Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Europe

Autopsie d'une crise annoncee

Salut à vous, amis de par le monde, comment se passe cette crise sanitaire ? Dans la joie et la bonne humeur j’espère ! Ici, la situation devient un peu cocasse (pour rester polie) … Par où commencer ?

AVANT LE CONFINEMENT

Revenons déjà un peu en arrière … Depuis un mois, dans les médias, les politiques se succèdent pour nous expliquer avec pédagogie que ce virus n’est pas dangereux, ça n’est qu’une petite grippe, il ne touche que les vieux (ça tombe bien on en a trop !), il n’y a aucun risque pour qu’il arrive jusqu’à nous (et dans la mesure où il ne touche que des communistes jaunes, où est le problème ?).

Le 16 février, au moment où le monde commence à prendre conscience du danger, notre ministre de la santé Agnès Buzyn quitte ses fonctions afin de se lancer dans la course à la mairie de Paris. On se retrouve donc avec un nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, inconnu du grand public qui prend la crise en cours. Une belle illustration du sens des responsabilités de nos dirigeants …

Puis, le virus (le fameux COVID 19 qu’on ne présente plus) arrive en Italie. Si on est interpellés par sa rapidité de propagation, en haute sphère on reste positifs ; pas de panique, le gouvernement est prêt à affronter cette crise, tout est prévu pour cela depuis longtemps, promis juré. La porte parole du gouvernement en profite même pour se moquer publiquement des italiens qui, selon elle, en font trop …

On regarde l’hécatombe s’étendre chez nos voisins pendant que l’on enregistre nos premiers cas, puis les second, puis … Tout d’un coup, les « ne vous inquiétez pas » sont remplacés par des cartes où l’on voit clignoter en rouge les zones de propagation. Personnellement, c’est à ce moment là que je me suis dit « Tiens, si je prenais une journée pour me renseigner vraiment sur ce virus sans m’en tenir à ce qu’on me dit à la radio ? » Et là … c’est le drame ! En fouillant un peu, je découvre les appels à l’aide de nos médecins qui voient la catastrophe arriver, les témoignages déchirants des soignants italiens qui nous exhortent à ne pas reproduire leurs erreurs, les prévisions catastrophiques des scientifiques. Je comprends alors que l’heure est grave et qu’on ignore, ou qu’on cache cette réalité à la population. On est à quelques jours des élections municipales …

GOUVERNÉS PAR DES BIPOLAIRES

Puis tout s’accélère brutalement, la rumeur enfle, le bilan catastrophique de l’Italie ne fait plus rire personne. Les médias se lâchent, les situations de crise ils adorent ça … grâce à eux, des millions de français naïfs prennent les magasins d’assaut, vident les rayons de pattes et de papier toilette, font des stocks de gel hydro-alcoolique etc …
Mais pas de panique, notre leader suprême apparaît par miracle sur nos écrans de télé pour nous rassurer avec ce petit paternalisme qu’on aime tant chez lui. Emmanuel Macron nous l’assure, tout va bien … il a consulté le conseil scientifique (créé deux jours plus tôt !) et ils sont formels : oui, c’est très très dangereux de sortir de chez soi, oui il faut être raisonnable et limiter ses déplacements MAIS rien ne s’oppose à ce que les élections aient lieu. Vous aussi vous vous demandez où est-ce qu’il a trouvé ses scientifiques ?
Si l’on est un peu pragmatique, on comprend vite pourquoi il tient tant à maintenir ces élections municipales : son parti, LREM, est en danger. Les sondages l’annoncent grand perdant de ces élections. Si on les repousse, ça risque d’être pire car la crise qui s’annonce peut anéantir pour de bon la cote de popularité du président. Si on les maintient (tout en rappelant aux français qu’ils risquent leur vie en sortant de chez eux), on s’assure une abstention record qui permettra, au pire, d’annuler le scrutin, au mieux, de remettre en doute la légitimité des maires élus dans ces conditions. Quoi qu’il en soit, ces élections peuvent servir d’observatoire, on voit vers quel coté penche la balance et on avise … malin ! Ou mesquin !
On a donc droit à un discours de bipolaire assez hallucinant : les écoles, collèges et lycées seront fermés dès lundi, mais ils seront ouverts dimanche car, pour une majeure partie des communes de France, c’est là que les gens viennent voter. Le virus est inoffensif jusqu’à dimanche, après ça, il devient très dangereux !

