Édition du 31 janvier 2023

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International

Élections au Nicaragua

Victoire de Daniel Ortega, défaite des "révolutionnaires"

La victoire de Daniel Ortega aux élections présidentielles du 5 novembre est confirmée. Techniquement, on peut parler d’un retour de la « gauche » au pouvoir au Nicaragua. Mais il reste beaucoup à faire pour reconstruire une gauche sociale et politique qui soit autonome, unifiée et radicale.

Mardi soir (7 novembre), le Conseil électoral suprême donnait 38,07% des votes à Daniel Ortega et 29% à son plus proche poursuivant, après dépouillement des votes de 92% des boîtes de scrutin. Pour être élu au premier tour, Ortega avait besoin soit de 40% des voix, soit de 35% s’il a une avance d’au moins 5%.

L’association civile Éthique et Transparence, qui avait des observateurs et des observatrices dans tous les bureaux de scrutin du pays, crédite Ortega de 38,4% des votes contre 29,52% à Eduardo Montealegre de l’Alliance libérale nicaraguayenne. Lors des deux élections précédentes, les prévisions d’Éthique et Transparence basées sur un sondage rapide (environ 1200 bureaux de scrutin) arrivaient à une marge d’erreur d’au plus 1%. (El Nuevo Diario)

Le taux de participation serait supérieur à 75% de la population inscrite. Alors que Jimmy Carter qualifiait le processus d’ « exemplaire », l’Organisation des États américains saluait la forte participation et le chef de la mission d’observation de l’Union européenne parlait d’ « une première impression positive ». L’ambassade des Etats-Unis a pour sa part déclaré « ne pas être en position de porter un jugement général sur l’impartialité et la transparence du processus ». (La Jornada)

Ortega a été élu président une première fois en 1984 après avoir été coordonnateur de la Junte de gouvernement pendant les premières années de l’ère sandiniste. Techniquement, on peut parler d’un retour de la « gauche » au pouvoir au Nicaragua. Toutefois, le mécontentement suscité par les agissements de la direction du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) est grand, autant chez les militants et militantes de la base que chez les révolutionnaires de la première heure.

Pour plusieurs, la direction du FSLN ne représenterait plus que ses propres intérêts. Ortega et sa garde rapprochée ont succombé à toutes les bassesses (piñata, pacte avec Arnoldo Alemán, éviction des opposants, opposition à l’avortement thérapeutique, etc.) pour se maintenir près des cercles de pouvoir dans les années 90 et 2000 et enfin pour remporter l’élection de dimanche.

C’est ainsi que le Mouvement de rénovation sandiniste (MRS) entendait offrir une alternative à l’électorat en se réclamant lui aussi du sandinisme, tout en promettant plus d’éthique et de transparence et en essayant de rallier les mouvements sociaux. Mais ses 6,44% de votes ressemblent à un cuisant échec, du moins sur le plan électoral. (Rappelons que le MRS a notamment été le seul parti à défendre le droit à l’avortement thérapeutique durant la campagne.)

Ainsi, il reste beaucoup à faire au Nicaragua pour reconstruire une gauche sociale et politique qui soit autonome, unifiée et radicale. À ce sujet, voir Dérives populistes du Front sandiniste dans notre site et le dossier du Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique latine sur les élections nicaraguayennes.

Mots-clés : International Nicaragua
Patrice Lemieux Breton

Coordonnateur d’un groupe de solidarité internationale avec le Nicaragua et étudiant en communication publique.

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