Édition du 24 mai 2022

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Climat : le rapport du Giec cible les énergies fossiles

Le Giec publie ce lundi le dernier volet de son sixième rapport sur le climat. Les experts de l’ONU soulignent que la « réduction substantielle » des combustibles fossiles et le recours aux énergies renouvelables font partie des moyens les plus efficaces pour limiter les dérèglements climatiques.

4 avril 2022 | tiré de mediapart.fr | Photo : Vue aérienne de briqueteries industrielles fonctionnant au charbon, à Dhaka, au Bangladesh, le 13 mars 2022. © Photo : Zakir Hossain Chowdhury / Anadolu Agency / Anadolu Agency via AFP
https://www.mediapart.fr/journal/international/040422/climat-le-rapport-du-giec-cible-les-energies-fossiles

C’est le plus long retard jamais enregistré pour la validation de travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) depuis sa création en 1988.

Le premier volet du sixième rapport d’évaluation par les expert·es de l’ONU, publié en août 2021, avait démontré l’amplification sans précédent du réchauffement planétaire, et le deuxième, édité en février, avait détaillé ses impacts de plus en plus irréversibles.

Pour cette ultime partie, publiée lundi 4 avril, 278 auteurs et autrices se sont attelées à explorer les solutions afin de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre. Cet opus, à la portée plus politique, a été l’objet de nombreuses tractations pour son approbation finale par les 195 pays membres du Giec.

Dans un contexte énergétique inédit à la suite du chamboulement géopolitique créé par la guerre en Ukraine, la finance climatique ou encore la sortie des énergies fossiles ont été des points de blocage pour, respectivement, l’Inde et l’Arabie saoudite.

Des solutions entre nos mains

Au-delà de ces négociations intenses, le Giec a voulu insister sur le fait que l’humanité possédait déjà entre ses mains les solutions pour réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans l’optique de maintenir le réchauffement global à 1,5 °C.

Malgré le fait que la fenêtre de temps pour agir est désormais minime – huit ans d’ici à 2030, soit un trou de souris au vu de la catastrophe climatique déjà en cours –, Hoesung Lee, le président du Giec, s’est montré optimiste : « Nous sommes à la croisée des chemins. Les décisions que nous prenons maintenant peuvent garantir un avenir vivable. Nous disposons des outils et du savoir-faire nécessaires pour limiter le réchauffement. »

L’étude du Giec démontre que, depuis 2010, les coûts de l’énergie solaire et des batteries ont diminué de 85 % et ceux de l’énergie éolienne de 55 %. Les scientifiques insistent sur le fait qu’un nombre croissant de politiques et de lois ont amélioré l’efficacité énergétique, réduit les taux de déforestation et accéléré le déploiement des énergies renouvelables. Au moins 18 pays à travers le globe sont parvenus à réduire leurs émissions pendant plus de 10 ans.

L’agriculture ou la sylviculture peuvent aussi permettre de réduire massivement les émissions et de stocker du carbone à grande échelle. D’après le Giec, la plantation d’arbres ou encore l’agroforesterie pour contrebalancer les gaz à effet de serre difficiles à éliminer seront inévitables si l’on veut atteindre à l’avenir la neutralité carbone.

Mais les chercheurs alertent que ces solutions dites « naturelles », si elles sont déployées à grande échelle et lorsque le régime foncier est précaire, peuvent avoir des impacts socioéconomiques et écologiques négatifs : «  Les peuples autochtones, les propriétaires de forêts privées, les agriculteurs et les communautés locales gèrent une part importante des forêts et des terres agricoles mondiales, et jouent un rôle central dans les options d’atténuation basées sur les terres. » Et d’ajouter : « Les terres ne peuvent pas compenser les retards de réductions d’émissions dans d’autres secteurs. »

Les énergies solaire et éolienne ont, pour l’horizon 2030, un potentiel de réduction des émissions nettes de CO2 environ 4 fois supérieur à l’énergie atomique.

À l’échelle urbaine, le Giec met en lumière que les stratégies permettant aux villes de réaliser d’importantes économies en matière de rejets de CO2 incluent l’amélioration et la rénovation du parc immobilier mais aussi la promotion de la marche, du vélo et des transports publics.

Enfin, les véhicules électriques alimentés par de « l’électricité à faibles émissions » offrent, selon les experts, le plus grand potentiel de décarbonisation pour les transports terrestres.

Une électricité propre qui n’est pas forcément synonyme de plus de centrales nucléaires puisque les travaux du Giec jugent que les énergies solaire et éolienne ont, pour l’horizon 2030, un potentiel de réduction des émissions nettes de CO2 environ 4 fois supérieur à l’énergie atomique.

Une « réduction substantielle » des fossiles

Toutefois, les rejets mondiaux de gaz à effet de serre continuent inexorablement de croître. En 2018, les émissions globales étaient environ 57 % plus élevées qu’en 1990. Pour le Giec, il est « presque inévitable » que la hausse de température moyenne mondiale passera au moins temporairement le seuil de 1,5 °C.