Je fais une petite aparté sur les résultats de ces élections dont on a quasiment pas entendu parler. Le seul chiffre qui sera commenté c’est celui du taux d’abstention record : 56%. Pour le reste … silence radio. Et pourtant, on constate une véritable percée des écologistes et des unions de gauche ! Nantes, Rennes, Grenoble, Strasbourg, Besançon, Rouen, Lille, Lyon, Marseille, Paris … se pressent à gauche ;) Et même à Bordeaux, où j’ai grandi et qui a toujours été une ville extrêmement bourgeoise dirigée par un maire de droite depuis des dizaines d’années, l’union de gauche arrive en seconde position à 96 voix près !!! La droite et LREM gardent le contrôle de leurs fiefs, là où ils tiennent le pouvoir depuis quelques temps déjà, mais se font humilier partout ailleurs. Et, surprise, le Rassemblement National est au point mort ! Ils conservent quelques villes clés, antiques bastions fascistes. Alors qu’on nous répète depuis des années que le RN menace de manger la France, qu’ils sont l’ennemi à abattre etc … on constate alors que c’est la gauche qui avance sur le terrain ! Mais personne n’en parle. Ce silence est extrêmement révélateur d’une union des élites contre la montée des gauches.


PRISE DE CONSCIENCE ?

Lors de son discours du 12 mars, Emmanuel Macron nous tient des propos assez inattendus, je vous les livre tels quels pour que vous vous fassiez votre idée :

« Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai. »

Les français écarquillent les yeux ! L’homme qui a participé gaiement à la destruction de l’hôpital public aurait-il des regrets ? Le prodige des beaux quartiers deviendrait-il décroissant ? Va-t-il nous proposer une renationalisation de tous les biens nationaux qu’il a vendu à ses amis ? A-t-il sombré dans la drogue ???
Vous trouverez la réponse un peu plus loin … spoiler ! Ça n’est pas ce que vous croyez !

NOUS SOMMES EN GUERRE

Au lendemain des élections, le président reprend la parole et on constate qu’en 3 jours, tout a changé. Alors que sa première allocution était à base de « j’ai consulté les scientifiques, tout va bien », la seconde est sur un autre ton … « Nous sommes en guerre » martèle-t-il six fois en tentant de se donner des airs de résistant.
La situation est très grave, si grave, qu’il a décidé de prendre des mesures drastiques. Les français savent tout ça, cela fait plusieurs jours qu’on leur parle de confinement, ils savent qu’on va y passer, on a fermé les écoles, les parents doivent donc gérer leurs enfants … on se doute tous que le reste suivra. Et bien oui … ou plutôt non … enfin c’est pas clair ! Car ce mot qu’on attend tous : CONFINEMENT ne sera pas prononcé par le chef de l’état. Il en fait pourtant la définition ; nous devons rester chez nous, sortir le moins possible, la police veillera au maintien des règles, celui qui sort sans justificatif sera amendé. Alors pourquoi n’annonce-t-il pas clairement ce fameux confinement ?
Et bien c’est simple … même s’il n’est pas capable de l’avouer, la priorité de cet homme (si on peu encore appeler ça comme ça) n’est pas la sécurité de la population mais le maintient de l’économie. Un confinement général, ça veut dire une économie à l’arrêt et ça … Macron n’est pas prêt à l’accepter. Mais il est évident qu’il doit prendre des mesures fortes pour au moins faire semblant de protéger la population, alors il fait son cinéma. Il adopte un vocabulaire martial, catastrophique, pour qu’on ne puisse pas lui reprocher d’avoir pris les choses à la légère, mais il laisse la porte entrouverte … ainsi, quand les règles de sécurité ne seront pas respectées, ce ne sera pas de sa faute mais parce que les gens ne sont pas raisonnables ! Il en profite d’ailleurs pour rappeler en fronçant les sourcils que dimanche, beaucoup de français irresponsables ont été dans les parcs et les restaurants (Heu ...oui, vous aviez dit la veille que vous aviez consulté les scientifiques et qu’on pouvait sortir voter sans risque donc …)

