4 juin 2025 | tiré de Révolution permanente | Crédits photo : Flickr The White House
https://www.revolutionpermanente.fr/Taxes-de-50-sur-l-acier-et-l-aluminium-escalade-dans-la-guerre-commerciale-ou-nouveau-bluff
Ce mercredi 4 juin, Trump a de nouveau eu recours à l’un de ses leviers politiques préférés : les droits de douane. En augmentant de 25 % à 50 % les taxes sur l’acier et l’aluminium, Trump poursuit sa lancée protectionniste. Mais, depuis son investiture, le monde a assisté à un tel nombre de revirements dans sa politique commerciale que cette nouvelle annonce ne semble plus émouvoir grand monde : s’agit-il d’un simple nouveau coup de bluff, que Trump se hâtera de suspendre dans les prochains jours, ou avons-nous là affaire à une augmentation durable des droits de douane ?
La guerre commerciale ne s’est jamais interrompue
Le 2 avril, à l’occasion du « Liberation Day », Trump avait déclenché une panique mondiale en annonçant une offensive commerciale tous azimuts, avec des taxes ciblant l’ensemble des produits importés depuis l’ensemble des partenaires commerciaux des États-Unis. Cette offensive s’était suivie d’une escalade avec la Chine atteignant jusqu’à 145 % de droits de douane. Mais, face à la pression des marchés et des risques réels de récession et d’inflation, le président américain s’était vu contraint d’interrompre sa folle course, en accordant d’abord le 9 avril une pause de 90 joursà l’ensemble des pays, exceptée la Chine, et en parvenant par la suite à un accord décrétant une pause similaire avec la Chine le 14 mai.
L’annonce de ce mercredi concernant les importations d’acier et d’aluminium vient nous rappeler que ces pauses n’ont jamais interrompu la politique douanière de Trump et constituent davantage des trêves fragiles que la fin de son offensive. En effet, les taxes sur l’acier et l’aluminium n’ont pas cessé d’être en vigueur, Trump avait lancé des attaques sur ces deux importations dès février, portant le niveau des droits de douane à 25 % début mars.
Mais cette nouvelle hausse est aussi un rappel de la fragilité de la trêve de 90 jours, accordée par les États-Unis aux pays du monde entier dans l’idée de leur accorder la possibilité de signer des accords bilatéraux. Ne restent plus que cinq semaines à la fin de ce moratoire, et seul un pays est parvenu à conclure à ce jour un accord surtout symbolique avec l’administration Trump : le Royaume Uni. L’accord annoncé par Trump et Starmer le 8 mai dernier a certes permis au Royaume Uni d’être le seul pays à échapper aux nouvelles taxes de 50 % sur l’acier et l’aluminium. Mais ce deal reste très fragile, car il s’agit d’un arrangement informel ne disposant aucun cadre juridique déterminé : il ne met aucunement le gouvernement de Starmer à l’abri d’un revirement inopiné de Trump. Ce risque est d’autant plus grand que le décret instituant les nouvelles taxes précise que Trump se réserve le droit de les appliquer au Royaume Uni s’il estime que Starmer ne remplit pas entièrement ses engagements pris dans l’accord du 8 mai.
Ces nouveaux tarifs interviennent par ailleurs en pleines négociations entre les États-Unis et Union européenne. Ce mercredi a eu lieu une rencontre entre Maroš Šefčovič, commissaire européen au commerce, et Jamieson Greer, représentant étasunien pour le commerce extérieur. Si les deux hommes ont décrit leur rencontre comme ayant été « constructive », la hausse de taxes annoncée aujourd’hui par Trump ne va pas faciliter les négociations. Venant frapper un secteur métallurgique en crise dans le monde entier, et en Europe tout particulièrement, ces nouvelles taxes pourraient bien devenir un nouvel atout de Trump dans les négociations. Mais il serait illusoire de réduire la politique commerciale de Trump à des coups de bluff destinés à renforcer sa capacité à obtenir des accords favorables aux États-Unis. Le projet du président étasunien reste un projet protectionniste qui vise à renforcer la production industrielle américaine. En tant que « barrière » de protection pour la sidérurgie étasunienne, telles que les a nommées Trump lui-même, ces nouvelles taxes douanières pourraient bien se pérenniser.
Une menace sérieuse pour le secteur métallurgique, en crise dans le monde entier
Les droits de douane sur l’acier et l’aluminium interviennent dans une période de crise profonde pour ces secteurs, dans un contexte de surcapacité industrielle mondiale. Pour prendre l’exemple de l’acier, cette crise est le fruit d’une explosion de la production mondiale, celle-ci étant passée de 1148 millions de tonnes en 2005 à 1892 en 2023. Un accroissement stimulé par la Chine, qui est devenu de très loin le premier producteur mondial d’acier, avec 1019 millions de tonnes produites en 2023. L’inondation du marché par un acier souvent plus abordable que l’acier produit dans les pays occidentaux a fortement mis à mal cette industrie. Le tout dans un contexte de très faible croissance de l’économie mondiale, exerçant une pression à la baisse sur la demande. Si Trump compte protéger l’industrie étasunienne grâce à ces droits de douane, cette stratégie va avoir des conséquences catastrophiques sur ses partenaires commerciaux, mais elle va également affecter par ricochet l’économie étasunienne.
