Édition du 24 mai 2022

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États-Unis

USA : Biden fait face à un désastre potentiel, Sanders appelle à un nouveau cap

Le président Joseph Biden est entré en fonction il y a un an, après avoir battu l’ancien président Donald Trump par un vote de 51,3 % contre 46,9 %, soit une différence de plus de sept millions de voix. Un an plus tard, sa situation, tout comme celle de son parti, est très mauvaise. Le point de vue de Dan La Botz.

27 janvier 2022 ,/ tiré de Hebdo L’Anticapitaliste

Biden avait demandé aux électeurs de le rejoindre dans ce qu’il a appelé une « bataille pour l’âme de la nation ». Ceux qui ont voté pour lui attendaient qu’il mette fin à la pandémie de Covid, qu’il relance l’économie si touchée par l’épidémie et qu’il défende la démocratie américaine contre l’autoritarisme croissant de Trump et du Parti républicain. Son programme prévoyait de grands plans économiques, sociaux et politiques pour faire du pays un endroit meilleur pour tous.

Des débuts remarqués

Aujourd’hui, malgré un départ remarqué dans ses premiers mois, Biden se retrouve, avec son parti, en échec sur tous les fronts, ouvrant la perspective d’une victoire républicaine lors des élections de mi-mandat pour la Chambre et le Sénat le 8 novembre prochain. L’échec de Biden limite les possibilités des progressistes et des socialistes de l’aile gauche du Parti démocrate, et implique que les mouvements sociaux seront confrontés à ­davantage de difficultés à l’avenir.

La présidence de Biden avait commencé sous de bons auspices. Lui et les Démocrates, avec le soutien des Républicains, ont fait passer le projet de loi de 1 900 milliards de dollars sur l’aide face au Covid-19 et le projet de loi sur les infrastructures de 1 200 milliards de dollars. Il a réussi à faire baisser le chômage de 18 millions à 2 millions d’allocataires, c’est-à-dire de 9 % le jour de l’investiture à 3,9 % aujourd’hui. Grâce à un programme national de distribution massive de vaccins, le nombre de cas et de décès liés au covid a commencé à diminuer – mais sont ensuite arrivés Delta et Omicron, et une fois de plus la pandémie a balayé le pays, remplissant les hôpitaux, prenant des milliers de vies et perturbant l’économie.

En politique étrangère, Biden a commencé par réaffirmer le rôle de l’Amérique en tant que puissance impériale, en renouant les relations avec les alliés européens que Trump avait méprisés et en appelant à résister à la puissance montante de la Chine. Mais son retrait abrupt d’Afghanistan a sapé la confiance de ses alliés dans les États-Unis, tandis que sa gestion des menaces russes en Ukraine a créé de plus grandes frictions avec les puissances européennes.

Des déconvenues d’importance

Les déconvenues de Biden proviennent en grande partie du Parti républicain, très discipliné, dont les membres votent désormais en bloc contre lui au Sénat et à la Chambre. Mais elles proviennent également des divisions au sein de son propre Parti démocrate, dont les sénateurs conservateurs Joe Manchin et Krysten Sinema votent avec les Républicains, ce qui rend impossible l’adoption de sa législation sociale, de ses propositions fiscales et de sa législation sur le droit de vote. Biden n’a pas été en mesure de faire passer le projet de loi « Back Better Bill » contenant de nombreux programmes sociaux comme la garde d’enfants, l’éducation et la santé, ni de défendre la législation sur le droit de vote protégeant les électeurs noirs, latinos, jeunes et âgés. Avec la poursuite du covid, la reprise économique qui se confirme mais de manière inégale, et une inflation qui augmente de 7 % par an, un record depuis quarante ans, les gens ont perdu confiance en Biden. Aujourd’hui, selon les sondages, seules 37 % des personnes interrogées approuvent le travail qu’il accomplit, tandis que 52 % le désapprouvent.

« Un changement majeur de trajectoire »

À gauche, le sénateur Bernie Sanders, a appelé à « un changement majeur de trajectoire ». « Ce n’est pas un grand secret que le Parti républicain gagne de plus en plus le soutien des travailleurs », a déclaré Sanders. « Ce n’est pas parce que le Parti républicain a quelque chose à leur dire. C’est parce que, de trop nombreuses façons, le Parti démocrate a tourné le dos à la classe ouvrière. […] Il est important que nous ayons le courage de nous attaquer aux très puissants intérêts des entreprises qui ont une emprise incroyablement puissante sur l’économie de ce pays. »

Les Démocrates modérés, quant à eux, reprochent à Biden de s’être trop penché vers la gauche. Ils souhaitent également une correction de trajectoire, mais vers la droite…

Ce qui pourrait changer la direction du pays, peut-être au printemps, si la pandémie prend fin, c’est une résurgence des mouvements ouvriers et sociaux de masse. Les progressistes, les socialistes et les autres membres de la gauche devraient s’impliquer dans l’organisation de tels mouvements lorsqu’ils se présentent, avec pour objectif de créer une force politique indépendante.

Traduction J.S.

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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