Ce soir là, on a eu droit à un discours digne du plus pitoyable des poivrots : « Ho la la ça va pas du tout … vous ne devez pas sortir de chez vous …profitez en pour aller faire des activités sportives … n’allez pas voir vos proches … allez plutôt voir vos voisins pour retrouver la solidarité française … j’me sens pas bien … c’est la gueeeeeerre ! Aucune entreprise ne sera laissée au risque de faillite … à vot’santé ! ».
Moi ça m’a rappelé les meilleurs moments de mes soirées étudiantes …
Après sa prise de parole, on a tous fait : « Hein ? On fait quoi alors ? On va bosser ou on reste chez nous ? On doit faire du sport mais on doit pas sortir ? J’ai pas compris ... »

En me plongeant dans la retranscription du discours, je découvre un texte en sandwich avec trois principaux paragraphes que l’on pourrait résumer grossièrement ainsi :
– Nos soignants sont des héros, on les aime beaucoup, bisous bisous … on aime aussi les entreprises, rassurez vous on prépare un grand plan d’aides, bisous bisous !
– Je vais faire intervenir l’armée et faire voter en urgence une loi sanitaire qui m’accordera les pleins pouvoirs de modifier toute loi par ordonnance, de modifier le droit du travail et les acquis sociaux … c’est pour votre bien.
– Respectez les consignes : ne sortez pas, enfin pas trop, ça dépend quoi … il faut pas sortir car ça répand le virus mais il faut sortir car ça fait tourner l’économie, compris ? Bon courage bande de faignants ! Et au fait, j’allais oublier, vive la république !

Au milieu de tout son blabla incompréhensible, une info cruciale : un projet de loi d’urgence sanitaire sera proposé et devra être voté « dans les plus brefs délais », il donnera au président un pouvoir de force majeure empiétant considérablement sur notre démocratie.

CONFINÉS, MAIS PAS TROP

C’est donc ainsi que, depuis mardi, la France fait semblant d’être confinée.
Ce qui est gênant, c’est qu’Emmanuel Macron nous a parlé des « travailleurs » en expliquant qu’ils allaient passer en télétravail, il a aussi dit que les commerces non nécessaires à la survie nationale seraient fermés. Mais, comme toujours, il a oublié toute une partie de la population … devinez lesquels ? Les ouvriers ! Qu’en est-il des usines ? On ne fait pas tourner une machine par télétravail … alors on y va ou pas ? Il paraît que les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits, mais dans mon entrepôt on est 700, comment je fais ?

C’est là que, jour après jour, le Grand plan de sauvegarde de l’emploi pensé par notre président de génie se délite et apparaît pour ce qu’il est : un mirage. Quid des travailleurs du BTP ? Les chantiers ne sont pas indispensables à la survie du pays … alors ils doivent s’arrêter ? Et bien non ! Après un appel à cesser le travail dans ce secteur, la ministre du travail Muriel Pénicaud accuse publiquement « le manque de civisme » de ces ouvriers et menace tout le secteur BTP d’être privé du dispositif de chômage partiel qui s’étend à tous les travailleurs en temps de crise. Joli !!!
Idem dans le secteur de la vente, les magasins non essentiels sont fermés, enfin sauf les super marchés, et puis sauf les grandes enseignes proches des supermarchés (jardineries, bricolage etc …) et sauf la vente et la livraison en ligne. Ben quoi ? En quoi des milliers de livreurs qui font du porte à porte peut contribuer à propager un virus ???
Amazon se frotte les mains … non seulement ils voient fermer la plupart de leurs concurrents mais en plus le gouvernement ne revient pas sur leurs exonérations d’impôts ! C’est tout bénef’ !
Un collectif de libraires a d’ailleurs interpellé le ministre en ce sens : fermer les librairies mais laisser Amazon tourner c’est de la concurrence déloyale.
- Oui, répond le ministre, en effet, donc les librairies pourront rouvrir pendant le confinement …
- Mais … et le virus ? La santé des populations ? S’étonnent les libraires qui décident finalement de rester fermer et de penser collectivement une solution de vente en ligne, quitte à ne jamais pouvoir rouvrir.

