Édition du 15 octobre 2019

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International

Plan Colombie : la véritable force de déstabilisation de l’Amérique du Sud

En passant en revue la façon dont la presse US couvre les récentes tensions entre la Colombie, l’Equateur et le Venezuela, on pourrait conclure que la Colombie est devenue victime de la colère de son proche et malveillant voisin, Hugo Chavez. Une fois encore, la machine à propagande médiatique s’est retournée contre le Venezuela, délaissant une analyse critique de la situation pour un scénario simpliste.

Des gros titres tels que, « Chavez trouve une nouvelle cause » (Business Week March 4, 2008) perpétuent la fable revendiquée par le gouvernement US selon laquelle le Venezuela est la force déstabilisante de cette région tout en ignorant l’inquiétante action menée par le gouvernement Colombien.

Bien que Chavez ait certainement facilité la polarisation de l’opinion internationale sur sa réaction, le manque de couverture des réponses d’autres présidents d’Amérique du Sud est déconcertant. L’exemple le plus flagrant de cet aveuglement concerne l’Equateur, le pays dont le territoire a été violé lors de l’attaque de la Colombie. Les protestations émises par le Président Equatorien Rafael Correa ont été si succinctement rapportées par rapport aux réactions de Chavez, que cela nous laisse l’impression que l’Equateur n’est que peu concerné par l’action de la Colombie.

Aucune mention n’est faite que ce n’est pas la première fois que l’Equateur supporte les conséquences néfastes de la guerre que mène la Colombie aux “narco-terrorisme“ au travers du Plan Colombie. Pendant des années, le nord de l’Equateur à été soumis à une contamination massive des cultures légales, du bétail et de communautés entières, résultant de la pulvérisation aérienne d’herbicide sur les cultures de coca en Colombie [1]

Une déclaration faite par le porte-parole de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe, soutient que la réaction du Venezuela est simplement démesurée face à une opération légitime. “C’est une étrange réaction du Venezuela aux efforts de la Colombie contre les FARC, une organisation terroriste qui retient toujours des Colombiens, des Américains et d’autres otages."

Un tour rapide des réponses des autres pays montrerait en fait que les affirmations du gouvernement US sont profondément biaisées et sans aucun lien avec les opinions internationales. La Présidente du Chili, Michelle Bachelet, a proclamé "Une situation de cette nature nécessite sans aucun doute une explication de la Colombie aux peuples de l’Equateur et du reste de la région". Les gouvernements du Paraguay, du Pérou, et d’Argentine ont tous émis des avis similaires désapprouvant l’intervention de la Colombie. Dans le même temps, le Ministre français des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, a exprimé sa déception face au meurtre du contact principal de son gouvernement dans les négociations pour libérer l’ancienne candidate aux élections présidentielles de Colombie, Ingrid Betancourt, qui a aussi la nationalité française. Se référant au meurtre du commandant en second des FARCS, Raul Reyes, il a déclaré, "C’est une mauvaise nouvelle que l’homme avec qui nous parlions, avec qui nous avions des contacts, ait été tué."

Alors qu’une certaine presse au Etats-Unis se demande si Chavez utilise cette situation comme une opportunité pour détourner les Vénézuéliens de leurs problèmes sociaux, cette attention excessive qui lui est portée détourne en fait les gens au Etats-Unis d’une réflexion nécessaire sur le rôle de leur propre gouvernement dans la provocation de cette "Crise Andine". Il en résulte que les vraies réalités et les répercussions du soutien du gouvernement US à une solution militaire en Colombie ne sont pas prises en compte.

Enhardi et armé par les milliards de dollars alloués au Plan Colombie, le gouvernement Uribe a décidé d’outrepasser les lois internationales plutôt que d’essayer d’engager une médiation pour discuter avec les FARC. C’est simplement la dernière polémique pour discréditer la Colombie déjà renommée pour détenir le record annuel du nombre de violations des Droits de l’Homme et de meurtres politiques dans l’Hémisphère Ouest [2].

C’est un moment important, non simplement pour parler de Chavez, mais pour appréhender les conséquences du soutien total des Etats-Unis au militarisme du gouvernement Colombien, et les effets déstabilisants que cela crée.


http://www.venezuelanalysis.com/

Traduction Laurent pour le Grand Soir

illustration : Latuff, sur www.narconews.com/Issue30/articulo793.html

Carlos Martinez est le coordinateur à Caracas du Global Exchange Venezuela Program.


Voir en ligne : http://www.legrandsoir.info/spip.ph...


[2NDT : La Colombie détient aussi le record de l’hémisphère Ouest du nombre d’exilés forcés à l’intérieur de leur propre pays ; autour de 4 millions soit 10% de la population. Officiellement, 25.000 d’entre eux, certainement 240.000, ont trouvé refuge…, en Equateur !

Mots-clés : Colombie International
Carlos Martinez

Coordinateur à Caracas du Global Exchange Venezuela Program.

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