Une panacée
Il ne se passe pas une semaine sans que les merveilles que peut faire l’intelligence artificielle (IA) soient étalées au grand jour. De nombreux articles de journaux affirment à ce sujet qu’elle bouleverse quotidiennement la science, lui donnant un coup d’accélérateur. Elle touche au cœur du métier des scientifiques en physique, en chimie, en maths, en médecine et en biologie.
Ancien directeur à Sorbonne Université, Gérard Biau affirme que ce qui lui aurait pris quelques semaines d’exploration ne lui prend plus que quelques minutes, avec l’IA.
La professeure de la même université, Alessandra Carbone, dit que l’IA change tout. Alors que son équipe avait publié un réseau d’interactions entre 168 protéines après plusieurs années de travail, elle considère qu’aujourd’hui, on peut créer ce réseau en trois jours de calcul pour 20 000 protéines.
Toujours à cette université, le professeur Jean-Philip Piquemal affirme qu’en chimie, certains modèles de prévisions accélèrent les temps de calcul jusqu’à 10 000 fois.
En médecine, l’IA permet d’effectuer une priorisation des dossiers et un tri intelligent. Pour le président du Syndicat national des dermatologues vénéréologues (SNDV), le docteur Luc Sulimovic, elle s’impose comme un levier majeur, entre autres, pour le dépistage précoce des cancers cutanés.
Un danger
L’utilisation des IA montre qu’elles sont souvent moins performantes que leurs propriétaires le disent. Une étude mise en ligne par des chercheurs de Microsoft Research affirme que les grands modèles de langage (LLM) actuels introduisent des erreurs rares, mais graves qui se cumulent. Au fil de longs processus, cela peut mener jusqu’à une perte de la moitié des informations, transformant irrémédiablement les documents soumis.
Une récente étude a aussi montré que les réponses que les LLM donnent au public contiennent environ 10 % d’erreurs factuelles dans les meilleurs cas, cela pouvant se rendre jusqu’à plus de 40 %. Certaines sont programmées de telle sorte que les humains s’y attachent et tombent en amour avec, des utilisateurs les prenant même pour des êtres conscients ou des dieux.
Une chercheuse en neurosciences et psychiatrie de l’université de Göteborg en Suède, Almira Osmanovic Thunström a piégé les IA conversationnelles en mars 2024 en inventant une maladie fictive, soit la bixonimanie qu’elles ont considérée comme réelle et intégrée à leurs réponses. Ce test avait intentionnellement utilisé de fausses informations faciles à repérer pour un humain.
Un journaliste pour le New York Times, Max Read dénonce pour sa part dans le documentaire de Arte fait par Mario Sixtus en 2025, IA la mort de l’Internet, repris par DW en 2026, les images, vidéo, musiques, publicités, robots générés par l’IA, soit le Slop. Il prolifère des mensonges ou fausses rumeurs sur des célébrités et est souvent lié à des campagnes de désinformation russes ou de groupes d’extrême droite.
L’encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV, rendu publique le 25 mai, demande une régulation mondiale de l’IA, vue comme très dangereuse. Selon le pape, elle ne peut être considérée neutre moralement et doit être désarmée pour l’empêcher de dominer l’humain. Un code éthique commun sur l’IA devrait donc être mis en place. Il faudrait aussi apprendre à en maîtriser les risques.
Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a affirmé que cette encyclique est un appel à la dignité et à la justice et que nous devons être guidés par notre humanité commune.
La perte d’emplois qui entraîne le déploiement de certaines IA est aussi fortement dénoncée de par le monde, une situation allant grandissante actuellement.
Une bulle IA ?
Les promesses technologiques de l’IA ont créé une envolée boursière sans précédent. Les valorisations liées à l’Intelligence artificielle ont bondi en quelques trimestres de plusieurs centaines de milliards de dollars. Un des responsables des investissements chez Bridgewater Associates, Ray Dalio, a déclaré en début 2025 que les niveaux actuels d’investissement dans l’IA ressemblaient à la bulle Internet. Sam Altman, PDG d’OpenAI et créateur de ChatGPT, a aussi déclaré en 2025 qu’il pensait qu’une bulle de l’IA était en cours.
Les Gafam se sont très fortement endettés à cause de l’IA. En 2026, Microsoft, Meta, Amazon et Alphabet doivent y consacrer 750 milliards de dollars. Certains investissements sont circulaires. Amazon a investi fin mars 50 milliards de dollars dans la souscription de 122 milliards de dollars d’OpenAI, qui ne prévoit pas réaliser de bénéfices avant 2030, mais s’est engagé à dépenser au cours des huit prochaines années 100 milliards de dollars dans les services d’Amazon.
Ryan Cummings, un économiste qui a travaillé comme conseiller à la Maison-Blanche, au MIT et qui est le chef du personnel à l’institut Sanford pour la création de politiques économiques, considère qu’il y a une bulle de l’IA et qu’elle va crever. Il donne deux raisons, soit le haut niveau d’espérance de profits rapides des investisseurs et le fait que l’évaluation des entreprises d’IA est beaucoup trop élevée. Plusieurs gestionnaires espèrent que l’IA fera augmenter leurs revenus de 17 fois en cinq ans, une chose jamais vue.
En marge du Forum économique mondial de Davos, le dirigeant de Microsoft, Satya Nadella, a publiquement exprimé ses inquiétudes le 20 janvier face à une bulle spéculative que pourrait créer l’IA si elle ne produit pas rapidement des effets économiques tangibles.
Un rapport du Massachusetts Institute of Technology (MIT) affirmait à ce sujet en août 2025 que malgré des investissements de 30 à 40 milliards de dollars des entreprises dans l’IA générative, il y aurait 95 % des organisations qui n’auraient obtenu aucun retour sur leurs investissements. Un autre rapport de McKinsey commente à ce sujet que près de 80 % des entreprises qui ont utilisé l’IA générative n’ont vu aucun impact sur leurs revenus.
Michel Gourd
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