Édition du 22 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Élaborer un plan solidaire pour une sortie de la pandémie

Face à la pandémie, l’élite au pouvoir, en Europe comme en Amérique du Nord, a fait le choix de maintenir le fonctionnement de l’économie le plus longtemps possible et a repoussé autant que faire se peut les mesures draconiennes. Aujourd’hui, il est plus que temps de refuser le rôle de simples porteurs ou porteuses possibles de virus à confiner et à contrôler. Il est temps de favoriser l’intervention de la majorité populaire sur la scène de leur destin pour faire face au fléau.

Les réponses des gouvernements marquées par l’improvisation

Les politiques néolibérales ont renforcé la vulnérabilité de nos sociétés face à la pandémie. Elles se sont concrétisées par la diminution des budgets, la diminution du nombre de salarié-e-s en santé publique, la réduction du nombre de lits dans les hôpitaux. La gestion à flux tendu [1] a conduit à l’insuffisance des inventaires en matériel nécessaire pour se protéger (les masques et habits de protection) et pour soigner les cas les plus graves (respirateurs) .

À l’imprévoyance s’est ajoutée une approche graduée et improvisée du confinement. Les travailleurs-euses de la construction se sont fait dire dans un premier temps de rentrer au travail avant que le gouvernement recule. Les producteurs agricoles se sont fait rassurer sur leur possibilité de mobiliser les travailleurs saisonniers d’Amérique centrale malgré la pandémie. Puis, on a enfin fait cesser les activités dans les secteurs dits non prioritaires alors que dans les secteurs essentiels, les employé-e-s ont dû organiser leur propre protection.

Les tests ont d’abord été réservés aux voyageurs de retour et aux personnes contactées par ces derniers. Puis, peu à peu, on a élargi les personnes touchées. Mais, on n’a pas fait de dépistage de masse et on n’en avait pas les moyens, car les moyens de les produire n’avaient pas été prévus. Et sans dépistage de masse, une sortie du confinement risque de déboucher sur un nouveau pic d’infections [2]

Les gouvernements Trudeau et Legault n’ont pas jusqu’ici défini un vaste plan général de réquisition des entreprises industrielles et pharmaceutiques pour produire les masques, les médicaments et les appareils respiratoires qui seront nécessaires. Ils se sont contentés d’appuyer les initiatives de certaines entreprises qu’on peut saluer, mais qui ne forment pas un plan général de résistance à l’épidémie.
En somme, quand on examine les stratégies mises de l’avant par les gouvernements en place, on ne peut compter sur eux pour nous sortir de ce bourbier. Il faut d’abord compter sur nos propres moyens.

Favoriser l’auto-organisation de la population autour de l’élaboration d’un plan d’action contre la pandémie

Pour favoriser la mobilisation solidaire de la population, il faut favoriser l’auto-organisation de la population en multipliant les occasions de rencontres virtuelles et en organisant l’entraide. Pour parvenir un tel plan de lutte à la pandémie qui compte sur la mobilisation et la solidarité du plus grand nombre, une opposition de gauche doit d’abord se mettre à l’écoute des personnes sur le terrain : soit les travailleuses et travailleurs de la santé, des infirmiers et infirmières et l’ensemble du personnel soignant dans les hôpitaux.

Il faut se mettre à l’écoute et faire connaître le plus largement possible ce qu’on à dire les travailleurs et les travailleuses des secteurs dits prioritaires : CHSLD, résidences des personnes âgées, mais également s’informer sur la situation de ceux et celles qui travaillent dans les secteurs de l’alimentation, de la sécurité, et de l’information. [3]. Il faut prendre en compte les analyses des organisations syndicales et professionnelles sur la situation actuelle.

Il faut enfin bâtir des liens avec les forces populaires qui sont confrontées à cette pandémie dans de nombreux pays du monde afin de bien connaître leur réalité et leurs stratégies de résistance pour rompre définitivement avec approche nationaliste qui crée l’illusion qu’on peut résister à une telle pandémie en se repliant sur ses frontières nationales ce que Legault a mis de l’avant en soutenant Trudeau et son entente avec Trump pour l’expulsion des réfugié-e-s. On ne doit pas écarter la nécessaire solidarité internationale, car il faut bien comprendre que les réponses individuelles des pays vont demeurer insuffisantes.

