Édition du 26 mai 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

On nous prend pour des valises

Le scénario du printemps semble se répéter. Les travailleurs(euses) du Front Commun et les travailleurs municipaux pourtant membres des mêmes centrales syndicales, les pompiers et policiers, les groupes communautaires, les étudiants et les autres groupes sociaux avançons en rangs dispersés pour lutter contre les mesures d’austérité du gouvernement Couillard.

Pour ce qui est de notre lutte syndicale pour le renouvellement de notre convention collective nos ‘’ leaders ‘’ syndicaux envoient continuellement des doubles messages. D’un côté de la bouche ils mobilisaient récemment d’un côté plus de 100,000 personnes pour une manifestation monstre à Montréal, et de l’autre ils disent qu’ils ne veulent pas faire la grève. Je n’ai aucune confiance en eux. Ils créent la confusion dans nos rangs, nous qui avons voté la grève à plus de 80%. Le gouvernement reste imperturbable et on le comprend avec de tels ‘’ adversaires ‘’ en face de lui. Il envisagerait d’offrir plus aux enseignantes et aux infirmières qui ont plus la cote auprès de la population qu’aux autres mais ne s’avance encore pas trop pour le moment. Il attend que le mouvement s’essouffle et fait semblant de négocier.

Nous payons le prix d’avoir élu à la tête de nos centrales syndicales depuis 20 ans des bureaucrates, des gestionnaires, des personnes garantes du statu quo plutôt que des personnes qui remettent en question le système en place et sont prêtes à se battre jusqu’au bout contre l’austérité et le démantèlement de l’état québécois. Rappelons-nous l’emprisonnement des Pépin, Laberge et Charbonneau lors du Front Commun de 1972 et feu Michel Chartrand. Comme la majorité des politiciens actuels les leaders syndicaux de maintenant sont inodores et incolores.

Et pourtant les travailleurs(euses) du secteur public sont prêts(es) à faire des sacrifices pour se tenir debout face à un gouvernement qui nous méprise. Et pourtant la révolte gronde chez une bonne partie de la population et la frustration est palpable. Le Québec est mûr pour une crise sociale majeure et à une grève sociale, conditions indispensables pour envisager une victoire syndicale. Les gens n’attendent qu’un signal pour prendre la rue tous les jours comme lors du Printemps érable. Alors que l’on parlait d’un printemps chaud on n’ose plus parler d’un automne chaud, tellement il ne se passe pas grand chose, et que le froid et neige s’en viennent et ensuite les ‘’ partys ‘’ de Noël.

J’espère me tromper mais je pense que nos ‘’ chefs ‘’ syndicaux veulent régler le plus tôt possible sans croire qu’il est possible d’établir un vrai rapport de force avec le gouvernement Couillard. Ce dernier va reculer sur certaines de ses demandes grossières et mettre des peanuts sur la table pour calmer le monde. Nos ‘’ dirigeants ‘’ vont faire valoir que c’est la meilleure entente possible dans les circonstances et vont nous inviter à la signer pour éviter une loi spéciale. Les travailleurs(euses) vont sortir de cette période de conflit amers et déçus, et vont continuer à voir leurs conditions de travail se dégrader et à s’appauvrir. Plusieurs vont prendre une retraite prématurée, faisant perdre à l’état une expertise irremplaçable et les jeunes vont déserter la fonction publique. D’autres vont se demander pourquoi payer des cotisations syndicales et se demander ‘’ Les unions qu’osse ça donne ‘’ comme le disait Yvon Deschamps. La seule façon d’éviter ce scénario est de botter dès maintenant le derrière de nos ‘’ dirigeants ‘’ syndicaux et de leur imposer notre loi. S’ils ne sont pas capables de faire le travail qu’ils laissent leur place à d’autres. Peut-être vont-ils trop souvent manger dans les mêmes restaurants de la Grande-Allée à Québec que les ministres libéraux ?

Yves Chartrand, Surveillant de dîner à l’école Maisonneuve, délégué APPA/CSN

Yves Chartrand

Intervenant social
Montréal

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