Édition du 11 juin 2019

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Ne sommes-nous pas québécoises ?

En écho à Ne suis-je pas une femme ?, célèbre discours de la militante abolitionniste afro-américaine Sojourner Truth en 1851, Rosa Pires signe un premier essai personnel et original sur une thématique brûlante d’actualité. Née au Québec d’immigrants portugais, souverainiste de longue date, quelque chose en elle se brise au moment de la Charte des valeurs ; elle commence à se sentir étrangère en son propre pays. Entre les femmes issues des minorités et le projet d’indépendance de la nation québécoise, un pont déjà chancelant s’est rompu.

La politologue décide alors de mener une enquête auprès de 10 femmes de la deuxième génération issue de l’immigration afin de sonder leur point de vue sur les inégalités, l’appartenance et la question nationale. Femmes de conviction au parcours peu banal, toutes rêvent du moment où leur corps, leurs vêtements ou leur nom cesseront d’être un marqueur de différence ou d’invisibilité. Elles revendiquent leur place comme citoyennes québécoises engagées. À part entière.

Rosa Pires travaille depuis près de 20 ans sur les enjeux d’égalité hommes-femmes et d’inclusion des personnes issues de l’immigration. Elle a été attachée politique au Parti québécois et candidate pour Québec solidaire. Elle enseigne aujourd’hui à l’Université Concordia.

En 2007, lors des débats sur les accommodements raisonnables au Québec, le sentiment d’être une étrangère dans mon propre pays devient palpable. Les personnes m’interpellent quotidiennement sur mes origines et supposent plus souvent qu’autrement que je suis d’origine latino-américaine (la sonorité de mon nom) ou arabe (mes traits morphologiques). En travaillant à la permanence du Parti québécois, puis au sein d’un regroupement féministe provincial, j’ai senti ce malaise croître : « Comment t’as fait pour travailler là ? » est une question à laquelle j’ai souvent répondu de la part de mes amies racisées ou de ma communauté d’origine. Je ne suis jamais entrée dans ces institutions par la même porte que mes collègues masculins ou mes consœurs féministes d’origine canadienne-française ni pour les mêmes raisons ; je n’aurais jamais pu y entrer.

Pour être autorisée à tenir la bannière d’indépendantiste à laquelle je me suis identifiée pour intégrer l’appareil politique souverainiste, il m’a fallu prouver ma loyauté au projet de pays du Québec. Mais jusqu’en 2007, une certaine forme de nationalisme n’avait que très peu manifesté sa présence dans le paysage politique, celui des nouveaux penseurs conservateurs de l’identité. J’ai remarqué à l’intérieur du Parti québécois et du mouvement féministe une renaissance du nationalisme identitaire. Que je revendique ma « québécitude » en tant qu’héritière du poète Gérald Godin ravissait tout le monde, mais lutter contre l’exclusion des minorités ethnoculturelles, celles-là mêmes que Godin a défendues ardemment, remettait soudainement ma loyauté en question. Selon certains idéologues, construire un dialogue avec l’Autre s’avérait une perte de temps et de ressources pour le parti et ne résolvait pas l’éternel défi de l’appui du vote francophone.

— extrait de l’introduction

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