Édition du 16 juin 2020

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LGTB

L’homophobie progresse dans toute l’Europe

Alors qu’on pensait qu’elle entrait dans un déclin irréversible, l’homophobie revient avec une force imprévue et probablement croissante. C’est ce qu’indiquent différents événements politiques récents comme les mobilisations sans précédent de la droite catholique française contre la loi sur le mariage homosexuel – qui ont surpris, à l’étranger et dans le pays, par leur ampleur. Pendant ce temps, un projet de loi similaire court le risque d’être rejeté par le parlement britannique. En outre, les données d’une étude de l’Agence Européenne des Droits Fondamentaux (FRA) confirment sans hésitation aucune que ces tendances inquiétantes sont très fortes dans tout le continent européen.

La FRA a interrogé plus de 93.000 homosexuels, bisexuels et transsexuels (LGBT) de 27 pays membres de l’UE et de Croatie. Près de la moitié d’entre eux (47%) ont affirmé qu’au cours des 12 derniers mois ils ont souffert d’une quelconque forme de discrimination à cause de leur orientation sexuelle. Près d’une personne sur quatre a dénoncé être victime d’agressions ou de menaces violentes au cours des cinq dernières années et 6% ont affirmé avoir été physiquement agressés au cours des 12 derniers mois – et dans bon nombre de cas au sein même de leurs propres familles.

Le rapport ajoute que les établissements scolaires sont le principal terrain de la discrimination. Deux tiers des personnes consultées ont affirmé qu’elles ont caché, ou cachent encore, leur orientation sexuelle pendant leur période de scolarité et l’écrasante majorité se souvient d’épisodes de harcèlement contre des étudiants LGBT. Bon nombre décrivent l’école comme un « enfer ».

Mais les discriminations se poursuivent après la fin des études : deux tiers des personnes consultées reconnaissent qu’elles ne tiennent pas la main de leur partenaire du même sexe en public – dans le cas des hommes homosexuels et bisexuels, le taux atteint 75% -, la moitié affirment éviter certains lieux publics et les transports collectifs par crainte d’être harcelés, menacés ou attaqués à cause de leur orientation sexuelle.

La Lituanie (avec 61% de réponses positives), la Croatie (60%) et la Pologne (57%) figurent en tête de la liste des pays dans lesquels les LGBT souffrent des plus grandes discriminations. Ils sont suivis par Chypre (56%), l’Italie et la Roumanie (54%), la Bulgarie et la Slovénie (53%), la Slovaquie (52%), le Portugal et Malte (51%), l’Autriche, la Grèce et la Lettonie (48%), l’Irlande (47%). En dessous du pourcentage moyen dans l’UE, qui se situe en dessous de ce dernier chiffre, figurent l’Allemagne (46%), la Hongrie (45%), le Royaume-Uni et l’Estonie (44%), la France (41%), l’Espagne et la Finlande (38%), la République Tchèque (36%), la Belgique et la Suisse (35%) et le Luxembourg (33%). Le Danemark, avec 31%, et la Hollande, avec 30%, constituent selon ce classement les deux pays les plus « tolérants » de l’Union européenne en cette matière.

Le rapport affirme que la norme européenne qui interdit toute sorte de discrimination pour raison d’orientation sexuelle n’est pas respectée dans tous les pays de l’UE. Plus grave encore, l’homophobie a pris de nouvelles formes officielles dans certaines régions du continent européen et ailleurs. Ainsi, dix régions de la Fédération russe ont approuvé des lois qui interdisent ce qu’on appelle la « propagande pro-homosexuelle » et six autres pourraient prochainement le faire. C’est le cas aussi du Parlement russe, la Douma, qui discute d’un projet de loi qui viole ouvertement les normes internationales sur les droits humains et selon laquelle toute personne qui exprimerait en public ce qui est considéré comme des opinions favorables à l’homosexualité serait condamnée à une amende de 145 euros (et de 15.000 euros s’il s’agit d’une ONG).

En Moldavie, plusieurs des plus grandes villes du pays se sont déclarées « zones libres de gays ». Mais on est encore loin de l’Ouganda qui a approuvé il y a peu une loi qui prévoit même la peine de mort pour les cas « d’homosexualité aggravée ». L’homosexualité est toujours considérée comme un délit dans 76 pays dans le monde.

Samedi prochain, la droite religieuse française – particulièrement la droite catholique, mais aussi celles d’autres crédos – espèrent rééditer dans la rue le même succès de mobilisation que le 29 mars dernier quand plus d’un demi millions de personnes ont manifesté dans le centre de Paris pour exiger le retrait du projet de loi présenté par le gouvernement socialiste pour autoriser le mariage homosexuel et l’adoption d’enfants pour les couples du même sexe. Mais aujourd’hui la loi a été adoptée et entrera précisément en vigueur ce 25 mai.

En Grande-Bretagne, pays qui, ensemble avec le Danemark et la Suède, est considéré comme une référence par rapport à l’attitude des pouvoirs publics et de la législation face à l’homosexualité, les problèmes internes du partis conservateur pourraient faire échouer la loi sur le mariage gay présentée par le gouvernement de David Cameron. Et cela parce qu’un secteur des « tories », précisément celui qui exige la sortie du Royaume-Uni de l’UE, s’est ouvertement positionnée contre cette proposition de loi. Plus surprenant, une partie des députés du Parti Travailliste se sont également prononcés contre cette dernière. Au moment d’écrire ces lignes, la presse britannique n’écarte aucun résultat, vu que dans les votes de ce type, les députés suivent leur conscience et non la discipline de parti.

Existe-t-il un quelconque élément commun à tous les épisodes recensés ici ? Probablement un seul : la radicalisation de la droite sociale, qu’elle soit ou non religieuse, et qui est également une conséquence de la crise économique et du sentiment généralisé que l’avenir sera pire que le passé. Dans ces conditions, les gens cherchent des certitudes idéologiques auxquelles s’accrocher. Et dans le vaste univers conservateur et réactionnaire, l’intolérance vis-à-vis de la diversité, qu’elle soit incarnée par les immigrés ou les homosexuels, répond à tous les critères pour remplir ce type de « nécessité ».

Source :
http://www.eldiario.es/miradaalmundo/homofobia-crece-freno-toda-Europa_6_134446587.html

Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Carlos Elordi

Auteur pour le journal espagnol El Diario

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