Les premières victimes seront les premiers exportateurs d’acier et d’aluminium vers les États-Unis, au premier chef d’entre eux le Canada. Alors que les importations canadiennes représentent 23 % de l’acier et 40 % de l’aluminium importés aux États-Unis, les industriels canadiens ont tiré le signal d’alarme ce mercredi. Si des droits de douane de 25 % mettaient déjà à mal les exportations vers les États-Unis, le passage à 50 % les rend quasi impossibles. Alors que le premier ministre canadien Mike Carney avait promis une politique intransigeante face aux provocations de Trump, cette nouvelle attaque le met face à un défi bien difficile à résoudre.
Ces droits affecteront également les autres grands exportateurs vers les États-Unis à l’instar du Mexique et le Brésil, mais également l’UE. Si les pays européens ne sont pas les plus grands exportateurs vers les États-Unis, ces nouvelles barrières font planer la menace d’une inondation du marché européen par l’acier et l’aluminium qui ne pourront plus entrer sur le marché américain. Or, le secteur sidérurgique est en net recul depuis une décennie en Europe : la production a baissé de 20 % de 2014 à 2023, avec une baisse de 8 % des emplois directs sur la même période. Mis profondément à mal par la hausse des prix de l’énergie provoqués par la guerre en Ukraine, la stagnation économique et la crise de secteurs qui sont des grands consommateurs d’acier comme le secteur automobile ont aggravé sa rentabilité économique.
Le 19 mars dernier, en réaction aux droits de douane de 25 %, la Commission européenne avait déjà volé au secours de cette industrie avec des mesures de sauvegarde, telles que des quotas d’importation, mais aussi d’autres instruments de défense commerciale. Il semble probable que la nouvelle hausse pousse la Commission à intensifier ces mesures. Mais ces taxes spécifiques à l’acier et l’aluminium pourraient également faire l’objet d’un accord diplomatique entre UE et États-Unis. La pression exercée par Trump sur l’Europe est multiple : aux droits de douanes s’ajoutent les velléités de se désengager militairement d’Ukraine, pouvant aller jusqu’aux menaces de se désengager de l’OTAN. Sa stratégie transactionnelle le conduit à multiplier ces points de pression afin de faire plier ses partenaires, sans distinguer les questions commerciales, militaires ou sécuritaires. Les nouvelles taxes sur l’acier et l’aluminium pourraient alors jouer un rôle stratégique dans le cadre de ces négociations, dont l’issue est toutefois toujours très incertaine.
La stratégie de la classe ouvrière face à la guerre commerciale
Quelle que soit l’issue de cette guerre commerciale, et la pérennité ou non de ces mesures tarifaires, les victimes de cette politique agressive et erratique seront toujours les travailleurs. Malgré les prétentions de Trump de défendre le secteur industriel étasunien, ces mesures vont directement affecter les travailleurs américains. Ces taxes vont en effet produire de fortes tensions inflationnistes, et vont mettre à mal l’ensemble des secteurs manufacturiers dont la production reposait sur l’importation d’acier et d’aluminium. Ainsi, alors que l’économie mondiale est dans une longue phase de stagnation depuis la crise des subprimes, ces taxes vont accroître les risques de récession, qui vont en premier lieu toucher les travailleurs, en attaquant leur pouvoir d’achat et leurs emplois.
Si cela vaut pour les États-Unis, c’est a fortiori le cas pour le monde entier. La crise touchant le secteur sidérurgique permet aux patrons de multiplier les plans sociaux et licenciements, allant jusqu’aux fermetures d’usines. Arcelor Mittal, deuxième producteur mondial d’acier, a annoncé le 23 avril la suppression de 636 emplois sur sept sites dans le Nord. Cette annonce intervient dans le contexte d’une large vague de licenciements, et alors que le géant avait déjà confirmé la fermeture des sites de Reims et de Denain en février. Le groupe justifie ces suppressions par les difficultés économiques et la concurrence chinoise. Des justifications hypocrites, alors qu’il est lui-même un des acteurs de la production et de l’importation d’acier chinois en France.
Face à ces attaques, qui vont s’aggraver avec l’escalade commerciale de Trump, les bureaucraties syndicales, à l’instar de Sophie Binet, nous proposent de riposter aux côtés du gouvernement Macron avec des mesures protectionnistes de rétorsion. Cette réponse chauvine, en plus d’alimenter un discours nationaliste, ne fera qu’aggraver la situation de la classe travailleuse en accentuant les tendances à la récession et à l’inflation produites par la guerre commerciale. Face aux nouvelles attaques de Trump et aux attaques patronales qui vont suivre, une seule réponse est possible. Une réponse par en bas, des travailleurs auto-organisés qui par leurs méthodes de lutte exigent le maintien de leurs emplois, en brandissant notamment une revendication essentielle du mouvement ouvrier : la nationalisation sans indemnités des usines.
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