25 mai 2026 | tiré de Révolution permanente
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La perspective d’un accord entre Washington et Téhéran suscite des réactions de fureur au sein des courants les plus durs de la scène politique étasunienne et de l’establishment pro-israélien. À mesure que filtrent les détails d’un possible accord impulsé par Donald Trump, les « faucons » à Washington et le gouvernement israélien s’inquiètent de l’issue des négociations et considèrent, au-delà du dossier nucléaire iranien, qu’il en va de l’équilibre stratégique de l’ensemble du Moyen-Orient.
Selon les informations disponibles à ce stade, l’accord comprendrait une cessation élargie des hostilités, y compris sur le front libanais, le dégel progressif de certains avoirs iraniens, gelés sous l’effet des sanctions, ainsi qu’une normalisation partielle du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, sous supervision conjointe de l’Iran et d’Oman. En contrepartie, les deux parties ouvriraient des négociations accélérées de trente jours afin d’aboutir à un accord définitif sur le programme nucléaire iranien et sur le statut à long terme du détroit.
Même si aucun accord final n’a encore été conclu, les progrès des négociations révèlent déjà une évolution géopolitique importante : les principaux acteurs régionaux, l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie, l’Égypte, le Pakistan et même les Émirats arabes unis, semblent soutenir activement la voie diplomatique. Cet appui régional offre à Trump une marge politique dont Barack Obama n’avait jamais bénéficié en 2015, lorsque l’accord nucléaire avait été négocié malgré l’opposition ouverte d’Israël et des monarchies du Golfe.
La situation est également marquée par la quasi-disparition de l’Europe de cette nouvelle séquence diplomatique. La diplomatie européenne, qui avait cherché pendant des années à se présenter comme un médiateur incontournable au Moyen-Orient, semble désormais reléguée au second plan, marginalisée par les acteurs de la région et par les négociations directes entre Washington et Téhéran.
Mais le principal foyer de résistance se situe aujourd’hui à Washington. L’ancien secrétaire d’État Mike Pompeo a violemment attaqué cette possible entente, affirmant qu’elle semblait « sortie tout droit du manuel » des architectes de l’accord sur le nucléaire iranien, le JCPOA, de la présidence Obama. Selon lui, cet accord reviendrait à « payer les Gardiens de la Révolution afin qu’ils développent un programme d’armes de destruction massive et terrorisent le monde ». Il a également plaidé pour une ligne beaucoup plus agressive : « Ouvrez ce foutu détroit. Refusez à l’Iran l’accès à l’argent. Détruisez suffisamment les capacités iraniennes pour que l’Iran ne puisse plus menacer nos alliés dans la région. »
Les critiques se sont également multipliées au Congrès américain. Le sénateur Ted Cruz a affirmé être « profondément préoccupé » et a averti qu’il s’agirait d’une « erreur désastreuse » qui permettrait à l’Iran de recevoir des milliards de dollars, de maintenir des capacités nucléaires et de conserver son influence sur le détroit d’Ormuz. De son côté, le sénateur Lindsey Graham a estimé qu’un accord qui permettrait à Téhéran de se renforcer économiquement pourrait également en faire la « puissance dominante » de la région, ce qui pourrait devenir « un cauchemar pour Israël ».
Ces déclarations révèlent la véritable crainte des secteurs les plus alignés sur Israël : qu’une éventuelle levée des sanctions permette à l’Iran de consolider une position régionale bien plus solide, qui pourrait éroder progressivement l’avantage stratégique israélien. Contrairement à ce qu’espéraient ces faucons, la guerre récente n’a pas affaibli Téhéran. Elle a au contraire renforcé sa capacité de dissuasion, une réalité que les monarchies du Golfe, à commencer par l’Arabie saoudite, semblent désormais considérer comme une nouvelle donnée structurelle de la situation régionale.
Israël, de son côté, se retrouve face à un dilemme difficile. Une confrontation ouverte avec Trump pourrait s’avérer politiquement risquée pour Benjamin Netanyahou alors que les élections approchent et que Trump conserve une immense popularité auprès de l’électorat israélien. Tel-Aviv préfèrera donc probablement agir en coulisses, en s’appuyant sur ses alliés à Washington pour fragiliser le processus sans entrer dans une confrontation publique directe avec la Maison Blanche.
Une chose paraît toutefois claire : si un accord définitif est finalement conclu, et tout accord durable nécessitera presque certainement un allègement substantiel, voire total, des sanctions contre l’Iran, cela constituerait une défaite stratégique majeure pour Tel-Aviv. C’est précisément pour cette raison que tout porte à croire que Netanyahou fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher un accord ou, s’il ne peut l’empêcher, pour le saboter avant qu’il ne devienne irréversible.
La véritable bataille ne fait que commencer : elle ne se joue plus seulement sur le terrain militaire, mais au cœur même de Washington et autour du futur équilibre politique du Moyen-Orient.
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