Édition du 22 septembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Point de mire du 26 mai 2020

Savoir « déconfiner nos rêves, pour dessiner un avenir meilleur »

Dans ces points de mire, Presse-toi à gauche présente synthétiquement des éléments d’analyses d’articles publiés dans l’édition de la semaine et explicite ses partis-pris sur les points d’actualité et les débats en cours. Points de mire, pour bien marquer où nous voulons en venir !

Dans l’édition de cette semaine de Presse-toi à gauche, Ghislaine Raymond nous offre un compte-rendu de la rencontre organisée par Lutte commune et le Regroupement des militant.e.s syndicaux de Québec solidaire, Yvan Perrier poursuit sa couverture des négociations des secteurs public et parapublic et Elisabeth Germain craint que nous reprenions une frénétique consommation comme avant la pandémie et invite à se mobiliser dès maintenant afin d’éviter la grande régression que nous préparent les élites politiques et économiques.
 
Ghislaine Raymond nous décrit « la rencontre virtuelle organisée le 23 mai par le comité intersyndical de QS Montréal et de Lutte commune [qui] a réuni en un bel après-midi ensoleillé plus de 60 personnes. Les intervenantes, des femmes impliquées directement dans la lutte à la covid, ont retracé tout comme le font les forces armées canadiennes les lacunes liées aux équipements vétustes des CHSLD, au manque d’équipements de protection et de personnel pour dispenser les soins. Toutefois, au-delà de cette description de l’état des lieux, l’auto-organisation des travailleuses et travailleurs et les luttes menées au quotidien, laissent entrevoir une relecture et une offensive pour la reprise en main par les salarié.e.s de ce service public incontournable.
 
Elisabeth Germain croit que la pandémie nous a fait découvrir le triste sort que nous réservions aux plus vulnérables ainsi qu’à l’environnement avant la crise du Covid-19. Elle craint cependant que nous retombions dans nos vieilles habitudes, aussitôt la crise passée. Elle souligne les travers qu’engendre la gestion néolibérale de la crise : la distanciation qui se traduit par l’atomisation des personnes ; des anges gardiens aux ailes brûlées livrés au bûcher ; des personnes âgées laissées à elles mêmes. Elle appelle à la lutte immédiate et de « déconfiner nos rêves » pour dessiner un avenir meilleur.
 
Yvan Perrier voit dans les derniers développements dans ce qui transpire des négociations entre le gouvernement et les syndicats représentant ses salarié.e.s l’aboutissement des tractations et le « ficelage d’un projet d’entente finale. » Les offres salariales gouvernementales sont semblables à celles présentées en décembre 2019. On vise la mise en place de tables sectorielles pour régler les problèmes spécifiques. Perrier y voit la conclusion de l’étape qui mène à une proposition en bonne et due forme, proposition qui doit être présentée aux membres des regroupements syndicaux.
 
Pau ailleurs, pour souligner l’anniversaire du référendum de 1980, nous republions un texte de l’Union des Forces Progressistes (UFP) qui proposait un bilan des deux référendums, un article souligne le nombre record de Québécois.e.s font appel aux banques alimentaires pour joindre les deux bouts durant la pandémie, nous vous offrons un retour sur le webinaire de QS sur le thème de la Transition juste, Marc Bonhomme souligne que la mise en place de la Prestation canadienne d’urgence ramène sur la scène le débat sur le revenu universel, Bruce Kecskes croit que le véritable taux de chômage au Canada atteint les 30% et croit que de nombreux emplois typiques de la période pré-pandémie risquent de disparaître et Guy Boudreau fait part de l’inquiétude de citoyen.ne.s de Lanaudière alors que le lobby des énergies fossiles tente de profiter de la crise pour relancer leur campagne d’exploration pétrolière et gazière.

Sur la scène internationale

Nous avons concentré notre attention sur la situation des travailleurs et travailleuses en période de pandémie. C’est ainsi que nous rendons compte de la situation internationale en partant des États-Unis, de la Grande Bretagne, de l’Inde et de l’Océanie.

Pour compléter ce tableau nous recourons à l’histoire avec un texte hommage à Flora Tristan.

Les usines de transformation de la viande aux États-Unis, points chauds pour le virus

Les usines de transformation de viande sont partout dans le monde nid d’éclosion du coronavirus. Aux États Unis cette situation est explosive car au moins « la moitié des foyers de VIDOC-19 aux États-Unis sont associés aux usines de transformation de la volaille, des porcs et des bovins, tant dans les abattoirs que dans les emballages » et « au moins la moitié des 25 sites d’infection à coronavirus les plus élevés aux États-Unis – les comtés ayant les taux d’infection par habitant les plus élevés – sont associés à des usines de transformation de la viande où les travailleurs, dont beaucoup sont des migrants, travaillent dans des conditions de surpeuplement. »

Les usines de transformation sont de vrais agents de propagation à cause de la promiscuité des tables de travail. S’en suit des morts « Jusqu’à présent, au moins 30 employés d’entreprises du secteur de la viande sont morts de complications liées au Covid-19. Plus de 10 000 personnes ont été infectées ou exposées au virus selon l’Union internationale des travailleurs de l’alimentation et du commerce (UITC). »

Cette situation est donc très grave. « Selon les propres données du ministère américain de l’agriculture, près de 300 de ces inspecteurs, un groupe qui s’est battu pour obtenir des équipements de protection individuelle adéquats, sont soit en congé pour coronavirus, soit ont décidé d’être mis en quarantaine pour exposition à l’IDOC-19. Le service pour lequel ils travaillent supervise et réglemente 6 500 usines, dont 300 comptent plus de 500 employés. »

L’article poursuit en expliquant cet état de fait par des décennies de production axée sur le profit au dépends des règles élémentaires de la santé sécurité du personnel. Et l’ouverture rapide de l’économie va dans ce sens pour supposément ne pas manquer d’approvisionnement en viande. Trump pousse évidemment pour le déconfinement. Mais les travailleurs et travailleuses de ce secteur, souvent des personnes immigrantes, risquent leur santé sécurité pour permettre à ces multinationales de la viande de faire des profits.