En gros, tous les petits commerces sont fermés, les entreprises à taille humaine cessent le travail par respect de la sécurité de tous, seules les grandes enseignes ont le droit (et la volonté) d’obliger leurs salariés à braver les règles sanitaires pour leur profit.
Ce qu’il y a, c’est que quand Macron a annoncé un plan gigantesque pour sauver les entreprises, un chômage partiel accordé à tous les salariés, des suppressions de charges etc … il n’avait pas réalisé que ça ne concernait pas juste les copains, pas réalisé que ça allait coûter très cher. Je crois que ce Monsieur n’a pas vraiment conscience de ce qu’est la vie réelle !
Si Bruno Le Maire, notre ministre de l’économie, a tout prévu pour soutenir le secteur de l’industrie automobile qui, selon ses dires, souffre énormément de cette crise, il n’a pas pensé au petit entrepreneur. Les patrons de petites entreprises qui ont fermé la porte pour respecter le confinement se retrouvent face à une grande déception : pour beaucoup, leur activité n’entre pas dans les critères d’obtention du chômage partiel … il leur reste deux choix, forcer leurs employés à se mettre en danger sanitaire et aggraver les risques dans tout le pays ou mettre la clé sous la porte. Idem pour les auto entrepreneurs à qui le gouvernement propose un décalage des charges et loyers. « Merci, disent-ils, mais comment je ferai en juin pour régler 4 loyers et 4 mois de charges d’un coup alors que je suis fermé depuis mars ??? Et ceux qui ont leurs crédits chez des bailleurs privés ? – Ah oui, c’est vrai … pour ceux là je ne sais pas, avoue lamentablement le ministre, nous comptons sur la bonne volonté des bailleurs. La solidarité c’est important. »

A l’heure où j’écris ces lignes, Bruno Le Maire vient de prendre la parole pour demander aux entreprises restées ouvertes de verser une prime de 1000€ défiscalisée aux employés qui braveront le confinement pour aller travailler. Au même instant, sur internet, le site du gouvernement fait circuler un joli logo « je sauve des vies, je reste chez moi ». Voilà voilà ...

Donc, on résume : la pays est confiné mais les gens doivent continuer d’aller travailler (pour ceux qui ne peuvent pas faire de télétravail.) Ce demi confinement nous apportera-t-il une demi sécurité ? Même pas. Les scientifiques sont clairs sur ce point, un confinement doit être hermétique sinon, il ne sert à rien ! La seule utilité de tout ça est de faire croire au monde que nos dirigeants prennent des mesures … Et c’est là qu’on comprend à quel point nos vies ont peu de valeur à leurs yeux !


EXODE CITADIN

Autre effet blast de ce pseudo confinement ; l’exode des parisiens. Au lendemain des annonces présidentielles, pas moins de 17% de la population parisienne fuit la capitale. 17% !!!!
Leur excuse ? « Vous ne vous rendez pas compte, déjà on va devoir s’occuper de nos enfants, ce qui est intolérable ! En plus on devrait rester enfermés dans un appart alors qu’il fait beau … no way ! »
Bien sur, ça ne sont pas n’importe quels parisiens qui débarquent dans nos campagnes, c’est la crème de la crème, ceux qui ont des maisons secondaires, ceux qui font du télétravail, ceux pour qui nos régions ne vivent qu’un mois dans l’année, ceux pour qui une vie de citadin équivaut à mille vies de paysans. Ce qu’ils font semblant de ne pas comprendre, c’est qu’ils transportent dans leurs valises un virus mortel et qu’ils l’amènent dans des régions sinistrées qui ont été dépouillées de leur matériel et personnel de santé. Ils ne comprennent pas qu’on va devoir laisser mourir le petit papy d’à côté pour les sauver eux, tout ça parce qu’ils voulaient passer leur confinement sur nos plages … Sur l’île de Noirmoutier, 30 cas de COVID 19 ont suivi cet exode, alors que la population a doublé en un week end ! C’est criminel ! Quand est-ce que l’égoïsme de la classe « supérieure » s’arrêtera-t-il ? Combien de morts faudra-t-il pour leur faire comprendre leur responsabilité ?

