Édition du 24 mai 2022

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Québec

Pied de nez aux ministères de l’Éducation et de la Santé sur les purificateurs d’air

Les experts québécois du réseau COVID effectuent un virage à 180 degrés et vantent maintenant les purificateurs d’air.

Le Réseau québécois COVID-Pandémie, formé d’une brochette d’experts et d’expertes bien connu.es, change son fusil d’épaule dans le dossier des purificateurs d’air, et reconnaît que ces dispositifs sont efficaces pour réduire les risques de transmission du virus, notamment en classe. Une utilité que les ministères de l’Éducation et de la Santé s’obstinent à nier.

27 janvier 2022 | tiré du site pivot.quebec
https://pivot.quebec/2022/01/27/pied-de-nez-aux-ministeres-de-leducation-et-de-la-sante/

Il s’agit d’un virage à 180 degrés de la part de ce réseau (le RQCP), composé entre autres de la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue, de Nathalie Grandvaux, experte en virologie, et de Caroline Duchaine, spécialiste des bioaérosols, qui toutes trois interviennent régulièrement dans les médias.

Dans sa note d’information du 23 février 2021, le même RQCP soutenait ceci : « Jusqu’à présent, aucune étude scientifique n’a démontré l’efficacité des purificateurs d’air à réduire la transmission de la COVID-19. […] Ces dispositifs doivent être utilisés uniquement en complément à une ventilation naturelle ou mécanique ».

« L’implantation de purificateurs d’air mobiles dans des environnements comme des salles de classe comme mesure temporaire pour atténuer les risques de transmission de la COVID-19 engendre des coûts importants, car plusieurs dispositifs sont nécessaires pour traiter le volume d’air total sans générer de grands flux d’air nuisibles », poursuivait le RQCP l’hiver dernier.

« La mise en œuvre de cette mesure de prévention amène également des difficultés de sélection des appareils et des difficultés d’installation. De plus, les besoins d’entretien des dispositifs de filtrations peuvent s’avérer contraignants. »

Presque toutes ces réserves disparaissent dans la dernière note d’information, mise à jour le 18 janvier 2022.

Le RQCP continue d’insister sur la nécessité d’une bonne ventilation des milieux intérieurs, mais il ne conclut pas qu’en son absence il faudrait se priver des purificateurs. Bien au contraire.

« L’ensemble des études disponibles présentent de fortes évidences que les purificateurs d’air mobiles aident à réduire les concentrations d’aérosols dans les espaces fermés où la ventilation est déficiente », notent maintenant les experts et expertes du RQCP. Ils reconnaissent que leur utilisation peut « présenter un intérêt dans le contexte de la pandémie de COVID-19. »

Nulle part est-il suggéré que ces appareils sont trop coûteux, trop difficiles à installer ou d’un entretien trop compliqué. Mais surtout, il n’est nulle part affirmé que les purificateurs d’air peuvent être « dangereux » et accroître les risques de transmission du SRAS-CoV-2, comme l’affirmait l’année dernière le Dr Richard Massé, conseiller médical stratégique, aux côtés du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge.

« Même si beaucoup de gens en ont parlé, ce n’est pas une recommandation du groupe d’experts, affirmait alors le Dr Massé. […] Mettre un appareil dans une classe, ça ne marche pas. C’est un faux sentiment de sécurité. Il faudrait qu’il y en ait proche de tout le monde. »

« De plus, lorsque la ventilation est adéquate, ces dispositifs sont inutiles et même potentiellement risqués, pouvant nuire au bon fonctionnement des systèmes de ventilation en place, affirmait le rapport du groupe d’experts du Dr Massé. Enfin, ils peuvent générer des courants d’air importants qui peuvent être problématiques, notamment en favorisant la dispersion d’aérosols de plus grande taille à distance et l’altération des flux d’air si un système de ventilation mécanique est déjà en place. »

Le Dr Stéphane Perron, co-auteur prolifique de publications à l’Institut national de santé, affirmait lui aussi que rien ne prouvait que les purificateurs d’air peuvent éliminer les aérosols infectieux. Il comparait les purificateurs à des climatiseurs, dont il faudrait « gérer les flux d’air » (conférence vidéo de l’INSPQ, à la minute 52).

