Édition du 10 décembre 2019

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L’Agence de protection de l’environnement américaine modifie la règlementation sur le mercure et ainsi, touche à la santé publique

Entrevue de William Brangham et Juliet Eilperin.

William Brangham, PBS NH : L’administration Trump s’apprête à modifier partiellement une autre règlementation environnementale introduite par celle de B. Obama. Cette fois se sont les émissions de mercure produites par les centrales au charbon qui sont visées.

PBS News Hour, 28 décembre 2018
Traduction et organisation du texte, Alexandra Cyr

L’Agence de protection de l’environnement (EPA) à annoncé aujourd’hui une proposition qui affirme que les règlementations en vigueur coûtent beaucoup trop cher en comparaison des bénéfices qu’elles apporteraient à la santé (de la population). Le mercure peut causer des anomalies à la naissance, des dommages au cerveau et des difficultés d’apprentissage chez les enfants.

Durant les mandats du Président Obama, l’EPA a imposé aux centrales électriques des diminutions de leurs émissions de mercure et d’autres polluants. Elle a justifié ces changements en disant qu’ils préviendraient des milliers de morts et économiseraiten des dizaines de milliards de dollars. Mais l’administration Trump ne fait pas ce calcul. Elle déclare donc que les centrales n’auront plus à respecter ces règles à l’avenir.

Juliet Eilperin du Washington Post à suivi l’EPA depuis le début de la Présidence Trump. Elle nous revient (aujourd’hui).

(…)

Donc, revenons un peu en arrière. En 2011, l’administration Obama et l’EPA de l’époque ont décrété ces règlements. Ils étaient considérés comme une véritable signature environnementale de cette administration. Qu’elles ont été leur portée à ce moment-là ?

Juliet Eilperin : Ces règles ordonnaient aux compagnies propriétaires de centrales électriques de réduire de 90% leurs émissions de mercure dans leurs rejets atmosphériques sur 5 ans.

Donc, cela à été appliqué. Il y a eu une série de poursuites judiciaires pour savoir comment l’Agence était arrivée à ce calcul. Mais ce qui a vraiment été déclenché par l’administration Obama, c’est un déclin des émissions de mercure par les centrales électriques partout dans le pays. Nous lui en sommes redevables.

W. B. : Donc, ces règles qui visaient à réduire les émissions de mercure ont été efficaces.

J.E. : C’est un succès. En 2016, l’industrie était en complète observance des règles adoptées en 2011.

W.B. : Rappelez-nous pourquoi il est important de se préoccuper du mercure dans l’air.

J.E. : C’est un puissant neurotoxique. Il y a aussi d’autres polluants dangereux émis en même temps que le mercure. Et (…) au fil du temps il peut s’accumuler, par exemple dans les poissons que nous mangeons, et ultimement faire courir de grands risques aux fœtus, aux petits enfants pendant que leur cerveau se développe. Évidemment, le monde médical en est très inquiet.

W.B. : Vous avez mentionné qu’il y a eut des poursuites judiciaires à l’époque. Elles venaient de l’industrie qui ne voulait pas se soumettre n’est-ce-pas ?

J.E. : L’industrie mais aussi certains États qui se sont allié à elle pour contester (ces règles). Un des enjeux majeurs qu’ils ont fait valoir concernait les calculs originaux de l’EPA au temps du Président Obama. Ils soutenaient qu’il leur en coûterait 9.6 milliards de dollars par année pour installer et opérer les appareils de contrôle de la pollution et qu’en réalité la mesure ne permettrait d’épargner que 6 millions de dollars par année en amélioration de la santé publique.

W.B. : 9 milliards pour 6 millions ?

J.E. : 6 millions. Mais si vous prenez en compte qu’en nettoyant ces centrales il y a aussi une réduction de la suie, du dioxyde d’azote, des polluants liés aux maladies du cœur et des poumons, vous avez là des bénéfices pour la santé de l’ordre de 37 à 90milliards de dollars par année. Les retombées positives excèdent de loin les coûts.

W.B. : Je comprends. Donc c’était le calcul coûts-bénéfices justifiant (les décisions) de l’administration Obama. L’EPA de l’époque Trump arrive et dit que ce sont des calculs erronés. Est-ce que je dois comprendre que c’est ce qui les préoccupe ?

