Édition du 22 septembre 2020

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Europe

Grande-Bretagne. Le masque du sexisme

« Le sexisme sur le front du Covid-19 : les EPI sont faits pour le gabarit d’un joueur de rugby d’1,90 m ». C’est le titre d’un article du Guardian en date du 24 avril. De quoi s’agit-il ? Selon Helen Fidler, porte-parole de la British Medical Association, le personnel soignant féminin court des risques du fait de l’inadaptation des EPI à leur morphologie : « Nous savons, dit-elle, que quand ils sont bien adaptés, ils sont très efficaces, mais les masques sont conçus selon un patron fait pour les hommes, alors que – quelle ironie – 75% du personnel du National Health System sont des femmes. »

Publié le 23 mai 2020
tiré de Entre les lignes et les mots 2020 - n°22 - 23 mai : Notes de lecture, textes, pétitions
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/05/23/grande-bretagne-le-masque-du-sexisme/

Alertés dès 2016 par l’inadaptation en temps « normal » des vêtements de protection aux femmes de toutes les professions (personnel soignant, évidemment, mais aussi le personnel des abattoirs, de la construction, de la recherche, etc.), les Trade Union Congress (TUC) avaient commandé une enquête et publié un « Guide » centré sur la question des EPI pour les femmes travailleuses à destination des « délégué·es chargé·es du respect des conditions de sécurité sur les lieux de travail (1) ».

Après avoir exposé l’ensemble des dispositions réglementaires et légales, le document examine non seulement la question des EPI mais également les difficultés ergonomiques et leurs conséquences en termes de santé et de souffrance de l’imposition de la norme masculine en termes de matériels (bureaux, machines, etc.). Je me contenterai ici de ne citer que des extraits du document qui concernent directement la santé du personnel soignant face au coronavirus.

«  Alors que les EPI doivent être adaptés à la personne qui l’utilise, ce n’est souvent pas le cas ». L’enquête syndicale montre que 57% des femmes interrogées estiment qu’elles sont « gênées, parfois ou de manière significative  », dans leur travail par leur équipement. On ne doit pas être surpris par une telle situation, «  puisque la plupart des tailles et des caractéristiques des EPI sont basées sur la population masculine d’Europe et des États-Unis ». Il en résulte que la plupart des femmes – de même d’ailleurs que certains hommes – rencontrent «  des difficultés de confort et d’adaptation  », parce que « leur morphologie ne correspond pas au modèle du travailleur homme standard ». Les masques, note le document publié par les TUC, sont fabriqués selon une « norme » qui est celle du « visage blanc états-unien  » qui ne correspond pas « à la plupart des femmes, pas plus d’ailleurs qu’aux hommes noirs ou appartenant à d’autres minorités ethniques  ». La même remarque peut également être faite pour tous les autres EPI individuels : charlottes, surblouses, lunettes de protection, gants et bottes.

Pour reprendre les termes du document des TUC, il est vrai que les employeurs pensent souvent qu’il leur suffit de fournir aux femmes les mêmes équipements que ceux destinés aux hommes : «  Cette approche unisexe des EPI peut conduire à des problèmes importants  ». L’enquête révèle que seules 29% des femmes interrogées déclarent que « les équipements qu’elles utilisent sont appropriés aux femmes ».

Dans ses conclusions tournées vers l’action, la brochure des TUC rappelle que les délégués syndicaux chargés de la santé et de la sécurité doivent systématiquement soulever la question des EPI « adaptés au sexe » et demander aux employeurs qu’un « rapport soit établi sur la disponibilité d’EPI adaptés aux femmes ». Les entreprises doivent également «  organiser la concertation sur l’adaptation des EPI  » aux femmes travailleuses et «  éviter d’avoir recours à des fournisseurs qui ne disposent pas d’un éventail de tailles d’EPI pour les hommes et les femmes et adaptées aux deux sexes  ».

Enfin, les délégués doivent vérifier que les femmes «  disposent des équipements adéquats », appuyer leurs revendications allant dans ce sens et « ne pas accepter que les employeurs répondent qu’il n’y a pas d’équipements adaptés aux femmes ».

Pour terminer sur l’actualité de la pandémie, interrogée par le Guardian sur le manque de masques pour les femmes, la ministre tory chargée de l’égalité et des femmes, Liz Truss, a répondu la chose suivante : «  Les gens ont tous besoin du même niveau de protection  ». No comment !

Quant à Frances O’Grady, la secrétaire générale des Trade Union Congress, elle a déclaré que les «  travailleurs de première ligne ont été contraints à risquer leur vie par manque d’EPI. Les femmes représentant près de huit salarié·es sur dix du NHS, c’est une honte que nous n’ayons pas de vêtements de protection adaptés aux mensurations des femmes. »

(1). Trade Union Congress, Personnel Protective Equipment and Women : Guidance for Workplace Representatives on Ensuring it is Safe Fit, avril 2017, tuc.org.uk

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