Édition du 21 mai 2019

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International

L’impuissance d'un président, ou qui dirige les États-Unis ?

Essayez de vous imaginer avoir été éluE présidentE des Etats-Unis pour découvrir aussitôt après que votre pouvoir n’est que celui de servir de puissants groupes à intérêts spéciaux. Un président qui travaille bien à défendre les intérêts ces groupes est payé de retour : sièges prestigieux dans des conseils d’administration, valeur ajoutée à de futurs discours et des paiements conséquents pour l’écriture de futurs livres. S’il est jeune comme le fut Bill Clinton et comme l’est M. Obama en ce moment, vous vous assurez ainsi un avenir de loisirs luxueux. Lutter contre ces intérêts spéciaux ne paye pas. C’est une lutte perdue d’avance.

Paul Craig , counterpunch.org, 14 mai 2009.
Traduction : Alexandra Cyr.

Démocrates et banquiers

La décision du 30 avril dernier en est encore une preuve. Le projet de loi démocrate, débattu devant le Congrès et qui visait à protéger 1,7 millions de saisies de domicile ou de faillites entraînant la perte des maisons, a été défait au Sénat malgré la majorité absolue du parti dans cette chambre. Eut-il été adopté, ce projet aurait permis d’épargner 300 milliards de dollars de valeur domiciliaire en permettant la renégociation des hypothèques. Le projet à été renversé : les banquiers ont gagné !

Oui, ce sont ces mêmes bandits de banquiers toujours pleins de cupidité et dépourvus du moindre sens des responsabilité ; ceux même qui ont réussi à éliminer au moins la moitié des pensions américaines, qui ont poussé l’économie dans un immense trou, et mis à mal le rôle de la Réserve fédérale face à la monnaie. Difficile de trouver ces temps-ci un groupe qui a plus mauvaise réputation. Pourtant, la majorité des « représentants du peuple » ont suivi leurs instructions et voter en leur faveur.

Les banques ont déjà reçu des milliards pour leur sauvetage. Certains démocrates demandaient au Sénat d’économiser 300 milliards de l’argent des contribuables. Les Sénateurs ont décidé que l’argent doit continuer à aller aux banquiers. Leur moto : tout pour eux, pas un sous pour les propriétaires de maisons en difficulté.

Si Obama pouvait avoir l’excuse de la naïveté pour se donner un programme de changement avant son élection, ce n’est plus le cas maintenant Le whip démocrate a pris acte de la défaite de la politique de son parti avec ce vote en disant que les électeurs avaient été battus par les banquiers « Décidément, a-t-il dit, les banques détiennent le pouvoir ici. »

Comprendre la source de ces votes contre les propriétaires de maisons en difficulté financière n’est pas sorcier. Sept des sénateurs qui ont voté contre la loi ont été lourdement financés par les banques lors de leur élection en 2008. Le montant le plus faible était de un demi million, le plus élevé quatre millions et demi selon les rapports .

À qui rapportent les guerres ?

Par ailleurs, ces mêmes démocrates du Congrès qui ne trouvent pas un sous pour les propriétaires en difficulté et pour la réforme de l’assurance maladie en trouvent par centaines de millions pour le complexe militaire et sécuritaire. Une semaine après le rejet de la loi pour rescaper les propriétaires le « gouvernement de changement » leur a demandé soixante et un milliards pour la guerre néo conservatrice en Irak et soixante-cinq pour celle toute aussi néo conservatrice en Afghanistan. Membres de la chambre des représentants et sénateurs ont répondu : « YES WE CAN ! » Ce cent vingt-six milliards de dollars vient s’ajouter aux 533,7 milliards de dollars déjà alloués au titre du budget de la défense pour cette année. Ce chiffre, probablement encore sous évalué, est égal à dix fois le budget militaire de la Chine la deuxième organisation militaire au monde.

Comment se peut-il que l’Irak et l’Afghanistan représentent des dangers suffisants pour être une vraie menace pour le « premier pourvoir au monde » ? Comment se peut-il que ce super pouvoir soit vraiment menacé par ces deux pays sous équipés militairement et par une guérilla qui lutte en bonne partie contre un envahisseur ? Ces guerres sont en fait une mystification qui permet au complexe militaire de ramasser des fonds et qui permet, grâce à la politique de « sécurité intérieure », de renforcer les pouvoirs policiers sur les citoyens américains.

