Édition du 15 octobre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections fédérales 2019

#Déciderentrehommes #RacismeSystémique #Etdansnosmouvements ?

Premier débat des chefs de ces élections 2019 : le droit à l’avortement est “en débat” et les stérilisations forcées vécues par les femmes autochtones invisibilisées, les droits des femmes musulmanes sont “en débat” et Jagmeet Singh est agressé au marché Atwater …. Et tant d’enjeux cruciaux pour l’avenir n’ont pas – ou si mal – été abordés.

Une chose est certaine, quel que soit le résultat de ces élections, nous aurons besoin de mouvements sociaux forts pour défendre les droits de tous et toutes. Et des mouvements sociaux forts, ce sont des mouvements qui prennent à bras le corps la lutte pour la justice sociale, qui se battent contre l’ensemble des systèmes d’oppression, qui ne laissent personne derrière. Des mouvements qui mettent au centre de la table les voix des femmes les plus marginalisées. Dans les luttes qui s’en viennent, nos mouvements seront d’autant plus forts qu’ils seront à la hauteur de nos principes : inclusifs et démocratiques.

Justement, il y a quelques mois, Jan Simpson marquait l’histoire en devenant la première femme noire élue présidente d’un syndicat national au Canada, mettant ainsi en évidence que nos mouvements demeurent encore trop souvent masculins et/ou blancs. La semaine dernière, au moment de la mobilisation pour le climat, des militantes ont déploré la même chose, demandant que nos mouvements se transforment et fassent une place réelle aux femmes autochtones et racisées. Cet été, on apprenait que Pride Montreal avait licencié une travailleuse alors qu’elle déposait un rapport sur l’organisme, montrant qu’il devait en faire plus pour rétablir les liens avec les personnes LGBTQIA+ Noires. En mai dernier, un syndicat demandait au gouvernement d’aller plus loin dans l’exclusion des femmes musulmanes portant un voile, au lieu de défendre leurs droits. Rappelons-nous qu’après la grève étudiante de 2012, des militantes avaient dénoncé les agressions sexuelles dans le mouvement. Nos mouvement doivent faire mieux.

En fait, ces actualités ne sont que le sommet de l’iceberg : cela fait longtemps que l’on sait que nos mouvements de justice sociale, malgré toute leur bonne volonté, reproduisent des injustices en leur sein. Bien qu’elles aient fait l’objet de multiples recherches, “les logiques patriarcales du militantisme” sont toujours bien présentes : la division sexuelle du travail, l’invisibilisation constante du travail des femmes pour éduquer et prendre soin ; le plafond de verre ; l’absence de conciliation famille-travail-militantisme ; ou encore la sous-représentation. Il y a encore beaucoup à faire à cet égard. Mais ce n’est pas tout, car la plupart des femmes ne vivent pas que du sexisme. Les militantes vivant à la croisée d’oppressions dénoncent depuis longtemps les situations de discriminations systémiques qu’elles combattent dans les organismes, à l’intersection du patriarcat, du racisme, de l’hétérosexisme, de l’hétéronormativité, du capacitisme ou encore de la transphobie.

Encore trop peu nombreuses, de plus en plus de recherches illustrent les mécanismes par lesquels des milieux militants reproduisent oppressions et inégalités. Pensons à la recherche d’Emily Yee Claire et aux travaux d’Alexandra Pierre sur l’exclusion des femmes racisées dans le communautaire ou à celle de Jade Almeida et Marlihan Lopez sur les violences vécues par les femmes racisées en milieu féministe. Pour la semaine de l’accessibilité, le Réseau d’action des femmes handicapées du Canada donnait la parole à de nombreuses activistes montrant le capacitisme de nos organismes. Dans ses recherches sur le syndicalisme, Carole Yerochewski écrit : “(…) les inégalités entre femmes se sont accrues. Les femmes sans diplôme et les femmes racisées sont les grandes perdantes de la non-prise en compte du caractère intersectionnel des dominations.”

Précarité du travail, rémunération au rabais, tokenisation, absence de représentation, banalisation des agressions, discriminations systémiques, secondarisation et ignorance des luttes, non prise au sérieux des oppressions vécues et des agendas de luttes. Lorsque les militantes dénoncent ces problèmes, c’est elles qui sont vues comme étant le problème et qui sont amenées à quitter les organismes. Comme l’écrit la féministe Sarah Ahmed : “Celles qui insistent sur la réalité du racisme, du sexisme et de l’hétérosexisme sont accusées d’entêtement : elles refusent qu’on ferme les yeux sur ces réalités.” À la suite de toutes ces militantes, soyons entêtées, refusons de détourner le regard. Audre Lorde écrivait : “Je ne suis pas libre tant que n’importe quelle autre femme est privée de sa liberté” : il y a urgence d’agir pour transformer nos organismes pour que toutes soient réellement libres.

Mais par où commencer ? 85 % des membres associatives de la FFQ nous ont dit avoir de la difficulté à mettre en pratique un féminisme intersectionnel. Les organismes dans lesquels elles militent, des syndicats et des groupes communautaires, cherchent également des outils pour transformer leurs organismes. Pourquoi tant de militantes quittent nos organismes ou s’y épuisent ? Comment surmonter les multiples résistances à l’intersectionnalité ? Les lieux décisionnels sont-ils représentatifs ? Est-ce que nos “comités femmes” s’adressent réellement à toutes les femmes ? Comment aller au-delà de l’organisation des comités d’équité en silo ? Comment faire pour que nos organismes intègrent de façon transversale les luttes anti-oppressives plutôt que de s’en décharger sur le dos des militantes ? La FFQ elle-même n’est bien sûr pas à l’abri et des militantes nous demandent de revoir nos pratiques pour déconstruire les rapports de pouvoir. Prises dans la précipitation du quotidien, nous manquons d’espace et de temps pour réfléchir à nos pratiques et nos stratégies de luttes.

C’est pourquoi nous organisons un vaste Forum les 27 et 28 mars 2020 à Sherbrooke : deux journées de formations, d’ateliers et d’échanges pour transformer nos organismes. Des militantes partageront leurs analyses, ressources et stratégies lors de table-rondes et de formations en matinées. Les après-midis, nous ferons des ateliers et pour cela, nous faisons appel à vous ! En effet, nombre d’entre vous ont déjà commencé à changer leurs pratiques : le Forum est l’occasion de partager vos outils et stratégies. Si votre organisme souhaite animer un atelier, il suffit de remplir ce formulaire. Le Forum est gratuit et ouvert à toutes, que vous soyez membre de la FFQ ou non. Les contributions volontaires serviront à soutenir les frais de déplacement et d’hébergement des personnes et groupes en situation de précarité financière. Vous pouvez d’ores et déjà réserver votre place. Nous avons plus que jamais besoin de mouvements sociaux forts, inclusifs et combatifs.

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