L’AFFAIRE BUZYN

Au milieu de ce triste bazar, une affaire politique vient défrayer la chronique, pour être étouffée aussi vite qu’elle est sortie.
Agnès Buzyn, ex-ministre de la santé ayant abandonné son poste au début de la crise sanitaire pour défendre sa candidature à la mairie de Paris, se lâche. On est au lendemain des élections, elle vient de prendre une petite claque en arrivant loin derrière ses concurrentes Anne Hidalgo (Socialiste) et Rachida Dati (républicaine). Vengeance ? Mauvaise foi ? Remords ? J’ignore sincèrement ce qui motive ses déclarations et honnêtement je m’en fiche, car ce qu’elle dit glace le sang …

A propos des élections municipales : « Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. »
« Quand j’ai quitté le ministère, assure-t-elle, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. »
Elle avoue de but en blanc avoir saisi dès janvier la gravité du coronavirus (bien qu’elle ait dit l’inverse aux français sur le moment), elle dit avoir averti le premier ministre qui l’a mise sur la touche … en bref, ils savaient. Ils savaient pour le danger, pour les morts, pour la catastrophe, et ils n’ont rien dit, rien fait.
Et bien figurez vous que cette confession accablante est passée au second plan à peine quelques jours plus tard. L’exécutif reproche des polémiques politiciennes en temps de crise, là où l’union nationale devrait faire acte de foi. Ces derniers temps, c’est l’unique bouclier du pouvoir : pas de polémique, nous avons besoin d’union nationale. Entre deux lois liberticides et trois décisions catastrophiques, ils remercient les soignants, et en appellent à la solidarité et à l’unité de la nation. Ils sont à vomir !

NOS HÉROS EN BLOUSES BLANCHES

Depuis le début du confinement, tous les soirs à 20h, les français sortent sur leurs balcons et applaudissent le personnel soignant. Sur internet, les hommes et femmes politiques multiplient les félicitations et les messages de soutien. « Je n’en peux plus, confie un soignant, cette reconnaissance je la vis comme une insulte. »
Moi, je le comprends. Notre personnel soignant est en grève depuis déjà un an ! Depuis une année entière ils réclament la fin de la politique d’austérité des hôpitaux, l’annulation des suppressions de postes annoncées, des moyens … surtout des moyens ! Vous vous rendez compte ? Ils ne demandent même pas d’argent alors que leur niveau de rémunération est classé 26eme sur 29 parmi les pays de l’OCDE. Mais ces gens là ont le sens des priorités et, pour eux, l’urgence est dans les moyens et la qualité des soins !
Après avoir ignoré leurs revendications, comme s’ils n’existaient pas, le gouvernement leur a envoyé la police. Aujourd’hui en première ligne, des policiers atteints du virus arrivent aux urgences pour se faire soigner par des gens qu’ils frappaient hier. Si la situation n’était pas aussi grave, on pourrait presque en rire !
Il y a deux mois 1500 chefs de services ont déposé ensemble leur démission de leurs fonctions administratives, on se souvient encore du discours poignant de la professeure Agnès Hartemann :
“Le cauchemar a débuté quand on a commencé à nous dire : Il va falloir que vous produisiez du séjour, alors qu’on avait l’habitude de prodiguer des soins ’’. Leur appel à l’aide se sera conclut par une fin de non recevoir …

