Édition du 15 octobre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Point de mire du 1er octobre 2019

Une journée mondiale de grève pour le climat qui peut faire la différence

Dans ces points de mire, Presse-toi à gauche présente synthétiquement des éléments d’analyses d’articles publiés dans l’édition de la semaine et explicite ses partis-pris sur les points d’actualité et les débats en cours. Points de mire, pour bien marquer où nous voulons en venir !

Point de mire du 1er octobre 2019
 
Dans l’édition de cette semaine, les mobilisations massives que le Québec et le Canada a connu dans le cadre de la journée de grève mondiale pour le climat est au centre de notre couverture de l’actualité.
 
Ainsi, Pierre Beaudet fait une tournée de la mobilisation au Canada anglais, Yvan Perrier précise certains faits concernant la manifestation de Montréal alors que Presse-toi à gauche vous offre un reportage photo de la manifestation de Québec. Marc Bonhomme nous livre une analyse lucide des enjeux suite à cette mobilisation de masse expliquant qu’une telle mobilisation sans débouché politique qui remet en question le système qui génère la catastrophe climatique risque de se heurter à un cul-de-sac. Par ailleurs, nous vous offrons le discours que Greta Thunberg a livré à Montréal.

Les mouvements sociaux qui se sont mobilisés à cette occasion furent nombreux. Nous reproduisons les déclarations de certains d’entre eux, notamment les Femmes autochtones du Québec et le Regroupement des groupes de femmes de la Capîtale-nationale. La contribution de Jonathan Durand-Folco, tirée de la revue Relations, déplore « l’apathie collective et l’indifférence des élites » et salue les mobilisations de la jeunesse tout en soulignant que « le Québec représente sans doute la pointe la plus avancée de ces marches pour le climat. »

Par ailleurs, la commission Viens a déposé son rapport accablant pour l’État québécois et comme le souligne Manon Massé, les excuses ne suffisent plus pour balayer sous le tapis le sort des nations autochtones du Québec. Stephane Lessard croit que les manoeuvres du gouvernement caquiste dans le dossier de la réforme du mode de scrutin constituent un enterrement de première du projet. Enfin, Bernard Rioux s’attaque au mythe de la taxe carbone comme outil pertinent de la lutte aux émissions de GES.

Sur la scène internationale

L’angle que nous avons retenu pour analyser la situation internationale est celle des yeux des femmes.

Nous visiterons d’abord l’Afrique du Sud. Puis les derniers rapports du GIEC pour une dimension écologique. Nous terminerons avec le 28 septembre, journée internationale dur l’avortement et la montée des gouvernements populistes de droite. Tous ces articles mettent des femmes à l’avant scène ou sont écrits par des femmes d’où notre expressions des yeux des femmes.

Concernant l’Afrique du Sud

D’abord nous avons voulu faire connaître une jeune femme militante.

Ayakha Melithafa, une lycéenne sud-africaine, avec Greta Thunberg

Qui est-elle ? Elle vit en Afrique du Sud et « Elle a 17 ans, elle est noire, elle va à l’école dans la township de Khayelitsha, et avec 14 autres jeunes, elle a signé la plainte contre l’Argentine, le Brésil, la France, l’Allemagne et la Turquie qui ne respectent pas la convention des Nations unies pour les Droits des enfants. Son pays, l’Afrique du Sud, 14ème pollueur mondial est encore hésitant sur ses choix énergétiques. » Malgré les graves problèmes de sécheresse, de pauvreté. Ayakha reconnaît que dans son township l’écologie n’est pas une préoccupation importante. Elle essaie de mieux faire connaître ces revendications et de mobiliser les gens.. L’eau est un point central dans sa vie de tous les jours.

Pourtant l’Afrique du Sud est un pays pollueur imprtant « L’industrie minière saccage l’environnement à la hauteur de ses profits. L’extraction de l’or autour de Johannesburg a pollué les eaux pour des décennies, les mines de platine saccagent l’environnement, l’air de la province de Mpumalanga, où les mines de charbon sont la principale activité, est irrespirable. Deux mastodontes industriels, Eskom, la compagnie d’électricité et Sasol, le géant pétrochimique, consomment à eux deux les deux tiers des 258 millions de tonnes extraites chaque année en Afrique du Sud. Les centrales à charbon, dont la géante Medupi, construite avec l’accord de la Banque mondiale,et qui n’a pas encore atteint son plein régime, fournissent plus de 80% de l’énergie du pays. L’Afrique du Sud est le pays africain le plus émetteur de CO2. » Belle illustration pour comprendre que notre jeune militante affronte une dure réalité d’industries polluantes. Et que les mobilisations vont s’avérer essentielles.

Encore sur l’Afrique du Sud et encore avec les yeux des femmes, voici un article qui replace l’Afrique du Sud dans son contexte d’exploitation capitaliste mais aussi dans ses dimensions patriarcales.