Par ailleurs, le rapport rappelle que l’Amérique du Nord et l’Europe sont historiquement responsables de près de 40 % des émissions de CO2 depuis 1850. Et que les personnes les plus aisées ont un impact plus important sur le climat. Pour rappel, 1 % des plus riches de planète sont responsables d’une augmentation de 15 % des émissions entre 1990 et 2015.

« Si nous voulons limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, c’est maintenant ou jamais, a résumé Jim Skea, coprésident du Giec. Sans réduction immédiate et profonde des émissions dans tous les secteurs, ce sera impossible. »

Pour freiner les dérèglements climatiques, les auteurs et autrices estiment que « des transitions majeures dans le secteur de l’énergie » sont indispensables, impliquant « une réduction substantielle » de l’utilisation des énergies fossiles, l’électrification généralisée, les économies d’énergie et l’utilisation de combustibles de substitution comme l’hydrogène.

« Le monde n’est toujours pas sur la bonne trajectoire. Seules des mesures immédiates et ambitieuses nous permettront de limiter les impacts du réchauffement, comme réduire de 75 % l’utilisation du charbon à l’échelle globale d’ici à 2030 », détaille Céline Guivarch, directrice de recherche au Cired (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement).

La fin de la partie est sifflée pour les énergies fossiles.
Kaisa Kosonen, Greenpeace

Les émissions de méthane, un gaz à effet de serre 84 fois plus puissant que le CO2 sur une période de vingt ans et rejeté tout particulièrement dans les opérations de production de gaz fossile, doivent pour leur part être réduites d’environ un tiers dans les huit ans à venir.

« Le dernier rapport du Giec confirme que l’élimination progressive rapide et équitable des combustibles fossiles doit être la pièce maîtresse de toute stratégie d’atténuation », analyse Nikki Reisch, du Center for international Environmental Law (CIEL).

« La fin de la partie est sifflée pour les énergies fossiles qui alimentent les guerres et le chaos climatique, lâche Kaisa Kosonen de Greenpeace. Il n’y a plus de place pour de nouvelles exploitations fossiles et les centrales au charbon et au gaz dont nous disposons déjà doivent être fermées rapidement. »

Flous autour du captage du carbone

Les scientifiques du Giec se sont également penché·es sur les très controversées technologies de capture et de stockage du carbone. Pour faire simple, elles consistent à piéger le CO2 directement à la sortie des « cheminées » des infrastructures fossiles puis à l’ensevelir sous terre.

En mai 2021, l’Agence internationale de l’énergie a jugé que, pour atteindre la neutralité carbone, les installations de capture de carbone devront, d’ici à 2030, croître de 4 000 %. C’est qu’à l’heure actuelle, à peine une trentaine d’unités industrielles de captage de CO2 sont opérationnelles à travers le monde.

Pis, une récente étude vient de montrer qu’une technologie de capture et de stockage du carbone développée par le pétrolier Shell émet plus de carbone qu’elle n’en capte.

Toutefois, pour le Giec, ces dispositifs de séquestration du CO2 incarnent « une option » pour diminuer les émissions du secteur industriel, « à condition que le stockage géologique soit disponible ». L’institution climatique de l’ONU note également que le déploiement de la capture et du stockage du carbone « dépendra des circonstances nationales et régionales, notamment des conditions favorables et de la disponibilité des technologies ».

Ce dernier volet du sixième rapport du Giec dévoile enfin que les flux financiers publics et privés destinés aux énergies fossiles sont toujours plus importants que ceux destinés à l’adaptation au changement climatique et à l’atténuation de ses effets.

« Cela dépend d’un signal clair de la part des gouvernements et de la communauté internationale, notamment un meilleur alignement des finances et des politiques du secteur public », exhorte le Giec.

À la suite de la COP 26, les nouveaux plans climat émis par les États nous mèneraient, s’ils étaient respectés, vers un réchauffement de2,4 °C d’ici à 2100, voire 2,7 °C. Et côté secteur privé, les banques françaises ont par exemple allouéplus de 350 milliards de dollars aux énergies fossiles entre 2016 et 2021, dont 130 milliards aux 100 entreprises développant le plus de nouveaux projets d’énergies fossiles.

« Un signal clair » qui est malheureusement loin d’être à l’agenda des gouvernements, guerre en Ukraine oblige.

L’administration Biden a demandé aux industriels pétro-gaziers américains d’augmenter leur production. Le Canada vient de déclarer qu’il pourrait augmenter ses exportations annuelles de pétrole et de gaz jusqu’à 300 000 barils par jour. La France a annoncé le 22 mars accroître considérablement ses volumes de gaz de schiste achetés aux États-Unis. Et l’Allemagne s’est pour sa part engagée à accélérer la construction de deux terminaux gaziers tandis que l’Italie a suggéré qu’elle pourrait rouvrir des centrales à charbon.

Pourtant, comme le clame Michael E. Mann, célèbre climatologue à l’université Penn State qui a inspiré le figure du scientifique dans la fiction climatique à succès de Netflix Don’t Look Up. Déni cosmique : « Alors que nous subissons déjà les effets dangereux du changement climatique, ce rapport montre que nous pouvons encore éviter les pires conséquences si nous accélérons rapidement la transition des combustibles fossiles vers des énergies propres. »

Mickaël Correia

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