Depuis le début de l’épidémie, ils tirent la sonnette d’alarme sans que personne ne les écoute ; nos capacités d’accueil en réanimation sont de 5 à 6000 places pour tout le pays. Les scientifiques prévoient plus d’un million de contaminations. Comment vont-ils gérer ça ?
Et si c’était le seul problème … En contact permanent avec des personnes infectées, le personnel soignant n’a pourtant pas droit au matériel de sécurité de base : les masques chirurgicaux. C’est devenu le nouvel or noir ici. Alors qu’Agnès Buzyn nous affirmait il y a deux mois que nous avions un milliard de masques en stock, on se rend compte que finalement … et bien nous n’avons pas de stock parce que nous avons fait le choix, il y a quelques années, de fermer nos usines et de déléguer la production de masques chirurgicaux à … la Chine ! Brillant !!!
Déjà en terrible sous effectif, nos soignants sont donc contaminés les uns après les autres … Hier une infirmière est décédée. Aujourd’hui c’est un médecin que nous perdons. Ils ne faisaient que leur travail, sauver des vies, et en retour nous n’avons pas pu (ou pas voulu) les protéger.
Où sont ces foutus masques ??? Cela fait maintenant 3 mois que le virus circule, et plusieurs semaines qu’on nous promet des arrivées imminentes... en attendant, nos soignants essuient les plâtres, comme d’habitude !
Pour se justifier, le gouvernement fait des tentatives hasardeuses … la première :
« Des stocks de masques ont été volés par de vilains méchants ! » On essaie donc de nous faire croire que cette pénurie est due à quelques délinquants ??? Sérieusement ?
« C’est parce qu’on en a donné à la Chine au moment où ils en manquaient » Mmmhhh … donc on leur confie notre production puis on leur donne nos stocks ? L’un des pays leader du libéralisme égocentrique se prive pour secourir un état communiste ? Pas très crédible …
Et leur dernière trouvaille : « Les masques ne servent à rien. » Carrément ! La porte parole du gouvernement pousse même l’ironie jusqu’à déclarer que les français n’ont pas besoin de masques car ils ne savent pas les utiliser … Et si on en confinait certains pour toujours ?

De même que le virus était inoffensif avant les élections et mortel juste après, les masques sont inutiles tant qu’on en a pas, ils deviendront obligatoires quand on aura refait les stocks !

Et malgré les risques, malgré le traitement honteux qu’on leur réserve, nos soignants vont chaque jour sur le terrain, risquer leur vie et par extension celle de leur famille, sans compter leurs heures puisqu’on manque de personnel, ils se heurtent à des situations intolérables comme de devoir choisir entre deux patients lequel pourra vivre et lequel devra mourir. Que leur donne-t-on en échange ? Des applaudissements … de la reconnaissance … des messages bienveillants sur le net … quelle honte !!!
Pour rajouter un peu de cynisme, le gouvernement appelle les personnels du secteur paramédical à venir aider bénévolement les hôpitaux, alors que des citoyens et des entreprises de textiles locales se mobilisent pour fabriquer des masques en tissu. On n’a pas d’argent pour équiper les hôpitaux mais on a le temps d’ouvrir une plate-forme pour gérer les bénévoles.
La fameux système de santé à la française ne tient plus que par le volontariat et la conscience citoyenne !

La réalité, pourtant, c’est qu’ils n’en peuvent plus. À la fatigue et à la peur, s’ajoute la colère. Ils demandent des masques et des tests de dépistage, on leur donne des mots gentils … on ne sauve pas des vies avec de la gentillesse, malheureusement.
J’ai une amie qui est malade, elle cumule tous les symptômes du virus. Elle a appelé les secours, évidemment, et ils lui ont répondu : « C’est possible que vous ayez le covid 19, de toute façon on peut pas vérifier on n’a pas de tests. même si vous avez beaucoup de fièvre ne nous rappelez pas, on est débordés et on donne la priorité aux personnes fragiles et âgées. Ne sortez surtout pas de chez vous, vous pourriez contaminer vos proches, restez enfermée. Rappelez nous si vous ne pouvez plus respirer, mais même dans ce cas on n’a pas de respirateurs artificiels ici, il faudra aller en ville et ils sont déjà débordées. »
Résultat, mon amie est seule chez elle avec sa fille de 4 ans. Elle tousse, elle a de la fièvre, elle a peur. Si on vient l’aider on s’expose au virus, idem si on prend son enfant en charge, la petite est sûrement porteuse saine. Et par dessus le marché … elle travaille ! Et oui car son patron estime que le télétravail peut se faire même quand on est malade, puisqu’on est chez soi. Foutu monde de brutes !!!

LES FAIBLESSES DE NOS DÉMOCRATIES

Alors … avec tout ça, que fait-on ? C’est la seule question qui devrait nous préoccuper aujourd’hui. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) conseille des campagnes de dépistage massif, c’est ce qui a été fait en Allemagne ou en Corée du sud avec des résultats probants. Alors pourquoi on ne le fait pas ? « Ça n’est pas la stratégie adoptée à ce jour , nous répond on poliment, les tests sont réservés aux personnes importantes » (tous les membres du gouvernement ont été testés) … Ah, ok... et quelle est la stratégie adoptée en fait ?

