La CSN estime que le groupe de travail sur la tarification des services publics, propose rien de moins que l’application du principe de l’utilisateur payeur tous azimuts, sans égard aux valeurs de solidarité sociale des Québécoises et des Québécois. « On ne peut mettre sur le même pied, les péages sur les autoroutes et l’éducation », de déclarer Claudette Carbonneau, dans une réaction préliminaire au rapport.
Selon la présidente de la CSN, « le péage sur les routes pour minimiser les déplacements en voiture et développer le transport en commun peut constituer une avenue envisageable, mais la hausse tous azimuts des tarifs pour faire payer aux consommateurs le prix réel, c’est un choix qui doit être exercé en fonction de nos valeurs de solidarité sociale. »
L’électricité et l’eau potalbe, à quel prix ?
Le Québec s’est donné des outils de développement économique collectif. Hydro-Québec en est un symbole. Pour Claudette Carbonneau, « remettre en question le bloc patrimonial d’électricité des Québécois, pour prendre en compte le prix réel, c’est carrément gérer une société d’État comme n’importe quelle société privée. Le rapport Montmarquette n’y va pas avec le dos de la cuiller et recommande la tarification de l’eau, qui constitue un besoin essentiel, alors que c’est un problème d’infrastructures souterraines vieillissantes qui est la cause principale du gaspillage ! ».
La CSN note que le groupe Montmarquette préconise une formule complexe d’utilisateur payeur, avec des prix plus élevés aux heures de pointe, comme solution pour contrer le gaspillage plutôt que de mettre l’accent sur des mesures incitatives. Même raisonnement pour le prix du permis de conduire en fonction du kilométrage ; une mesure insensée pour les travailleuses et les travailleurs qui sont toujours sur la route.
Bien que le rapport propose des mesures de protection des plus démunis, la CSN demeure sceptique. « Quels seront ces seuils de protection ? Une fois dans l’engrenage, la hausse des tarifs ne s’arrête plus. Qui pourra nous assurer que la bonification des prestations d’aide sociale ou l’augmentation des crédits d’impôts, compensera réellement les moins nantis », se demande Claudette Carbonneau.
« Sur la question des frais de scolarité, ce n’est pas un dégel qui est privilégié, mais bien une débâcle pour rejoindre le niveau canadien. Nous croyons qu’il s’agit de mesures tout à fait contre-productive socialement. Alors que le développement repose de plus en plus sur une économie du savoir, cette débâcle des frais de scolarité ne peut que faire diminuer le taux de scolarisation, croit la leader syndicale. Dans une société où le vieillissement de la population pose un problème démographique et où le taux de natalité demeure faible, la hausse des tarifs des CPE constitue-t-elle la véritable solution ? »
La CSN note que depuis l’arrivée au pouvoir des Libéraux en 2003, la hausse des tarifs a été vertigineuse. La ministre des Finances a elle-même évoqué le chiffre de 3 milliards de dollars. La CSN a vertement critiqué ces hausses de tarifs rappelant son parti pris pour une fiscalité progressive qui permet à chacun de payer selon ses capacités. « Dans une perspective d’équité fiscale et sociale, on ne peut séparer l’examen de la tarification et la question de la fiscalité », affirme, pour sa part, le trésorier de la CSN, Pierre Patry.
M. Patry rappelle que le gouvernement s’est lui-même privé d’une marge de manœuvre de 2 milliards avec la TPS non récupérée et l’argent du déséquilibre fiscal investi dans les baisses d’impôt. Dans son dernier budget, le gouvernement libéral projette le maintien de l’équilibre budgétaire tout en limitant la hausse des dépenses de programmes autour de 3 % à partir de 2009-2010. « Le jupon dépasse. Après avoir choisi les baisses d’impôt, le gouvernement ne pourra prétexter des hausses de tarifs pour renflouer sa marge de manœuvre. Ça ne passera pas. »
La centrale syndicale apprécie la prudence de la ministre des Finances du Québec et indique que, si un projet de loi-cadre sur la tarification devait être présenté à l’Assemblée nationale, elle réclamera une vaste consultation publique, puisqu’il s’agit de choix de société fondamentaux.
La Confédération des syndicats nationaux compte plus de 300 000 travailleuses et travailleurs de tous les types de milieux de travail, tant dans le secteur privé que dans le secteur public.
Source : CSN - 10 avril 2008

