Édition du 25 janvier 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

G-20

G8 et G20 de Toronto

Vides et vains, ni G8 ni G20 !

A l’instar des réunions précédentes, le sommet du G20, club privé où les
pays les plus riches de la planète ont convié les chefs d’Etat des
principales puissances émergentes, s’est révélé à nouveau riche en effets
d’annonce et vide de décisions.

Comme en 2008 à Londres puis en 2009 à
Pittsburgh, les discussions du G20 réuni à Toronto ont tourné autour de la
sortie de crise. Mais d’une sortie capitaliste de la crise, favorable aux
créanciers et aux grandes puissances.

Véritable serpent de mer depuis deux ans, le thème de la réglementation
financière mondiale n’a, sans surprise, mené à rien de tangible. Devant
les opinions publiques, qui paient très cher les effets de cette crise
dans le déclenchement de laquelle elles n’ont aucune responsabilité, les
gouvernements font comme s’ils souhaitaient s’inviter dans une
redéfinition des règles du jeu mondial alors que depuis des décennies, ils
œuvrent en fait pour l’abandon de toute règle protégeant les peuples.

Réglementation du marché des produits dérivés qui sont des innovations
financières de pure spéculation sans utilité sociale, normes de fonds
propres imposés aux banques, encadrement des bonus des dirigeants des
grandes banques qui sont repartis de plus belle, taxation des grandes
banques ou des transactions financières, autant de sujets qui ont montré
de fortes divergences au sein du G20, ce qui est bien commode pour ne rien
décider : le sujet a été reporté au prochain sommet du G20 à Séoul en
novembre. Un moyen comme un autre de ne pas avancer sur ce sujet pourtant
essentiel.

A chaque show médiatique, la même rengaine contre le protectionnisme est
également entonnée. Partout dans le monde, l’Organisation mondiale du
commerce (OMC), appuyée par le Banque mondiale et le Fonds monétaire
international (FMI), s’est donnée comme mission d’abattre les protections
nationales décrétées comme entraves au libre commerce. Ce faisant, les
droits fondamentaux des peuples, comme le droit à la souveraineté
alimentaire, sont sacrifiés sur l’autel de la croissance et du profit des
sociétés transnationales.

Pourtant, les différentes crises qui ont secoué le monde ces dernières
décennies puisent leurs racines dans cette libéralisation du commerce et
des flux de capitaux essentiellement spéculatifs. La grande
déréglementation financière des années 1990, la déstructuration de pans
entiers des économies nationales et le désagrégement de l’Etat ont préparé
le terrain de la brusque offensive des détenteurs de capitaux contre les
populations du monde entier, au Sud d’abord mais au Nord aussi.

La crise actuelle et les plans de sauvetage des banques ont démultiplié
les dettes publiques des pays du Nord. L’ouragan d’austérité qui s’abat
sur les pays européens organise de drastiques réductions des dépenses
publiques tout en préservant les revenus du capital. Le G20 a ainsi pris
l’engagement de « réduire de moitié les déficits d’ici à 2013 et faire
diminuer la dette publique rapportée au PIB avant 2016 ». Ces coupes se
font à l’encontre des intérêts des classes populaires et à l’avantage des
classes sociales favorisées. Les remèdes frelatés appliqués à partie des
années 1980 sont de retour : réduction ou gel des salaires, hausse de la
TVA, libéralisation du marché du travail, privatisations des entreprises
publiques, réforme du système des pensions et des retraites sont autant de
mesures d’austérité dont les premières victimes sont les populations les
plus précaires. Depuis 2008, le FMI a ouvert des lignes de crédits à une
dizaine de pays européens. En Islande, la population a clairement fait
comprendre qu’elle ne paierait pas pour les errements et les outrances du
secteur bancaire et financier. En Roumanie, la réduction de 15% des
retraites a été jugée anticonstitutionnelle malgré les pressions du FMI.
En Ukraine, les relations entre le FMI et le gouvernement étaient bloquées
depuis la décision unilatérale de ce dernier d’augmenter de 20% le salaire
minimum. De nombreuses manifestations populaires ont lieu dans les
différents pays victimes de ces politiques, ainsi qu’à Toronto où les
manifestations anti-G20 ont été brutalement réprimées.

Ce sommet du G20 ne fut donc qu’une pierre de plus apportée à l’édifice
d’une sortie capitaliste de la crise. Pour tous ceux qui luttent pour la
justice sociale, ce G20 est plutôt… un G vain, qui répète inlassablement
les mêmes exigences que rien ne justifie et qui ressort les anciennes « 
solutions » qui en fait n’en sont pas. Alors, ni G8, ni G20, mais il faut
s’attaquer à la racine du problème en expropriant les banques pour les
transférer au secteur public sous contrôle citoyen, en réalisant un audit
citoyen de la dette publique afin d’annuler la dette illégitime, en
instaurant une véritable justice fiscale et une redistribution plus juste
de la richesse, en luttant contre la fraude fiscale massive, en remettant
au pas les marchés financiers par la création d’un registre des
propriétaires de titres et par l’interdiction des ventes à découvert, en
réduisant radicalement le temps de travail pour créer des emplois tout en
maintenant les salaires et les retraites. Pour cela, il est urgent de
créer une vaste mobilisation populaire pour faire converger les luttes
locales sur le plan international et venir à bout des politiques de
régression sociale.

(*) Respectivement porte-parole, vice-présidente du CADTM France et
président du CADTM Belgique (www.cadtm.org)

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