La dernière note du RQCP cite au contraire plusieurs études prouvant depuis longtemps que les purificateurs d’air sont utiles contre les virus qui se transmettent de façon aérienne (encore faut-il reconnaître que la COVID-19 se transmet de façon aérienne comme la tuberculose ou la rougeole, ce que les autorités sanitaires du Québec ont pris bien du temps à admettre.)

« Dans les espaces intérieurs où la ventilation est insuffisante, l’installation d’appareils portatifs de filtration de l’air peut être une mesure pour réduire les aérosols en suspension dans l’air et atténuer les risques de transmission du SRAS-CoV-2 », signale maintenant le RQCP.

Quant à la gestion des flux d’air, elle n’a rien de si complexe qu’il faudrait se passer de ces appareils. Les purificateurs captent les aérosols à la base, les accumulent sur des filtres (qu’il faut changer régulièrement, comme un filtre de voiture), puis expulsent l’air ainsi nettoyé vers le haut. Les climatiseurs, bien entendu, ne filtrent rien ; ils captent l’air chaud et expulsent de l’air plus frais, mais éventuellement aussi vicié. Les purificateurs, eux, éjectent de l’air presque entièrement dépourvu d’aérosols infectieux.

Un test probant en classe

Le test a été fait dans une classe fermée et occupée par 27 élèves et un professeur en période scolaire, souligne le RQCP. L’installation de quatre dispositifs équipés de filtres HEPA (« High-efficiency particulate air ») et disponibles dans le commerce a permis de baisser rapidement de plus de 90% la concentration des aérosols en suspension dans l’air ambiant de la classe.

Les auteurs de cette étude ont estimé que les purificateurs d’air diminuent de façon marquante les risques d’infection par aérosols dans une classe en présence d’une personne infectée asymptomatique ou présymptomatique, et fortement contagieuse.

« Leurs résultats suggèrent que l’utilisation de dispositifs portables de filtration de l’air pourrait diminuer de façon significative les risques de transmission du SRAS-CoV-2 par aérosols lorsque ceux-ci sont assez nombreux et adéquatement positionnés, soulignent les experts du RQCP. Cette conclusion est soutenue par plusieurs études subséquentes qui suggèrent que les dispositifs portatifs de filtration de l’air aident à réduire la concentration d’aérosols viraux dans l’air ambiant. »

On pourrait objecter que ces études n’avaient pas été publiées quand les Drs Richard Massé et Stéphane Perron avaient affirmé que les purificateurs étaient inutiles contre la transmission aérienne du SRAS-CoV-2. Mais cela fait plus d’un an que de nombreux spécialistes des aérosols proclamaient leur utilité, notamment à l’Agence de santé publique du Canada. Shelly Miller, professeur de génie mécanique à l’Université de Colorado Boulder et reconnue comme une des plus grandes sommités mondiales sur la transmission par aérosols, s’était moquée des déclarations du Dr Massé sur la prétendue dangerosité des purificateurs : « C’est presque comme si cette déclaration provenait d’un Twitterbot anti-science conçu pour augmenter la transmission de la CoV-2 », avait-elle écrit sur Twitter.
Les ministères de l’Éducation et de la Santé n’ont toujours pas révisé leur position.

Ils s’opposent toujours à l’installation de purificateurs d’air dans les classes. Or, contrairement à l’amélioration des systèmes de ventilation et l’installation d’échangeurs d’air – deux mesures fort souhaitables – la mise en place de purificateurs d’air peut se faire très rapidement et à un coût bien moins élevé.

Des filtres efficaces

Une recherche rapide sur la Toile permet de constater qu’il existe plusieurs modèles de purificateurs efficaces et peu dispendieux. C’est le cas, par exemple, du cube Corsi-Rosenthal, au coût d’environ 130$, que les responsables de l’entretien des écoles pourraient assembler sans grande difficulté, un peu comme des bibliothèques IKEA. Ces purificateurs utilisent des filtres Merv-13 pouvant capter 90% des aérosols aussi petits que trois microns (et 80% des aérosols d’un micron).