Et bien justement, je vous parlais plus haut du discours d’Emmanuel Macron et de ses étranges propos sur « les faiblesses de nos démocraties » et les conséquences qu’il faudra tirer de cette crise. Nous nous demandions si notre suppôt de la mondialisation avait viré communiste … alors je vais briser le suspens : non !
Pour preuve le projet de loi d’urgence sanitaire qui a été voté cette nuit. Au passage, je remarque, sans vouloir verser dans le complotisme, que les lois qui modifient de manière radicale notre démocratie ou nos libertés sont toujours votées en pleine nuit … étrange non ?

Parmi les potentielles mesures d’urgence sanitaire que nous attendions, on pourrait penser à un plan de relance des hôpitaux, à une revalorisation attractive du salaire des soignants, des créations de poste (ou au moins l’abandon des suppressions de postes prévues pour l’avenir), à la réquisition de certaines usines pour la fabrication de matériel d’urgence médical, au rétablissement de l’ISF ou d’un système de fiscalité solidaire, au durcissement du confinement (en passant peut-être par un rationnement), le lancement d’une campagne de dépistage, … Il y avait beaucoup d’options. Regardez bien celles que le gouvernement a choisies et vous comprendrez où sont, pour Emmanuel Macron, les faiblesses de nos démocraties :

Officiellement, ce texte vise à acter les décisions prises en urgence par le gouvernement, notamment le confinement de la population, à préciser la nature des amendes pour ceux qui violeraient les règles, et à statuer sur le report du second tour des élections municipales (prévu en juin). Mais vous allez voir que ça n’est pas tout.

Tout d’abord, cette loi instaure un « état d’urgence sanitaire », semblable à l’état d’urgence habituel mais qui s’inscrit dans un cadre assez flou car il s’applique en cas d’épidémie, ceci incluant la petite épidémie de gastro après les fêtes ou la grippe saisonnière. Rien dans le texte ne précise la nature de l’épidémie, ce qui est assez fâcheux car ce texte a pour vocation de restreindre les libertés individuelles. Il donne au premier ministre le pouvoir de « en tant que besoin », prendre des mesures « limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion, dans la seule finalité de mettre fin à la catastrophe sanitaire ». Cela inclut de nombreuses mesures possibles telles qu’interdire à certaines personnes de quitter leur domicile ou d’interdire les rassemblements ou réunions tels que les manifestations (par exemple).

La loi acte également la création d’un conseil scientifique que le gouvernement pourra consulter (sans obligation car l’amendement proposant un aval scientifique obligatoire a été rejeté). Pourquoi pas … moi ce qui m’inquiète, c’est la composition de ce conseil « scientifique » : Son président sera nommé par décret du président de la République. Le président de l’Assemblée nationale et celui du Sénat nommeront chacun une personnalité qualifiée, les autres le seront par décret gouvernemental. C’est donc le pouvoir en place qui sélectionnera les dits scientifiques.

Mais SURTOUT, cette loi s’attaque de manière frontale et agressive aux droits du travail ! Elle habilite le gouvernement à passer des lois dans ce domaine par ordonnance (sans passer par le vote démocratique) comme, entre autres :
"modifier les conditions d’acquisition de congés payés et permettre à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates de prise d’une partie des congés payés dans la limite de six jours ouvrables, des jours de réduction du temps de travail"
En gros, votre patron pourra désormais décider de vos dates de vacances ou de RTT, l’intérêt étant évidemment d’imposer aux salariés actuellement confinés et en chômage partiel de prendre ce temps sur leurs jours de congés.
Il est aussi question de revoir à la baisse le nombre de congés payés acquis par mois … voilà qui va sauver des vies !
La réforme permet également à l’employeur qui le désire de modifier la durée hebdomadaire du temps de travail ou de se passer du repos dominical obligatoire.
Et oui ! On ne l’avait pas vu venir mais, pour Emmanuel Macron et sa clique de sociopathes, le danger dans nos démocraties se sont les droits des travailleurs ! Et il est bien sûr évident que pour protéger la population mondiale d’un virus le chemin le plus court passe par la suppression des 35h et du dimanche chômé !!!
On nous dit que ces mesures ne concerneront que certains secteurs d’activité liés au maintient de l’économie en tant de crise et que, plus tard, quand la loi sera votée, on fera la liste des dits secteurs … Mouais !
Un membre du medef (syndicat patronal), se sentant encouragé par tant de bienveillance, va même jusqu’à dire :
"Si c’est nécessaire pour limiter les conséquences économiques de la crise sans précédent que nous traversons en ce moment, les Français pourraient renoncer à deux à trois semaines de vacances en juillet et août. En tout cas, cela ne me choquerait pas". On peut aussi venir faire le ménage chez ce charmant monsieur afin de sauver des vies !