J.E. : Absolument. Par exemple, l’actuel administrateur par intérim de l’EPA, M. Andrew Wheeler les a qualifiés de mathématiques folichonnes. Il a déclaré qu’ils n’étaient qu’en train de tenter de changer la manière de compter les choses. Pour ce qui est du nettoyage de ces autres polluants, ces particules fines qui causent des maladies cardiaques et pulmonaires, ce n’est qu’un effet secondaire annexe qui n’est pas directement lié au mercure. Donc nous devrions l’exclure d’emblée (des calculs).

Comme vous pouvez le voir, cela change lourdement la mathématique.

W.B. : Ils ne vont pas jusqu’à dire que ces bénéfices associés n’en sont pas n’est-ce-pas ?

J.E. : Non ils ne disent pas cela. Ils affirment que ces réductions d’émissions existent, qu’il faut probablement tenter de diminuer ces particules fines et les autres pollutions, mais en dehors des règles (appliquées en ce moment). Ils assurent qu’en ce qui regarde les règles actuelles, ces pollutions annexes ne seront pas prises en compte dans l’équation.

W.B. : Donc, l’industrie doit se réjouir de ce virage ?

J.E. : C’est une question intéressante. L’industrie est très claire : elle veut que les normes établies par l’administration Obama soient maintenues. Elle a déjà dépensé ce qu’il fallait pour nettoyer ses installations. Elle considérerait qu’il s’agit d’une perte de compétitivité si tout –à-coup, il y avait un renversement et qu’elle doive démanteler son appareillage de contrôle des pollutions.

C’est stupéfiant. Nous avons discuté avec la plus importante association commerciale (du secteur). Essentiellement, elle dit comprendre que l’EPA puisse réviser les règles mais que le plus important est que celles qui sont en place maintenant, le demeurent. Donc, il s’agit surtout pour les responsables de l’administration Trump de modifier les calculs.

W.B. : Que c’est intéressant. Comme nous en avons discuté à maintes reprises avec vous dans le passé, il est clair qu’il s’agit d’abord et avant tout de défaire tout ce que l’administration Obama a fait en matière d’environnement. Quand vous revoyez ce que l’EPA de l’administration Trump a fait depuis 2 ans, qu’est-ce qui marque cette volonté d’abolition ?

J.E. : Il y en a beaucoup. Mais je dirais, qu’en terme d’importance de ces revirements que nous avons vu l’EPA opérer depuis que D. Trump est Président, le pire est le retrait de la loi sur les centrales électriques propres. Essentiellement, ….

W.B. : C’était une sorte de plan omnibus du Président Obama.

J.E. : C’était la signature du Président Obama dans ses efforts pour agir sur les changements climatiques, réduire les gaz à effet de serre produits par les centrales électriques. Par la suite, l’EPA à publié sa propre version de proposition qui est beaucoup moins rigoureuse. Mais il y a aussi le gel des standards d’émissions des gaz à effets de serre pour les voitures et les camions (qu’avait décidé l’administration Obama). Ça aussi, c’était une autre intervention pour la protection du climat significative de cette administration.

Et voilà qu’il y a quelques semaines, le retrait de la protection sur certains cours d’eau à été déclaré. C’est une règle un peu bancale mais très importante. Elle défini quelles eaux sont protégées de la pollution et les terres qu’on ne peut assécher aux États-Unis. C’est un autre retrait aux effets considérables que cette EPA à exécuté.

W.B. : Dernièrement, l’ancien responsable de l’EPA, Scott Pruit, a quitté son poste. Andrew Wheeler est là en intérim. (Il a été confirmé à ce poste depuis. N.d.t.). On ne doit pas s’attendre à beaucoup de changements de politique au sommet ?

J.E. : Je dirais que nous allons voir cette nouvelle direction mettre de côté quelques-unes des initiatives les plus controversées de Scott Pruit. Par exemple, est-ce que les changements climatiques sont le fait des activités humaines ou non à discuter en débat public. Ou encore, la proposition particulièrement controversée qui devrait diminuer les contrôles de la pollution émise par les camions fonctionnant au diesel.

Donc, quelques particularités extérieures au programme immédiat. Ce que nous devrions voir de la part d’A. Wheeler, et ce à quoi nous devrions nous attendre, c’est qu’il va poursuivre les initiatives de « dérégulation » qui sont en quelque sorte la marque emblématique de l’ère Trump.

W.B. : Comme toujours, Juliet Eilperin, merci beaucoup.

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