Édition du 10 décembre 2019

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Santé

Des services de santé menacés dans les régions - Le SIISNEQ-CSQ dénonce la réforme Barrette devant le bureau de Serge Simard

SAGUENAY,QC, le 29 oct. 2014 - Accompagnées des présidentes de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot, et de la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ), Claire Montour, une trentaine de déléguées du Syndicat des intervenantes et intervenants de la santé du Nord-Est québécois (SIISNEQ-CSQ), dont la présidente Nathalie Savard, ont manifesté aujourd’hui devant le bureau du député de Dubuc, Serge Simard, pour dénoncer le projet de loi no10 en santé et services sociaux.

Cette action fait partie d’une campagne d’information et de mobilisation, lancée par la CSQ dans l’ensemble du Québec, autour du thème « C’est malade comme réforme ! » qui vise à contrer l’adoption du projet de loi. D’autres interventions sont prévues afin de sensibiliser les membres et la population aux risques et dangers que représente cette réforme.

Pour la présidente de la CSQ, Louise Chabot, cette réforme n’apporte rien de plus à la population puisqu’elle ne sert les intérêts que d’une seule personne, c’est-à-dire son auteur lui-même, Gaétan Barrette, qui deviendrait ainsi le ministre de la Santé « le plus puissant » dans l’histoire du Québec.

« Cette réforme n’améliorera en aucune façon l’accessibilité aux soins et services de santé pour la population, pas plus que la qualité de ceux-ci. Le gouvernement s’engage dans un grand chambardement des structures, non par souci des patients, mais seulement pour centraliser les décisions au bureau du ministre, sans égard aux conséquences que cela aura sur le réseau et dans les établissements », dénonce la présidente de la CSQ, Louise Chabot.

Une perte de pouvoir des régions

Elle précise que « cette centralisation des pouvoirs aux seules mains du ministre de la Santé est du jamais vu au Québec. C’est un acte antidémocratique qui méprise la participation citoyenne. Depuis quand le ministre peut-il décider des soins de santé de toutes les régions du Québec, les planifier, les coordonner et les superviser sans que les populations puissent faire valoir leurs besoins ? Cette ingérence politique est inacceptable. C’est comme s’il mettait les régions en tutelle. Il n’y a aucune prise en compte de la réalité des régions et de leurs besoins spécifiques ! »

150 millions de plus en période d’austérité

Pour sa part, la présidente de la FSQ-CSQ, Claire Montour, déplore que Philippe Couillard donne carte blanche à Gaétan Barrette pour se lancer dans une grande opération dont lui seul sortira gagnant et qui coûtera des dizaines de millions supplémentaires au Québec, pendant qu’il ne cesse d’en appeler à l’austérité budgétaire.

« Le ministre de la Santé a été obligé de reconnaître que sa réforme, plutôt que de faire économiser l’État, entraînera des coûts supplémentaires de 150 millions de dollars en 2015-2016 seulement. Et on est incapable de prévoir ce qu’il en sera pour les années suivantes. Malgré cela, le premier ministre ferme les yeux sur ces dépenses supplémentaires alors qu’il demande à la majorité des citoyennes et citoyens d’accepter de se serrer la ceinture et de recevoir moins de services. C’est inacceptable », martèle Claire Montour.

Risques sérieux de pertes de services en région

De son côté, la présidente du SIISNEQ-CSQ, Nathalie Savard, soutient qu’il y a fort à craindre que si le ministre Barrette va de l’avant avec sa réforme, il plongera le réseau dans un chaos sans précédent au grand dam de la population et du personnel, particulièrement en région.

« Pour les régions, une telle centralisation des pouvoirs de décision au bureau du ministre à Québec représente des dangers bien réels et des risques sérieux de pertes de services. Certains maires ont manifesté des inquiétudes et ils ont raison. Un système de santé ne peut pas être opéré comme une simple entreprise privée où les valeurs qui priment sont la performance et le profit. La dispensation des soins coûte plus cher dans un hôpital situé en milieu éloigné à cause des distances et également parce que la population est moins nombreuse », rappelle Nathalie Savard.

Des craintes réelles pour certains établissements

Celle-ci renchérit en expliquant que si les gestionnaires, à partir de Québec, n’accordent plus les budgets en vertu d’un historique de soins mais plutôt selon un mode de financement par activité, cela entraînera de la concurrence et une gestion de rendement.

« Une telle approche risque de mettre en péril des services dans certains établissements des régions. Il y a certainement des inquiétudes à avoir pour les blocs opératoires à Dolbeau et Jonquière au Saguenay-Lac-Saint-Jean, de même qu’à Havre-Saint-Pierre sur la Côte-Nord. Et que dire des services des urgences à La Baie, au Saguenay et à Port-Cartier sur la Côte-Nord ? Leur avenir est sombre dans un tel contexte, de même que celui des services de médecine active de certains établissements qui pourraient disparaître au profit d’une centralisation vers des établissements particuliers », craint Nathalie Savard.

Un avertissement clair pour Philippe Couillard

La leader syndicale prévient le premier ministre et député de Roberval, Philippe Couillard, que « jamais les populations des régions n’accepteront de sacrifier l’accessibilité et la gratuité au nom du rendement et de la concurrence. Si Philippe Couillard, qui aime se dire un enfant adoptif du Lac-Saint-Jean, a pu s’établir en toute sécurité ici, c’est parce que la population s’est battue par le passé pour avoir des services et des soins de santé complets, accessibles, gratuits et à proximité des populations qui habitent ces municipalités. Et nous ne laisserons pas son gouvernement nous enlever ou même diminuer ces services fondamentaux auxquels nous avons droit », assure Nathalie Savard.

La présidente du SIISNEQ-CSQ termine en précisant que son organisation est prête à s’asseoir avec les différents paliers du gouvernement pour trouver des solutions aux problèmes du réseau qui sont criants, tels que l’absentéisme, la pénurie de personnel, le temps supplémentaire, le temps supplémentaire obligatoire, l’accessibilité aux services de santé mais pas à s’engager dans un débat stérile autour des structures qui, selon elle, a déjà eu lieu en 2003 avec le gouvernement Charest.

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