J’en profite pour vous faire remarquer que le plan de sauvetage des entreprises présenté, en parallèle de cette loi, par Bruno Le Maire se monte à 45 milliards d’euros sur les deux prochains mois avec en prime une garantie de 300 milliards d’euros aux banques pour accorder des prêts aux entreprises. Par contre on n’a toujours pas d’argent pour soigner les citoyens en danger de mort imminent … Vous vous demandiez ce que valait la vie d’un homme ? Pas grand chose comparé aux profits d’une entreprise !

Mais le plus inquiétant dans cette loi « d’urgence sanitaire » (outre le fait qu’elle n’ait aucun rapport avec l’urgence ou la santé !) c’est le refus chronique du gouvernement d’inscrire une date limite à cette loi. Tous les amendements proposées par l’opposition en ce sens on été rejetés au prétexte … accrochez vous … que c’est une évidence ! Bien sûr qu’on remettra tout en place quand ça ira mieux … promis juré …inutile de l’inscrire dans la loi, ça coule de source !
Alors, ai-je envie de me demander, pourquoi entre l’avant projet présenté initialement et le projet voté cette nuit, le terme innocent de « provisoire » a-t-il été retiré de l’article qui remet en cause nos acquis sociaux ????
Pour finir ajoutons que grâce à cette réforme le gouvernement pourra imposer l’état d’urgence sanitaire par simple décret renouvelable au bout d’un mois.

Voilà pour notre situation ici, en France. Dans les premiers jours, nous avons dû affronter le choc et nous adapter aux modifications draconiennes de nos quotidiens, aujourd’hui nous commençons à ouvrir les yeux et à chercher à comprendre. Pourquoi ? Comment ? Qui ? Etc …
Demain, nous devrons mettre à profit ce moment suspendu pour nous demander comment construire le monde d’après. Nous subissons une onde de choc qui secoue le monde entier, mais ça n’est pas nécessairement une mauvaise chose (je parle de manière empirique évidemment, le bilan des victimes, à échelle humaine, est une catastrophe, on est d’accord).
Les failles du capitalisme mondial apparaissent au grand jour, avec tous les risques qu’elles entraînent. Ce sont des pays comme la Chine, le Venezuela ou Cuba qui viennent en aide à des pays comme l’Italie. Leur monde se fissure et laisse soudain passer une lumière, celle de l’espoir d’un nouveau système moins nocif, plus prévoyant, conscient des enjeux modernes.
Ce virus, malgré sa dangerosité, nous fait un cadeau inestimable : le temps. Le monde presque entier est à l’arrêt, nos certitudes sont mises à plat, c’est le moment ou jamais de réfléchir vraiment, de prendre le temps et le recul qui nous font défaut généralement.
Ici, même à distance de sécurité, nous nous regroupons virtuellement pour parler de l’avenir, de cette occasion qui nous est offerte de tester nos capacités d’autonomie et de résilience.

À ceux qui sont dans la même situation que nous, je souhaite bon courage. À ceux qui ont encore la possibilité de réagir, écoutez ce conseil : restez chez vous, contenez au maximum ce virus et laissez le temps à vos personnels soignants de gérer les malades en un flot raisonnable. Offrez vous le temps de la réflexion et profitons en pour débattre d’un avenir qui devient possible.

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