Édition du 15 octobre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Planète

"Nous avons une chance de combattre la crise climatique au cours de ce siècle"

Avec 4 millions d’êtres humains, majoritairement jeunes, dans les rues partout sur la planète, les événements se précipitent. Face à l’inaction des décideurs, la désobéissance civile de masse s’inscrit à l’ordre du jour pour stopper les grands pollueurs fossiles. La proposition Trudeau de planter des arbres qui risquent de s’envoler en fumée, brûlés par la canicule, ne nous avance guère.

Une autre alarmante nouvelle vient tout juste de tomber : 42% d’espèces d’arbres européens sont menacées d’extinction (1). S’inspirer du Green New Deal formulé aux États-Unis (comme le NPD tente de le faire) serait pourtant faire preuve d’un peu plus de sérieux pour combattre le réchauffement climatique. Voici quelques extraits du livre de Naomi Klein "On Fire" (2).

Partout dans le monde, cette jeune génération a quelque chose en commun : c’est la 1ère fois que le dérèglement du climat à une échelle planétaire n’est pas une menace lointaine, dans le futur, c’est une réalité vivante maintenant. Les océans se réchauffent 40% plus vite que la prédiction des Nations-Unies il y a 5 ans. Un rapport concernant la saisissante diminution de la faune sauvage dans le monde nous avertit que des millions d’espèces animales et de plantes sont à risque d’extinction. La santé des écosystèmes dont nous et les autres espèces dépendons se détériore plus rapidement que jamais.

Ça fait plus de 30 ans que les gouvernements et les scientifiques se rencontrent officiellement pour discuter de la nécessité de diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour éviter les dangers d’effondrement climatique. Le résultat : les émissions globales de CO 2 ont augmenté de plus de 40% et continuent d’augmenter. La planète s’est réchauffée d’environ 1 degré depuis que nous avons commencé à brûler du charbon à une échelle industrielle et la moyenne des températures est en voie d’être multipliée par 4 d’ici la fin du siècle. La dernière fois qu’il y a eu autant de CO 2 dans l’atmosphère, les êtres humains n’existaient pas.

En mars 2019, on estime à 2100 les grèves des jeunes pour le climat dans 125 pays, avec une participation de 1,6 million de personnes. Tout un exploit pour un mouvement qui a commencé il y a seulement 8 mois auparavant, avec une adolescente qui a décidé de faire la grève de l’école à Stockholm en Suède : Greta Thunberg. La vague de mobilisations de la jeunesse qui a fait irruption sur la scène en mars 2019 n’est pas le résultat d’une seule jeune fille. Greta Thunberg souligne que les grèves pour le climat sont le résultat du travail de milliers de leaders étudiants et étudiantes, de leurs profs et des organisations qui les appuient, dont plusieurs tirent la sonnette d’alarme climatique depuis des années.

On n’a pas réussi à agir nous a-t-on dit parce que : 1. les politiciens sont captifs des cycles électoraux à court terme ; 2. le changement climatique apparaît trop lointain ; 3. le stopper coûterait trop cher ; 4. les technologies propres ne sont pas encore prêtes. Il y avait du vrai dans toutes ces explications, mais elles tenaient de moins en moins la route avec le temps. La crise n’était pas si loin ; elle frappait à nos portes. Le prix des panneaux solaires a plongé et rivalise maintenant avec celui des combustibles fossiles. La technologie propre et les renouvelables créent plus d’emplois que le charbon, le pétrole et le gaz. Des trillions sont allés alimenter des guerres qui n’en finissent plus, renflouer des banques et subventionner les énergies fossiles. Et au même moment, les coffres restaient virtuellement vides pour la transition climatique.

