Édition du 19 octobre 2021

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Politique d’austérité

Réduction de la taille de l'État - Le SPGQ dénonce la "wallmartisation" du Québec

QUÉBEC, le 25 nov. 2014 - Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) accueille avec beaucoup de scepticisme l’annonce du président du Conseil du trésor qui vise à imposer une réduction des effectifs de la fonction publique de 2 % en 2015-2016. « Le 12 mai dernier, le premier ministre avait pourtant souhaité maintenir l’expertise dans les services publics et faire en sorte que les jeunes aient envie de venir y travailler », dénonce Richard Perron, président du SPGQ.

Le SPGQ exprime un doute sérieux à l’endroit de la déclaration de M. Coiteux qui promet de mettre fin à la dépendance contractuelle donnée à l’externe et de diminuer la quantité de contrats, de consultants et d’occasionnels à l’emploi des ministères et des organismes. « La position du président du Conseil du trésor plait, mais le sérieux de ces mesures demeure à prouver. Le premier ministre ne se prive d’ailleurs pas pour contourner cette position, car dès le lendemain du dépôt du projet de loi nº 15, il a recruté l’ancien bras droit de Jean Charest et pensionné de l’État québécois, André Dicaire, pour conseiller le secrétaire général du gouvernement, Roberto Iglesias. Un premier contrat de gré à gré de 52 000 $ a été conclu avec M. Dicaire dans les jours qui ont suivi l’élection d’avril 2014, puis un second contrat de gré à gré d’une valeur de 72 500 $ a été signé en septembre 2014 », s’indigne M. Perron.

Le président du Conseil du trésor affirme que le gouvernement enclenche un processus de planification des effectifs pour les ministères et les organismes afin d’optimiser la répartition des ressources humaines sur la base d’un examen des activités réalisées par chacun des ministères et organismes, et en lien avec les résultats liés à la révision des programmes. « Tout ça est très ironique, car M. Coiteux ajoute du même souffle que cet exercice pourrait solliciter une expertise externe ! », note M. Perron.

Richard Perron croit malgré tout que la conjoncture est très favorable pour faire valoir l’importance d’investir dans les experts du gouvernement. La commission Charbonneau a montré que la perte d’expertise au ministère des Transports a pavé la voie à la corruption et à collusion. Le fiasco des projets informatiques, cédés à l’externe, a prouvé l’importance de renforcer le rôle des professionnels du gouvernement, qu’ils soient analystes informatiques ou comptables. « Ces professionnels servent souvent à débusquer les entourloupettes que les entreprises privées voudraient nous faire avaler dans des contrats. C’est donc un investissement de se redonner l’expertise interne », mentionne M. Perron.

À cet effet, le président du SPGQ rappelle que le premier ministre lui-même a demandé au président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, de « préserver l’expertise de l’État dans les domaines stratégiques », lors de la cérémonie de prestation de serment du Conseil en avril dernier. « Préserver l’expertise passe par de meilleures conditions de travail et de rémunération pour les professionnels », croit M. Perron qui invite M. Coiteux à en prendre bonne note.

L’annonce d’une augmentation salariale de 1 % aux employés de la fonction publique en 2015 est le pire signal que puisse envoyer le gouvernement aux jeunes qui pourraient être intéressés par une carrière dans la fonction publique. « D’importants investissements pour l’embauche de ressources supplémentaires et la formation sont primordiaux pour la reconstruction de l’expertise interne. La fonction publique devrait plutôt se montrer attirante et cesser de projeter une image négative d’employeur sans le sou », suggère M. Perron.

De plus, le SPGQ qualifie d’abject le discours de M. Coiteux lorsqu’il affirme que la machine gouvernementale va faire sa part et que, pour ce faire, il en appelle au sens des responsabilités des partis d’opposition et des centrales syndicales. « Les professionnels du gouvernement ont déjà été mis lourdement à contribution, car ils ont perdu l’équivalent de 30 % en pouvoir d’achat depuis 1982. Demander plus de leur part, c’est signer l’arrêt de mort de la fonction publique et ouvrir toute grande la porte à la "wallmartisation" du Québec », conclut M. Perron.

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