien différents. Pendant cette nouvelle crise, les milliers de milliards de dollars distribués par les gouvernements ne sont pas entièrement aspirés par le secteur financier, mais répartis dans l’ensemble de la population, ce qui leur assure une bien meilleure circularité.

L’endettement majeur des États qui résultera de leurs mesures d’aide les forcera à résoudre la quadrature du cercle. D’une part, devant une pareille situation, ils ne savent qu’accumuler les compressions budgétaires, ce qu’ils font depuis quarante ans. Mais d’autre part, tout dans la crise sanitaire a démontré à quel point la catastrophe a été accentuée par ces mêmes politiques d’austérité. Oseront-ils alors, pour une fois, appliquer l’unique solution envisageable : aller chercher l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire dans les poches des individus et des compagnies qui en accumulent des quantités invraisemblables ?

Le réchauffement climatique s’est aussi imposé comme un enjeu incontournable depuis quelques années. Là encore, nos gouvernements devront lutter contre un autre vieux réflexe, celui de subventionner le productivisme et d’investir dans des infrastructures, peu importe lesquelles, du moment qu’elles créent de l’emploi et qu’elles fassent rouler l’économie.

Notre gouvernement québécois, par exemple, ne semble toujours pas renoncer à un projet d’un autre temps comme le 3e lien à Québec alors que celui du Canada subit des assauts de l’industrie des hydrocarbures qui demande une aide généreuse. Dans quelle mesure appliquera-t-on encore ces solutions alors qu’il devient particulièrement urgent de se lancer dans des actions significatives pour mettre en branle la transition écologique ?

La COVID-19 nous a fait rendre compte de la nécessité de maintenir une production locale diversifiée et de profiter de circuits courts qui sont par ailleurs très bénéfiques pour l’environnement et pour combattre le réchauffement climatique. Pourtant, un lobbyiste très influent comme Jean Charest continue à faire la promotion du libre-échange, et plus particulièrement d’un de ses aspects les plus nuisibles, soit la « coopération règlementaire », qui permet en fait aux grandes entreprises de négocier auprès des gouvernements la dérèglementation dans les secteurs qui sont les leurs.

De plus, des entreprises envisageraient maintenant de poursuivre les gouvernements, par des tribunaux privés mis en place dans les accords de libre-échange, pour contester des mesures prises pour contrer l’épidémie qui menacent leurs intérêts financiers. Cette attitude montre bien que la toile tissée par les accords de libre-échange sera un obstacle devant des changements dont on reconnaît pourtant la grande nécessité.

Le dilemme qui attend nos gouvernements aux lendemains de la crise sanitaire est particulièrement clair : continuer ce qu’ils ont toujours fait, ce qui a tout de rassurant pour eux, ou se lancer dans d’importantes transformations de société. Il va de soi, en ce moment, que cette deuxième solution s’impose. Mais sans pression très forte d’une grande partie de la population, sans les appels qui sont lancés par des citoyens et citoyennes, il est très possible que nos gouvernements choisissent de se lancer dans une autre direction.

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