La crise est profonde, mais quelque chose de profond aussi est en train de se passer et à une vitesse qui me surprend. Des mouvements sociaux apparaissent et déclarent, non par en haut mais à partir du terrain, qu’il y a urgence pour la population. En plus des grèves étudiantes qui se répandent comme une traînée de poudre, nous voyons l’émergence d’Extinction Rebellion qui a lancé une vague de désobéissance civile d’action directe non-violente qui a fermé de grandes parties du centre de Londres. Aussi, l’ascension fulgurante du mouvement Sunrise aux États-Unis qui a occupé le bureau de Nancy Pelosi (la personne la plus puissante des Démocrates à Washington D.C.) tout juste une semaine après les élections américaines de mi-mandat en 2018 où son parti a regagné la majorité à la Chambre des représentants. Le mouvement demande au Congrès d’adopter immédiatement un cadre pour la décarbonisation rapide. L’idée du Green New Deal est simple : offrir un moyen de transformer notre infrastructure à l’échelle et à la vitesse requises par le changement climatique tout en transformant simultanément le modèle économique et la vision du monde sous-jacente qui en sont la cause. En s’attaquant à la crise climatique, nous pouvons créer des centaines de millions de bons emplois partout dans le monde.

Présentement, un bloc nouveau de politicien-nes aux États-Unis, en Europe et ailleurs, quelques-uns-unes à peine plus âgé-e-s que les jeunes militants et militantes du climat actifs et actives dans la rue, sont prêts et prêtes à traduire l’urgence climatique au niveau politique et à connecter les nombreuses crises de notre temps qui sévissent. C’est le cas d’Alexandria Ocasio-Cortez qui, à 29 ans, est devenue la plus jeune femme jamais élue au Congrès et qui a présenté dans sa plateforme le Green New Deal. Bernie Sanders et Elizabeth Warren et 105 membres de la Chambre et du Sénat l’ont appuyée (3).

L’idée du Green New Deal se répand à travers le monde, une coalition politique l’a lancé en janvier 2019 en Europe et une large coalition d’organisations au Canada se mettent en branle pour le promouvoir.

Nous sommes parfois accusés, en mettant cette plateforme de l’avant, de l’utiliser pour avancer un agenda socialiste et anti-capitaliste qui la précède. Ma réponse est simple : toute ma vie adulte, j’ai été impliquée dans des mouvements qui devaient faire face à tous ces systèmes économiques qui pulvérisent la vie des gens et saccagent les paysages. "No Logo", publié il y a 20 ans, a documenté les coûts humains et écologiques de la globalisation des compagnies, des "sweatshops" en Indonésie au champs de pétrole du Delta du Niger. J’ai vu des adolescentes traitées comme des machines à fabriquer nos machines, des montagnes et des forêts transformées en poubelles pour aller chercher en leur sein du pétrole, du charbon et d’autres métaux.

L’impact de ces pratiques meurtrières et qui font souffrir des êtres humains est impossible à nier ; on nous a argumenté qu’elles étaient le prix nécessaire à payer pour créer tellement de richesse que ça permettrait d’améliorer la vie de pratiquement tout le monde sur la planète. Ce que nous avons constaté, à la place, c’est l’exploitation des travailleuses et des travailleurs sur les planchers des usines, en toute indifférence pour leur vie, et la destruction de montagnes et de rivières qui a peu à peu envahit toute la planète, transformant nos terres fertiles en de vastes étendues de sel, réduisant à l’état de débris de magnifiques îles, retirant aux éclatants coraux leurs couleurs et les tuant.

La crise climatique est inséparable des crises locales générées par le marché que j’ai décrites au cours de toutes ces années. Ce qui diffère, c’est l’échelle et l’étendue de la tragédie et c’est maintenant l’humanité, notre seul foyer, qui est en cause.

Traduction : FD

Notes

(1) Clémentine Thiberge, cité sur le site Alencontre, 29/9/19. Les sorbiers, les marronniers ou encore certains lauriers font partie des espèces les plus menacées.

(2) "On how we can fight the climate crisis : We have a once-in-century chance", article de Naomi Klein paru sur le site Europe Solidaire Sans Frontières le 21 septembre 2019.

(3) États-Unis. Bernie Sanders dévoile son Green New Deal Plan. Alencontre, 23 août 2019. Signalons 2 points : 1. Atteindre 100% d’énergies renouvelables pour l’électricité et le transport d’ici à 2030 ; 2. interdire la fracturation hydraulique, l’extraction du charbon dans les mines à ciel ouvert et interdire l’importation et l’exportation des combustibles fossiles.

Selon Wenonah Hauter, directrice exécutive de Food & Water Action : "Ce plan interdirait la fracturation, la méthode de forage toxique et polluante responsable de la quasi-totalité de la production de pétrole et de gaz en Amérique aujourd’hui."

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