Afrique du Sud : la xénophobie qui cache la forêt

L’auteure souligne le contexte néolibéral, les inégalités et la xénophobie, mais insiste aussi sur les violences faites aux femmes « une femme est violée toutes les minutes et une femme est tuée toutes les six heures (majoritairement des Noires). L’Afrique du Sud est à la fois le pays le plus riche du continent, la « Nation arc-en-ciel » et celui au 5e plus haut taux de féminicide au monde. » Elle parle d’institutionnalisation de la violence, de sa banalisation aussi « Ce régime ségrégationniste a légué au pays une institutionnalisation de la violence : emprisonnements, tortures, assassinats, viols, commis en toute impunité du côté des Afrikaners (dominants) et « réponse violente » de la part de l’ANC (résistants/dominés), qui par là-même a installé sa banalisation. La violence représente alors une forme de socialisation, le seul point de repère social, le seul mode de communication interpersonnelle et le seul moyen de résoudre des conflits. » Elle conclut sur l’utilisation des violences et du machisme par les représentants politiques « Ses représentants opèrent sur le terrain du sexe en incitant les hommes noirs à affirmer leur virilité à tout prix afin de rompre avec leur supposé statut de victimes, « émasculées » par un système injuste, rendues incapables de remplir leur rôle social de pourvoyeurs du ménage. »

Concernant la dimension écologique

Entretien : Valérie Masson-Delmotte : « Nous, les scientifiques, avons été trop prudents »

Ce court interview avec Valérie Masson-Delmotte, une des expertes du GIEC est très intéressant parce qu’il énonce diverses réflexions suite à la publication des différents rapports du GIEC.

Voici les idées que nous avons retenues : - « je ne m’attendais pas à créer une telle surprise, à ce que les sénateurs expriment leur impuissance à agir » -« Je teste souvent mes interlocuteurs sur leurs repères face au changement climatique : quelle est la différence entre météo et climat ? Quel est l’ordre de grandeur du réchauffement ? La plupart n’ont aucune idée des réponses. Voire parfois ne croient pas que l’Homme soit 100 % responsable du réchauffement. » - « C’est frustrant bien sûr. Si les connaissances que nous produisons restent enfermées dans notre petit monde scientifique, elles n’ont aucune valeur. Notre défi est de les partager dans le système éducatif et auprès des décideurs » -
« Ce qui entraîne un changement de comportement, c’est lorsqu’un groupe agit ensemble. On montre aussi qu’être informés, c’est essentiel. Car même quelqu’un de bonne volonté ne sait pas nécessairement comment agir. » « Je crois pourtant qu’il faut parler des futurs possibles pour permettre aux gens de se projeter. »

Concernant la montée de la droite

28 septembre, journée internationale pour le droit à l’avortement

Le 28 septembre est la Journée internationale pour l’avortement partout dans le monde. Cette année, cette journée revêt un caractère d’urgence face à la montée de la droite et aux attaques faites à ce droit des femmes. Actuellement « Selon l’OMS (source INED), il s’est pratiqué 56 millions d’interruptions volontaires de grossesses dans le monde en 2014 dont 25 millions étaient des « avortements à risque », soit des avortements légaux effectués dans de mauvaises conditions, soit des avortements clandestins. Le droit à l’avortement est limité dans plus de deux tiers des pays. Chaque année, 4,7 % à 13,2 % des décès maternels sont dû à des avortements clandestins. » L’avortement demeure difficilement accessible dans plusieurs pays européens et remis en cause dans certains pays américains. De plus « Si on ajoute à cela la situation de pénurie dans les hôpitaux et les projets gouvernementaux de suppression de postes, on voit bien par où le droit à l’IVG est aujourd’hui rogné et risque de l’être encore plus demain sans un rapport de forces tenace et conséquent. »

Il nous faut donc être des plus clairvoyantes sur ces attaques à nos droits pour une sexualité libre et des maternités choisies. L’article suivant fait le lien entre la montée des partis de droites et les attaques aux droits des femmes.

