Tiré de Agence Média Palestine
26 mai 2026
Par l’unité d’investigation d’Al Jazeera
Après chaque accord de cessez-le-feu, une carte a vu le jour, et après chaque carte, des questions se posent sur le terrain : où se trouvent réellement les forces ? Les repères sur le terrain, les opérations de démolition et les positions militaires correspondent-ils à ce qui est déclaré sur le papier ?
L’équipe d’enquêtes numériques de l’unité Open Source d’Al Jazeera a suivi trois zones où se sont dessinées de nouvelles frontières marquant la présence militaire israélienne : la bande de Gaza, le sud du Liban et le sud de la Syrie.
À Gaza, nous nous sommes intéressés à la « ligne jaune », qui figurait sur les cartes de l’accord de cessez-le-feu comme limite du contrôle israélien au sein de la bande de Gaza, délimitée par des repères en béton jaune sur le terrain.
Dans le sud du Liban, l’enquête a porté sur la zone militaire déclarée par Israël à la suite d’un accord de cessez-le-feu avec ce pays, avant d’examiner ce que les images satellites révèlent de la situation réelle dans les villages et les villes touchés.
Quant au sud de la Syrie, où il n’existe aucune carte officielle israélienne similaire, nous avons examiné les avant-postes militaires fixes au-delà de la « ligne Alpha » qui sépare le plateau du Golan occupé du reste de la Syrie.
Chaque zone fournissant un type de preuve différent, l’enquête a combiné des cartes officielles publiées par l’armée israélienne, des images satellites capturées après les accords de cessez-le-feu, des calculs spatiaux utilisant un système d’information géographique (SIG) et des données issues du projet ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project).
Gaza : quand la « ligne jaune » ne suffit pas à délimiter la réalité
À Gaza, l’histoire commence par une ligne tracée par l’armée israélienne sur ses cartes à la suite de l’accord de « cessez-le-feu » signé le 10 octobre 2025. Connue sous le nom de « ligne jaune », elle a été présentée comme la frontière séparant les zones de contrôle militaire israéliennes à l’intérieur de Gaza, couvrant une superficie estimée à environ 200 km² (77 miles carrés), selon les cartes israéliennes.
Cependant, lorsque l’équipe d’Al Jazeera a cherché à vérifier la réalité sur le terrain, un écart est apparu entre ce qui était indiqué sur les cartes et ce que révélaient les images et les données de terrain.
L’enquête s’est appuyée sur des images satellites et la géolocalisation des blocs de béton jaunes placés par l’armée israélienne jusqu’au début du mois de février 2026.
L’analyse a montré que ces repères ne respectaient pas toujours la limite de la ligne militaire officielle publiée sur les cartes israéliennes ; au contraire, ils la dépassaient dans plusieurs zones, parfois de plusieurs centaines de mètres.
L’importance de ces blocs réside non seulement dans leur emplacement, mais aussi dans leur déplacement. Le 20 novembre, le Bureau des médias du gouvernement à Gaza a annoncé que les forces israéliennes avaient avancé dans les zones orientales de la ville de Gaza et déplacé les repères jaunes vers l’ouest, étendant ainsi leur zone de contrôle d’environ 300 mètres (984 pieds), ce qui coïncidait avec le déplacement de familles palestiniennes des quartiers de Shujayea et Tuffah.
Ce déplacement n’était pas un détail marginal sur une carte encombrée de lignes. Selon les cartes de l’accord d’octobre 2025, la « ligne jaune » couvrait environ 53 % de la superficie totale de Gaza.
Cependant, ce pourcentage est plus élevé dans certaines zones, en particulier dans le nord de la bande de Gaza et à Gaza, où la zone sous contrôle militaire israélien est passée de 67,3 km² (environ la moitié de la superficie du nord) à 73,9 km², soit 54,7 % de sa superficie totale, ce qui représente une augmentation de 4,7 %.
Sud du Liban : des images satellites vérifient la ligne déclarée
La tendance observée à Gaza se répète dans le sud du Liban, mais sur une zone plus étendue. Selon les cartes officielles publiées par l’armée israélienne à la suite de l’accord de cessez-le-feu signé le 17 avril 2026, la superficie des zones sous contrôle militaire israélien dans le sud du Liban a atteint environ 570 km². Cette superficie représente plus de la moitié du territoire total saisi après le 7 octobre 2023 à Gaza, en Syrie et au Sud-Liban.
Cependant, la question, comme à Gaza, ne s’arrête pas aux frontières déclarées par les cartes. L’activité militaire est-elle restée dans le périmètre défini par l’armée israélienne ? Ou bien ce qui s’est passé après le cessez-le-feu révèle-t-il des mouvements plus étendus sur le terrain ?
Pour vérifier cela, nous avons procédé à une analyse des images satellites couvrant la période comprise entre le 24 avril et le 19 mai 2026.