Pas un sous pour les propriétaires qui sont en voie de perdre leur maison mais des millions pour pouvoir tuer femmes et enfants musulmans, pour créer des millions de réfugiés qui finiront par joindre les insurgés ou bien feront parti du flot d’immigrants qui rentreront dans note pays.

Voilà comment ce gouvernement fonctionne. Et il pense être « la lumière sur la montagne et dans le monde. »

Président impuissant, pays affaibli

Les Américains ont élu Obama parce qu’il s’est engagé à en finir avec les guerres criminelles de Bush qui ont détruit la réputation des Etats-Unis dans le monde, la solvabilité financière du pays et n’a pas servi l’intérêt public. Mais M. Obama s’est aperçu en rentrant en fonction que ceux qui dirigent sont ceux du complexe militaro-sécuritaire. La guerre continue toujours, pas la moins populaire en Irak mais la plus populaire en Afghanistan. En plus le président Obama permet la transgression de la souveraineté du Pakistan avec des attaques ciblées sur ce territoire. Au lieu de la seule guerre en Irak, le complexe militaro-sécuritaire en a maintenant deux avec une belle détérioration à venir.

C’est avec leurs vieux liens à l’économie de guerre que les officiers américains ont répondu à la menace que peuvent représenter les Talibans à la sécurité publique : « Nous devons les tuer là-bas avant qu’ils ne viennent nous attaquer ici. » Personne parmi tout le personnel du gouvernement ou parmi les consultants si bien payés ne semble avoir expliqué aux militaires comment les Talibans, qui concentrent leurs objectifs en Afghanistan pourraient arriver aux Etats-Unis. Mais ce genre de propagande suffit à ce que le public accepte de continuer à enrichir ce complexe pendant que des milliers d’Américains perdent leur maison et voient la possibilité d’avoir des pensions dans l’avenir, s’évaporer…

Selon des documents du secrétariat à la défense, l’an prochain la guerre en Afghanistan aura coûté plus cher que celle en Irak. Un économiste, prix Nobel, et un professeur d’économie de Harvard spécialiste des budgets, ont estimé que la guerre en Irak a jusqu’ici coûté 3 mille milliards d’argent public sans compter les dépenses de l’avenir liées aux soins et droits des anciens combattants. Si les estimés du Pentagone sont justes, dans deux ans, 6 milliards de dollars de plus auront servis à enrichir les fabricants de matériel militaire et les bureaucrates de la sécurité.

Le prix payé par les populations irakiennes, afghanes et pakistanaises, résultant des bombardements américains est incalculable. Dahr Jamail rapporte que des psychiatres de l’armée américaine estiment que 30% des soldats sont atteints, à des degrés divers de maladies et troubles mentaux. Cela veut dire, pour l’avenir, des coûts liés à des suicides, au chômage, aux divorces, aux abus envers les femmes et les enfants, aux abus de drogue et d’alcool, à l’itinérance et aux incarcérations.

En Afghanistan l’administration Obama installe en ce moment une nouvelle base militaire géante. Pourquoi ? Qu’est-ce que la politique intérieure de l’Afghanistan a à voir avec les Etats-Unis ? Qu’est ce que ce gaspillage fait dans nos stratégies sinon enrichir l’industrie militaire américaine.

(…) Le rôle du dollar comme monnaie de réserve, une des sources importantes du pouvoir américain dans le monde, est mis en danger par les déficits budgétaires abyssaux que nécessitent les guerres du complexe militaro-sécuritaire et le sauvetage des banques. Pourquoi les Etats-Unis s’empĉchent-ils de mettre fin à ces guerres qui non seulement n’ont rien à voir avec leur sécurité mais la mettent justement en danger ?

La réponse est que les lobbies du complexe militaro-sécuritaire, de l’industrie militaire, des banquiers bandits et l’AIPAC font la loi ! Que les Américains en soient blâmés !

Mots-clés : États-Unis International

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