Édition du 15 septembre 2020

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Mouvements sociaux

États-Unis

Un serment d’office citoyen, pour le jour de l’inauguration 2009

Il y a maintenant huit longues années, dans un événement contre-inaugural à Austin, Texas, j’ai prêté un « serment d’office citoyen » devant des gens qui s’étaient réunis sur les marches du Capitole pour contester la légitimité de l’administration Bush et de son programme de droite. En 2005 j’ai présenté une version révisée de ce serment qui étendait nos devoirs en ces temps difficiles.
En 2009, nous saluons l’arrivée d’une administration plus saine mais qui fait face à des problèmes plus profonds encore. Donc, un tel serment citoyen est plus que jamais nécessaire.

Il est clair que l’administration Obama va s’éloigner des politiques réactionnaires et insensées des huit dernières années mais, le cœur des problèmes de l’empire et de l’économie, à savoir la domination américaine dans le monde et la domination des entreprises au pays et sur la planète, demeurent aussi menaçant qu’auparavant. Les discussions récurrentes des démocrates pour faire pression en faveur de la « bonne guerre » en Afganistan (soit disant pour combattre le terrorisme), la croyance soutenue dans le système capitaliste prédateur (malgré quelques adoucissements tant la peur de son effondrement potentiel est présente) laissent peu de place à l’espoir de changements en profondeur si désespérément nécessaires.

Alors que nous célébrons la fin de huit ans de désastre nous devrions nous ré-engager dans le travail nécessaire pour créer un monde vraiment juste et durable. Avec ce tableau en tête voici mes suggestions pour un nouveau serment citoyen pour l’inauguration 2009.

« Je jure solennellement que je vais exécuter fidèlement mon devoir de citoyen des États-Unis et que je vais, au meilleur de mes habiletés, aider à créer un véritable monde démocratique en,

1- Allant au-delà des médias dominants pour chercher les informations sur les sujets importants comme la politique, l’économie et les questions sociales.

2- En engageant avec mes concitoyenEs, y compris ceux et celles avec qui je ne suis pas d’accord, de sérieuses discussions et débats sur ces sujets importants.

3- En engageant autant de temps, d’énergie et d’argent que je le peux pour aider à construire d’authentiques organisations de base qui pourront faire pression sur les politicienEs pour que les intérêts du peuple passent avant ceux des profits et du pouvoir dominant.

4- En liant ces efforts aux mouvements politiques et sociaux globaux qui combattent l’empire américain dans le monde où il fait ses plus grands dommages.

5- Je continuerai à résister aux contrôles du monde par les entreprises, au militarisme, au recul des droits civiques et aux autorités illégitimes sous toutes leurs formes.

6- Et je m’engagerai dans les efforts collectifs de ma communauté pour construire de joyeuses alternatives à la société de consommation destructrice.

(…) La précision « authentiques » attribuée à « organisations de base » rappelle que la campagne qui a porté Obama au pouvoir n’était pas un mouvement même s’il utilise ce mot constamment. C’était une campagne pour élire un candidat de l’un des deux grands partis politiques de ce pays, tous deux engagés dans la domination impériale et celle du capitalisme prédateur. Non pas qu’il y n’y ait pas eu de différences entre les deux candidats, mais il faut nous rappeler qu’une campagne électorale menée à coups de slogans en faveur de tel ou tel parti n’est pas un mouvement populaire. Les mouvements authentiques en faveur de la justice ne sortent pas des partis démocrates ou républicains, mais bien du peuple uni pour contester les pouvoirs illégitimes plutôt que de leur faciliter la vie. Le vote stratégique ne remplace pas la nécessité de l’organisation sur ses propres bases.

En plus de structurer les mouvements, il est plus clair que jamais que nous devons utiliser nos capacités pour développer sur le terrain des alternatives concrètes à l’économie industrielle qui mine les capacités des écosystèmes. Les expériences locales comme les coopératives de travailleurs et l’agriculture soutenue par la communauté vont devenir de plus en plus importantes au fur et à mesure que l’ordre actuel démontrera son incapacité à résoudre les problèmes économiques et écologiques que plus personne ne remet en question.

Il faut préparer l’avenir avec la réalité actuelle. Nous ne pouvons prédire l’exacte allure et le temps que prendra l’effondrement du système actuel mais nous savons que cela vient et qu’il faut dès maintenant faire face aux changements de fonds que la situation exige. Imaginez que nous voyagions dans un train qui file à cent milles à l’heure et dont le parcours s’arrête au bord d’un précipice. Le conducteur est remplacé par un autre qui décide de rouler à cinquante milles à l’heure. Ça nous fait gagner un peu de temps mais nous mène au même endroit.

On ralentir le rythme mais le précipice est toujours là.

Donc, comme beaucoup, mardi je vais prendre une grande respiration, vivre un moment de soulagement quand Obama va prêter serment. Mais je ne peux pas dire que je respirerai à l’aise.


Robert Jensen : Journaliste, professeur à l’Université du Texas à Austin, membre du conseil du « Third Coast Activist Resource Center » (fondé par M. Luther King Jr), auteur de plusieurs livres sur divers sujets sociaux et politiques.

Texte publié en Anglais sur Counterpunch.org le 19-01-09. Traduction A. Cyr

Robert Jensen

Journaliste, professeur à l’Université du Texas à Austin, membre du conseil du « Third Coast Activist Resource Center » (fondé par M. Luther King Jr), auteur de plusieurs livres sur divers sujets sociaux et politiques.

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