Rien ne va plus dans les salles de rédaction syndiquées des Hebdos Transcontinental du Québec. Depuis six mois, l’employeur laisse vacants une dizaine de postes, à la suite de départs ou congés de maladie. Vendredi dernier, 3 octobre 2008, la direction générale a poussé plus loin : neuf mises à pied, ainsi qu’une réduction d’heures pour d’autres postes parmi les journalistes, rédacteurs en chef et secrétaires de rédaction de l’entreprise. Au total, 17 des 60 postes existant dans les salles syndiquées du Groupe des journaux Québec-Ontario chez Transcontinental sont abolis.
Raison invoquée par Serge Lemieux, directeur du Groupe : « des difficultés dans l’atteinte de certains objectifs opérationnels et financiers ». Pourtant, ces « difficultés » n’ont pas empêché cette même direction d’embaucher huit cadres (appelés chefs de pupitre) dans les bureaux syndiqués des Hebdos Transcontinental, quatre jours avant de montrer la porte à des journalistes comptant jusqu’à 25 ans de service. Ces « difficultés » n’ont pas empêché l’employeur d’afficher des postes de journalistes pigistes pour ses plateformes Internet.
Tous l’auront deviné sans surprise : il y a une convention collective à renégocier depuis le début de septembre dernier.
Le défi Internet
La direction générale des Hebdos Transcontinental prétend qu’il y a un blocage syndical envers le virage Internet (web télé, nouvelles instantanées) de l’entreprise. On parle ici d’une entreprise incapable de fournir quelques portables à ses journalistes pour la couverture d’une soirée électorale. On parle d’une entreprise de presse qui a du mal à accorder des comptes de dépense associée à la couverture en direct d’événements majeurs touchant la communauté qu’elle dessert. Aux Hebdos Transcontinental, le fardeau d’une information de qualité repose trop souvent, sinon exclusivement, sur les épaules des journalistes.
De plus, Hebdos Transcontinental prétend faussement que ses journalistes syndiqués ont mis fin à la mise en ligne de leurs textes sur Internet. Or, depuis le 3 juin, l’entreprise interdit aux journalistes de procéder eux-mêmes à cette tâche de mise en ligne.
Les journalistes syndiqués des Hebdos Transcontinental sont prêts à relever le défi de l’Internet, moyennant l’ajout de ressources matérielles et financières de la part de l’employeur. Non pas au prix d’un surcroît de tâches dans les salles de rédaction. Notons qu’embauchés pour produire sur une base hebdomadaire à un salaire parmi les plus bas de la profession (magazine Trente, avril 2007), les journalistes syndiqués des Hebdos Transcontinental désirent améliorer leurs conditions, maintenant que leur travail s’effectue sur une base quotidienne. Une réorganisation du travail est urgente.
Représailles et intimidation
Depuis le 4 avril 2008, soit au lendemain d’une demande d’élargissement de l’accréditation actuelle du Syndicat des journalistes (qui regroupe ceux des journaux de Montréal, Laurentides et Lanaudière), les Hebdos Transcontinental se répandent en représailles contre leur personnel déjà syndiqué et les personnes visées par la nouvelle demande d’accréditation. Une chasse aux sorcières s’engage dans les salles des régions. Dans les bureaux syndiqués, des employés sont mis en vacances sans préavis. Les vacances de nombreux autres sont bousillées. Hebdos Transcontinental met fin à ses programmes d’employés pour ses journalistes syndiqués : prêt pour achat d’ordinateur, aide financière à la formation ou à la pratique d’activité physique.
Depuis six mois, Transcontinental dispute le haut du podium de l’antisyndicalisme aux Wal-Mart et McDonald de ce monde. Nous sommes devant une entreprise préférant que ses professionnels de l’information soient plus doués pour la courbette que pour l’enquête.
En 2008, les journalistes syndiqués des Hebdos Transcontinental ont remporté neuf Prix du Jury, dont cinq premières places, lors des Grands Prix des Hebdos (plus hautes distinctions dans le monde des médias hebdomadaires). Nos journalistes croient que le droit des populations locales et régionales à une information objective, honnête et complète est un gage important de santé sociale. Par ses agissements des derniers mois, la direction du Groupe des journaux Québec-Ontario chez Transcontinental met en péril ce principe capital dans toute démocratie.
Toutefois, les journalistes syndiqués des Hebdos Transcontinental n’ont pas écrit leur dernier mot.
Source : Syndicat des journalistes des Hebdos Transcontinental–CSN — 8 octobre 2008