Grande-Bretagne. Le masque du sexisme

Toujours en santé sécurité au travail mais cette fois-ci en Grande Bretagne. C’est toute une polémique autour du matériel de protection. « «  Alors que les EPI doivent être adaptés à la personne qui l’utilise, ce n’est souvent pas le cas ». L’enquête syndicale montre que 57% des femmes interrogées estiment qu’elles sont « gênées, parfois ou de manière significative », dans leur travail par leur équipement. On ne doit pas être surpris par une telle situation, «  puisque la plupart des tailles et des caractéristiques des EPI sont basées sur la population masculine d’Europe et des États-Unis ». Il en résulte que la plupart des femmes – de même d’ailleurs que certains hommes – rencontrent «  des difficultés de confort et d’adaptation », parce que « leur morphologie ne correspond pas au modèle du travailleur homme standard ». Les masques, note le document publié par les TUC, sont fabriqués selon une « norme » qui est celle du « visage blanc états-unien » qui ne correspond pas « à la plupart des femmes, pas plus d’ailleurs qu’aux hommes noirs ou appartenant à d’autres minorités ethniques ». La même remarque peut également être faite pour tous les autres EPI individuels : charlottes, surblouses, lunettes de protection, gants et bottes.

Évidemment les employeurs se défendent de fournir du matériel unisexe.Mais les délégué et déléguée syndicaux se battent pour exiger du matériel adapté pour les femmes.

Évidemment avec la pandémie, la question s’est doublé du manque de matériel décrié par les travailleurs et travailleuses. Pourtant « Quant à Frances O’Grady, la secrétaire générale des Trade Union Congress, elle a déclaré que les «  travailleurs de première ligne ont été contraints à risquer leur vie par manque d’EPI. Les femmes représentant près de huit salarié·es sur dix du NHS, c’est une honte que nous n’ayons pas de vêtements de protection adaptés aux mensurations des femmes. »

L’Inde démantèle son Code du travail pour relancer l’activité

L’Inde st en confinement total et son gouvernement de droite profite de cette situation d’isolement pour changer le code du travail. En se sens il imite nombre d’autres pays qui ont appliqué la même stratégie à commencer par la France.

Les changement apportés par le gouvernement indien sont importants et int0lérables pour l’ensemble des travailleurs et travailleuses :

« Cela signifie que, dans les usines, les ouvriers peuvent maintenant se voir refuser des conditions de travail respectant les règles habituelles d’hygiène, de ventilation, d’accès à l’eau potable, à des cantines et à des salles de repos.”

Les licenciements vont aussi être facilités, car les syndicats “ne sont plus reconnus pour négocier avec les employeurs”. »

Pour compenser les effets du confinement en vigueur depuis le 25 mars, de nombreuses régions ont d’ores et déjà fait passer “de huit à douze heures” la durée légale quotidienne du travail.

Au moins sept États indiens viennent de faire passer la durée légale hebdomadaire du travail “de quarante-huit heures à soixante-douze heures”

Tout cela sous prétexte de profiter de la pandémie pour attirer en Inde les compagnies chinoises. Évidemment les organisations syndicales protestent mais doivent aussi lutter contre le licenciement de millions de travailleurs et travailleuses à cause de la pandémie.

La Nouvelle-Zélande réfléchit à la semaine de quatre jours pour relancer l’économie

Une très courte nouvelle qui mentionne qu’en Nouvelle Zélande la semaine de quatre jours agrémentée plusieurs mesures dont des congés féries est en réflexion au gouvernement.

Flora Tristan (1803 – 1844

Nous ne vous résumerons pas ce très beau texte en hommage à une femme militante ouvrière méconnue. Nous insistons pour que vous le lisiez.

« Cinq ans avant Manifeste du parti communiste (1848) de Marx et d’Engels et un peu plus de cent ans avant Le deuxième sexe (1949) de Simone de Beauvoir, Flora Tristan publie un livre-manifeste politique avant-gardiste dans lequel elle prône l’union des prolétaires et l’égalité entre les prolétaires et les femmes. »

Insistons cependant sur deux éléments.

Le premier est sa vision de la solidarité « mais surtout avant Marx et Engels, on trouve chez elle une première approche de la lutte des classes, intrinsèquement liée à la lutte des femmes pour leur émancipation. Pour l’auteure, la seule issue pour établir l’égalité entre les hommes et les femmes passe par la destruction de la société de classes. »

Le deuxième qui peut encore nous inspirer aujourd’hui est son projet de palais des ouvriers « Le projet qui mobilise Flora Tristan n’a rien à voir avec une construction abstraite idéale qui serait établie dans une lointaine colonie. C’est plutôt dans chaque ville de France qu’aurait été érigé son projet de Palais des ouvriers. Dans cette nouvelle institution sociale on y aurait retrouvé une école (où les enfants auraient appris 2 à 3 métiers), une maison de retraite, une clinique médicale, etc.. Les services qui y auraient été offerts auraient eu pour but de pallier aux principaux maux des membres de la classe prolétarienne. Son coût, selon elle, environ 14 millions de francs qu’elle envisageait recueillir à partir d’une contribution annuelle de 2 francs par ouvriers. »

Une femme exemplaire qu’il faut sortir des oubliettes.

Bonne lecture

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