Francine Sporenda : La guerre des populismes contre les femmes : état des lieux

L’auteure commence par définir le populisme « la représentation parlementaire démocratique serait une fiction, et ce système politique serait par définition inefficace, asservi aux puissances d’argent et corrompu : le fameux « tous pourris ». Pire, il serait devenu obsolète, et les dirigeants populistes le déclarent sans ambages. » Elle continue sa réflexion en posant comment le lien de ses leaders populistes avec le peuple est développé. Ce leader doit représenter le peuple car il vient du peuple et sait comment il pense. Il veut que le peuple soit respecté. Il sait ce que le peuple a besoin car il est en connection avec lui, une fusion mythique avec lui. Le peuple ne peut se tromper et il est vertueux donc le leader l’est aussi.Et surtout le peuple est homogène : pas de classe, pas de genre, pas de race, pas de différence. Et l’auteure de poursuivre cette réflexion « les régimes populistes partagent ces points communs : ils sont anti-démocratiques (au sens de démocratie libérale – donc anti-parlementaires – anti-Droits humains, anti-immigration, xénophobes, plus ou moins explicitement racistes, anti-écologie la plupart des leaders populistes ne croient pas au réchauffement global) et centrés sur le culte d’un chef charismatique paradant une virilité surjouée. Et intrinsèquement sexistes, misogynes et anti-féministes – de par le projet même qu’ils travaillent à mettre en oeuvre, dont un des objectifs essentiels est de démanteler morceau par morceau les avancées féministes des cinquante dernières années. En effet, une des toutes premières choses que font les leaders populistes dès leur arrivée au pouvoir, c’est de s’attaquer aux droits des femmes, leur obsession, leur bête noire étant évidemment le droit à l’avortement »

Suite à cette affirmation l’auteure va aborder les droits des femmes et va illustrer ses propos à partir de quatre exemples : États-Unis, Hongrie, Italie et Brésil.

Pour les États-Unis, elle se concentre surtout sur les attaques contre le droit à l’avortement « en tout, 27 lois interdisant l’avortement ont été passées (et éventuellement bloquées par des juges) dans 12 états, et 479 lois le restreignant fortement ont été passées dans 33 états depuis le début de 2019 (7). En fait, ces lois limitant très strictement l’accès à l’avortement le rendent concrètement impossible – puisque la durée très courte pendant laquelle il est autorisé à certaines conditions – 6 semaines, c’est-à-dire avant que le cœur du fœtus ne commence à battre, d’où le nom d’« heartbeat laws » – ne permet même pas aux femmes de se rendre compte qu’elles sont enceintes. De plus, le nombre de cliniques effectuant des avortements a diminué au point qu’il n’en reste que quelques-unes, voire une seule dans certains états. Dans une douzaine d’autres états, des projets de loi du même type sont en préparation. »

Pour la Hongrie, elle met en lumière les politiques natalistes. Elles sont si énormes que nous avons préféré la citation entière à un résumé « Mais il y a également un volet important de mesures incitatives en direction des femmes et des familles : les mères de 4 enfants sont exonérées à vie d’impôt sur le revenu, des prêts sont accordés aux femmes qui se marient pour la première fois si elles ont moins de 40 ans, des prêts immobiliers d’un montant maximum de 130 000 euros sont accordés par l’État aux familles nombreuses, 1/3 de la dette est effacé à la première naissance, et la totalité à la naissance du troisième enfant. Les familles nombreuses peuvent recevoir une aide financière de 7 800 euros pour l’achat d’une voiture à 7 places . Les femmes bénéficient de congés maternité pendant lesquels elles reçoivent plus de 70% de leur salaire brut – soit plus que leur salaire net en activité – pendant 3 ans, elles doivent absolument prendre la totalité de ce congé maternité sauf à être stigmatisées comme mauvaises mères et les « mères carriéristes indignes » sont fustigées dans plusieurs campagnes de publicité gouvernementales. »

Pour l’Italie aussi les politiques pro famille sont à l’honneur. Dès leur élection, ils ont attaqué les droits des femmes en « garde alternée 50/50, suppression de la prestation compensatoire, médiation familiale en cas de séparation, divorce plus difficile, accès à l’avortement plus difficile (les médecins et pharmaciens peuvent refuser ».

Et cerise sur le sundae, Bolsanoro au Brésil. tout y passe avortement « non seulement Bolsonaro s’est engagé à ce qu’aucun assouplissement ne soit apporté à cette législation, mais il a même été question de supprimer l’option de l’avortement en cas de viol (48). Un statut protégeant les droits de « l’enfant non-né » a été voté par le Parlement (qui ne compte que 14% de femmes) » éducation au genre « toutes les références à l’éducation sexuelle, au féminisme, aux violences masculines et à l’homosexualité ont été expurgées des manuels scolaires » et sur les violences faites aux femmes « Il est lui-même l’auteur d’un projet de loi révoquant le traitement obligatoire par les hôpitaux et cliniques des victimes de violences sexuelles (51). Dans un pays qui détient le record mondial du nombre de féminicides proportionnellement au nombre d’habitants (4 473 en 2017), il a déclaré que les femmes devaient « arrêter de pleurnicher » sur ces féminicides et que l’usage de ce mot devait même être proscrit » 

Et l’auteure de conclure en revenant sur la définition du populisme « Le mot de populisme recouvre en fait une supercherie idéologique visant à détourner l’attention des classes moyennes et populaires des violences économiques que leur inflige le capitalisme mondialisé et à diriger leurs frustrations vers des boucs émissaires : immigrants, gays et femmes. »

Bonne lecture

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