L’analyse a montré que les opérations de démolition ne se sont pas limitées aux zones situées à l’intérieur de la « ligne jaune » annoncée par l’armée israélienne en avril dernier ; des traces de destruction sont apparues dans plusieurs villes situées en dehors de ses frontières.
La comparaison des images révèle que des bâtiments ont été détruits même après l’entrée en vigueur apparente du cessez-le-feu au Liban, dans des zones ne se trouvant pas à l’intérieur de la ligne déclarée. Parmi ces exemples figure la ville de Zawtar al-Sharqiyah, où une image prise le 24 avril 2026 montre la ville avant les opérations de démolition, tandis qu’une autre image datée du 19 mai 2026 montre les conséquences de la destruction après les démolitions.
Sud de la Syrie : une carte sans délimitation officielle
Dans le sud de la Syrie, l’histoire ne commence pas par une ligne officiellement tracée, comme à Gaza ou au Sud-Liban. Il n’existe aucune carte officielle israélienne définissant une « ligne jaune » ou un périmètre clair de contrôle militaire, ce qui rend plus complexe l’évaluation de la réalité sur le terrain. Par conséquent, l’enquête ne s’est pas appuyée sur une relecture des frontières précédemment déclarées par Israël, mais plutôt sur un travail géographique indépendant visant à retracer ce qui s’est effectivement dessiné sur le terrain.
Cette approche a permis de mettre en évidence un réseau de positions militaires israéliennes permanentes établies au-delà de la « ligne Alpha », qui sépare le plateau du Golan occupé du reste des territoires syriens en vertu de l’accord de désengagement signé entre Israël et la Syrie en 1974.
Lorsqu’on analyse ces positions d’un point de vue géographique, elles n’apparaissent pas comme des points distincts ou isolés, mais s’enchaînent pour former une bande militaire s’étendant de Jabal al-Sheikh au nord jusqu’au fleuve Yarmouk près de la frontière jordanienne au sud.
En traçant un périmètre autour de ces positions militaires et des zones sur lesquelles elles exercent un contrôle de facto, l’enquête estime la superficie des terres sous contrôle militaire israélien dans le sud de la Syrie à environ 235 km² (90,7 miles carrés). Toutefois, ce chiffre ne correspond pas aux frontières officiellement déclarées par la partie israélienne, mais plutôt à une estimation de l’étendue du contrôle effectif telle qu’elle ressort de l’infrastructure militaire permanente déployée sur le terrain.
Pourtant, les positions permanentes à elles seules ne révèlent pas toute la réalité. Il existe une autre couche de données qui permet de mieux comprendre l’activité militaire israélienne dans le sud de la Syrie, montrant que les mouvements ne se limitent pas au périmètre de l’infrastructure militaire permanente.
À partir des données du projet ACLED, Al Jazeera a créé une carte répertoriant plus de 800 incursions menées par les forces israéliennes en dehors de la zone tampon et à l’intérieur du territoire syrien entre le 8 décembre 2024 et le 16 janvier 2026.
La répartition temporelle et géographique de ces incursions indique que l’empreinte militaire israélienne dans le sud de la Syrie n’est ni statique ni confinée à des sites permanents, mais qu’elle se déplace fréquemment sur un périmètre plus large. Parmi les incursions les plus profondes, l’enquête a documenté une opération qui s’est enfoncée à environ 63 km (39 miles) à l’intérieur du territoire syrien, près de Horsh al-Jubailiya dans la campagne de Deraa, en avril 2025.
La Syrie présente une situation différente de celle de Gaza et du sud du Liban. Dans les deux premiers cas, l’analyse part d’une ligne déclarée et la confronte ensuite à la réalité sur le terrain. Dans le sud de la Syrie, en revanche, la carte se dessine de bas en haut : des positions militaires fixes délimitent une zone de contrôle directe, tandis que des incursions fréquentes révèlent un domaine opérationnel plus vaste.
L’analyse conclut que la présence militaire israélienne dans le sud de la Syrie est progressivement passée d’un modèle d’avant-postes militaires fixes à des incursions profondes en territoire syrien. Si l’estimation de 235 km² reflète la superficie approximative des régions sous occupation militaire directe, les données issues de plus de 800 incursions révèlent une zone d’opérations dans laquelle les forces israéliennes manœuvrent fréquemment en dehors de ces frontières.
Vue d’ensemble
L’enquête estime que la superficie totale sous contrôle militaire israélien est d’environ 1 000 km² (386,1 miles carrés), répartie sur trois zones principales depuis le 7 octobre 2023 : la bande de Gaza, le sud du Liban et le sud de la Syrie.
Le chiffre de 1 000 km² ne repose pas sur une seule source ; à Gaza et dans le sud du Liban, il a été calculé sur la base des frontières déclarées par l’armée israélienne elle-même, tandis que dans le sud de la Syrie, il s’appuie sur une estimation géographique indépendante des zones d’influence militaire de facto, en l’absence de cartes israéliennes déclarées similaires.
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera
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