Comme dans le test décrit plus haut, il peut être judicieux d’en disposer plus d’un en classe, autant pour des objectifs d’efficacité que de bruit. Plus il y a de dispositifs, moins il est nécessaire d’augmenter la soufflerie de chacun d’eux, si bien que le volume du son reste très acceptable. Quatre boites Corsi-Rosenthal reviennent à un coût approximatif de 500$. Le coût total de l’achat pour les 40 000 classes du Québec serait donc de 20 millions de dollars. Le gouvernement québécois dispose certainement de cette somme, lui à qui le gouvernement fédéral a offert 432 millionspour assurer un retour en classe sécuritaire.

Il est pour le moins étonnant que les autorités sanitaires s’obstinent à considérer les purificateurs d’air comme étant inefficaces ou même dangereux dans les écoles, alors qu’ils ont fait leurs preuves dans les cabinets de dentiste, et ce depuis le début de la pandémie. S’il y a bien un endroit où le risque de contagion est très élevé, c’est lorsque des professionnels de la santé multiplient les interventions à longueur de journée dans la bouche grande ouverte de leurs patients… Le ministère de la Santé et des Services sociaux recommande lui-même aux dentistesd’équiper leurs cabinets de systèmes de filtration portatifs avec filtres HEPA. La plupart le font et les éclosions de COVID-19 restent limitées.

Messages confus

Bien entendu, les purificateurs d’air ne sont qu’une mesure complémentaire pour limiter la propagation de la COVID-19 dans les classes. Une mesure qui doit s’ajouter à d’autres, comme le masque N95. Mais encore là, les autorités sanitaires du Québec s’enfoncent dans les messages confus. Le même Dr Stéphane Perron qui sous-estimait l’utilité des purificateurs d’air l’année dernière tient maintenant le même discours autour des masques N95, lesquels, selon lui, ne seraient pas en pratique plus utiles que les masques médicaux ordinaires, parce qu’ils seraient souvent mal portés.

Le Dr Horacio Arruda disait la même chose, et son successeur à la Direction nationale de la santé publique, le Dr Luc Boileau, a repris le même propos. Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, a réagi avec vigueur : « Il y a des discussions sur le fait d’être bien porté, mal porté, confortable, mais au-delà de ça, il est certain qu’il [le masque N95] est plus efficace et qu’on devrait le distribuer beaucoup plus largement au Québec et partout dans le monde », a-t-il dit au Soleil.

Il faudra voir maintenant si la nouvelle position du RQCP sur les purificateurs d’air sera entendue. À noter : une absence parmi les signataires de cette mise à jour, celle du chercheur Ali Bahloul. Il a signé la note de février 2021 niant l’efficacité des purificateurs d’air, mais n’a pas signé la mise à jour de janvier 2022 renversant cette position. Aujourd’hui, il est le conseiller spécial du gouvernement sur les mesures sanitaires dans les écoles. (Outre Mmes Duchaine, Grandvaux et Tremblay, les signataires de la mise à jour sont Maximilien Debia, Alain Lamarre, David Lussier et Estelle Schmitt.)

Le temps presse. Une semaine après la rentrée scolaire, plus de 40 000 élèvesquébécois sont probablement déjà infectés par la COVID-19. En attendant la mise à niveau des systèmes de ventilation, qui pourrait prendre des mois, les études montrent que les purificateurs permettraient d’atténuer les risques de contagion en classe, confirme un collectif d’experts dans une lettre ouverte. Il est recommandé de les disposer aux bons emplacements avec les conseils de professionnels, mais même s’ils sont placés à la bonne franquette, mieux vaut en avoirque pas du tout. C’est la voie que prend le gouvernement en Ontario, avec l’installation de 70 000 purificateurs dans les écoles.

(Avec la collaboration de Nancy Delagrave)

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