Édition du 25 février 2020

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Syndicalisme

Économie et société - 2013 : la CSN s'attaque à la « récession sociale »

MONTRÉAL, le 8 janv. 2013 - « L’année 2012 aura malheureusement démontré à quel point les classes politiques et économiques peuvent rester de marbre devant les besoins sans cesse croissants des populations, d’affirmer Jacques Létourneau, président de la CSN. Nous avançons dangereusement vers une véritable "récession sociale" et il faut s’y attaquer avec autant de ferveur qu’on le fait avec une récession économique. Nous avons les moyens de progresser collectivement tout autant économiquement que socialement. »

Pour les représentantes et les représentants de la CSN, toutes ces politiques d’austérité, qui correspondent à l’itinéraire que cherchent à imposer les marchés financiers, les organisations patronales et les cercles de réflexion de droite, laissent un goût amer. « Ces derniers ne peuvent continuer seuls à tirer les ficelles en coulisse. Il y a des déficits budgétaires, soit. Mais il y a également un déficit social auquel se greffe un déficit démocratique, de dénoncer le président de la CSN. Cette droite s’affaire aussi à construire un discours pour affaiblir les organisations syndicales et, conséquemment, fragiliser les conditions de travail. Nous n’entendons pas la laisser faire. »

Le test de la réalité

Au Québec, le recours aux banques alimentaires a crû de 17 % entre 2011 et 2012. Au troisième trimestre de 2012, le taux de chômage était de 7,7 %, mais grimpait à 10,4 % si on y ajoutait les chômeurs découragés. Parmi les personnes en emploi en 2011, plus d’une sur trois (38,1 %) occupait un emploi soit à temps partiel, temporaire autonome ou rattaché à une agence de placement. Pour le seul secteur manufacturier québécois, on dénombre la perte de 160 000 emplois en une décennie. Entre 2008 et 2011, le taux de croissance annuelle moyen du salaire horaire médian, une fois l’inflation soustraite, n’a atteint que 0,6 % au Québec. Les prestations d’assurance-emploi et les conditions d’accès à celles-ci viennent à nouveau d’être réduites. Près de 40 % des travailleuses et des travailleurs n’ont aucun régime complémentaire de retraite. Pour finir, l’endettement des ménages canadiens a atteint un niveau record en 2012, avec un taux de 164,6 % des revenus disponibles. « Ces chiffrent en disent long. Il est temps de renverser la vapeur ! C’est inexplicable que dans une société développée il y ait autant de pauvreté, de précarité et d’insécurité », de dire Jacques Létourneau.

Du côté des dépenses, en plus d’alimenter le cynisme, la collusion et la corruption démontrées à la commission Charbonneau coûtent cher aux citoyennes et aux citoyens. On évoque une hausse de 30 % du prix des travaux. Du côté des revenus, le Vérificateur général du Québec révélait, en 2009, que 14 entreprises n’avaient versé aucun droit minier de 2002 à 2008, alors que leur production brute valait 4,2 milliards de dollars. Dans une récente étude effectuée par KPMG, sur la compétitivité fiscale des entreprises à l’échelle internationale, le Canada se classe au premier rang des pays développés et au deuxième rang, après l’Inde, pour les résultats d’ensemble, parmi les 14 principaux pays comparés. « Pendant ce temps-là, les gouvernements provincial et fédéral maintiennent le cap sur les compressions budgétaires qui, de surcroît, s’additionnent d’année en année. Des gouvernements qui font aussi du remboursement de la dette leur nouveau leitmotiv, et ce, au détriment des services à la population et en recourant de plus en plus à la tarification et à la marchandisation des services publics », de soutenir Jacques Létourneau.

Forcer une meilleure répartition de la richesse

« Derrière cette dure réalité, il y a du vrai monde. Du vrai monde qui peine même à survivre parfois. Le mouvement des indignés a d’ailleurs su démontrer à la face du monde cette montée des inégalités. Il faut continuer de s’en inquiéter et la combattre. Ainsi, à la CSN en 2013, nous privilégierons des axes de travail et d’action afin de répondre minimalement à trois objectifs : garantir des revenus décents pour tous, et ce, à toutes les étapes de la vie, assurer un développement économique durable et prévoir une fiscalité équitable et adéquate pour financer les services publics. Sur ce dernier thème, nous croyons qu’il est temps de relancer un débat de société. Chacun des derniers budgets nous a éloignés d’un système fiscal plus progressif », d’expliquer Jacques Létourneau.

En plus de soutenir ses syndicats en négociation, d’encourager la création d’emplois de qualité, de promouvoir la croissance des revenus pour les syndiqués comme pour les non-syndiqués, la centrale s’attaquera aussi à la question de notre système de retraite et à la promotion de la politique industrielle qu’elle vient d’adopter. Nous entendons participer activement aux consultations que le gouvernement mettra en avant, dont évidemment le Sommet sur l’enseignement supérieur. « Nous entreprendrons certainement une vaste campagne de sensibilisation sur ces enjeux de l’heure et sur la nécessité de barrer le chemin à ceux qui ne rêvent qu’à miner le rôle des syndicats dont, pourtant, la contribution historique au développement économique et social est reconnue. Comment croire que des législations comme C-377 ou celle dite de droit du travail (right-to-work) comme aux États-Unis seraient pensées pour protéger les droits du monde ordinaire ? » de demander Jacques Létourneau.

Pour la CSN, il est possible de conjuguer progrès social et progrès économique. Pour y parvenir, il faut oui créer de la richesse, ce que les travailleuses et les travailleurs font tous les jours, mais aussi la partager. « Cela veut dire, sur les lieux de travail, être capable d’offrir des conditions de travail et des emplois de qualité et, dans la gestion publique, avoir un État apte à soutenir l’économie et à mettre en place des mesures de solidarité afin que comme citoyens et comme travailleurs nous retrouvions des lendemains meilleurs », de conclure le président de la CSN.

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