L’ensemble de ce travail de recueil des expertises vise à élaborer un plan de lutte à la pandémie qui se veut une proposition alternative pour faire face à l’improvisation dont font preuve les gouvernements Trudeau et Legault et qui conduit aux retards et cafouillages qui se révèlent chaque jour davantage.

Cette démarche doit également se donner comme tâche de recommander une sortie de crise qui cherche à penser dès maintenant ce que doit être le monde l’après-crise pour la majorité populaire alors que l’on voit clairement les autorités en place s’affairent à définir des lendemains où leurs intérêts d’oligarchie dominante seront bien protégés.

Québec solidaire peut élaborer un plan de sortie de crise

Québec solidaire pourrait être à l’initiative d’une commission d’enquête et de suivi sur la crise du Coronavirus. Cette commission d’enquête pourrait être pilotée par des député-e-s de Québec solidaire et mobiliser différentes instances du parti qui recevraient, sur le web, donc publiquement, des invité-e-s spécialistes et des travailleurs-euses de différents secteurs de l’économie. Cette commission pourrait recevoir des propositions sur les personnes à inviter et des écrits sur les questions soulevées afin d’amasser les matériaux et expertises nécessaires à l’élaboration d’un plan de lutte à la pandémie. Une fois par semaine, une émission web pourrait permettre de suivre l’évolution des travaux de la commission. À partir de ce travail d’enquête, la commission pourrait présenter un plan de sortie de crise. Un tel plan viserait à concrétiser les différents axes et être discuté dans le cadre du parti :

• prévoir des réinvestissements massifs dans le secteur de la santé, la réquisition des capacités productives et leur reconversion pour fournir tous les matériels de protection adaptés et les instruments de soins nécessaires ;
• fournir les revenus permettant une vie digne pour les personnes qui ont perdu leur emploi et des mesures pour protéger les plus précaires et développer une vigilance particulière par rapport aux plus démuni-e-s de la société ;
• prévoir l’élargissement des capacités d’accès à des médias sociaux permettant les échanges de groupe ;
• proposer des mesures pour refuser le développement de l’autoritarisme et le fonctionnement par décret qui nie le droit du travail ;
• veiller à ce que la sortie de crise économique ne soit pas le retour à une vie économique « normale » marquée par la privatisation, la spéculation, le développement d’inégalités criantes et à la destruction de la planète.
• Préciser le rôle international du Québec et d’autres pays plus avancés sur les contributions à faire pour contrer une pandémie qui frappe l’ensemble de la terre, et tout particulièrement les populations des pays du Sud qui n’ont pas les appareils sanitaires pour faire face à la dureté de cette crise sanitaire.

Ce sont là certains des axes d’un plan qui pourrait être le cadre politique d’une intervention autonome de Québec solidaire dans la situation de crise actuelle qui combine une crise sanitaire majeure, une crise économique d’ampleur et une crise écologique mettant en question l’avenir de la planète. Une réponse solidaire présenterait une alternative globale pour sortir d’une telle situation.


[1Wiktionnaire, Organisation de la production strictement en fonction de la demande, pour éviter les stocks inutiles. La notion de flux tendu s’est peu à peu imposée pour décrire l’ensemble des transformations organisationnelles affectant la production industrielle, mais aussi les services.

[2Gaël Giraud, dépister et fabriquer des masques, sinon le confinement n’aura servi à rien, https://www.pressegauche.org/Depister-et-fabriquer-des-masques-sinon-le-confinement-n-aura-servi-a-rien Presse-toi à gauche, 31 mars 2020

[3Voir gouvernement du Québec, Réduction au minimum des services et activités non prioritaires, https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/fermeture-endroits-publics-commerces-services-covid19/

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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