Édition du 19 octobre 2021

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Europe

La peste Zemmour

L’irruption d’Éric Zemmour sur la scène électorale dans la perspective de la présidentielle est un fait incontournable, et c’est loin d’être une bonne nouvelle.

Tiré de Politis.

L’irruption d’Éric Zemmour sur la scène électorale est un fait. Incontournable. Sauf à vivre retiré du monde, sans télé, ni radio, ni journaux, ni réseaux sociaux. Même s’il fait mine d’y réfléchir encore, le polémiste a pris sa décision. Quand on fait coller ou laisse coller des affiches « Zemmour président », quand on démarche les maires pour recueillir leurs parrainages, quand on publie mi-septembre un livre au titre en forme de manifeste, La France n’a pas dit son dernier mot, avec sa photo en couverture sur fond de drapeau tricolore, on est candidat. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ne s’y est pas trompé en demandant aux médias audiovisuels de « décompter les interventions » du polémiste « portant sur le débat politique national », provoquant l’arrêt de son émission quotidienne sur CNews. Depuis près de deux ans, il pouvait y diffuser ses idées nauséabondes sans contradicteur.

Toutefois, la fin de cette tribune ne l’empêche pas de saturer l’espace médiatique. Avant même la sortie de son brûlot, dont le Figaro magazine a publié les « bonnes feuilles », Zemmour croulait sous les invitations : C8, France 2, CNews, RTL Matin, BFM TV…. Tous le veulent et multiplient les émissions et reportages sur lui, contribuant à l’installer au cœur de la campagne présidentielle qui débute, comme certains ont favorisé l’essor de sa candidature qui n’était, en 2015, qu’une mauvaise fiction imaginée par le futur directeur de la rédaction de Valeurs actuelles et publiée par une obscure maison d’édition d’extrême droite.

Six ans plus tard, l’éditorialiste, plusieurs fois condamné, a étendu ses réseaux. Il a ses supporters, regroupés en associations de soutien, suffisamment dévoués et organisés pour coller en une nuit 50 000 affiches. Des groupes nourrissent son argumentaire et travaillent à son programme.

Par comparaison, il contribue à rendre Marine Le Pen acceptable.

Il serait bien naïf d’accueillir son irruption dans la compétition élyséenne comme une bonne nouvelle. Certes, sa candidature concurrence Marine Le Pen et a tout d’« une grenade dégoupillée visant à faire exploser la droite », selon le mot de Damien Abad, président du groupe des députés LR. Mais c’est ignorer les effets délétères que cette candidature aura sur le débat présidentiel, où même un Michel Barnier est prêt à coller au discours zemmourien. Par ses écrits et ses propos, l’histrion a déjà bien ouvert la « fenêtre d’Overton » en sortant de la marginalité des discours radicaux sur l’immigration et contribuant à rendre par comparaison celui de Marine Le Pen acceptable, voire raisonnable. Il entend bien pousser plus loin encore cette stratégie : « Si je vais à la présidentielle, c’est pour imposer mes thèmes. La présidentielle se joue autour d’une question et il faut imposer sa question et avoir les réponses », déclare-t-il un jour. « Je suis là pour choquer », ajoute-t-il le lendemain, parfaitement au fait des mauvais réflexes médiatiques et de la recherche permanente du buzz qui vont le propulser au centre du jeu. Et ça fonctionne.

Prédit-il qu’« en 2050 nous serons un pays à moitié islamique » et « en 2100 une République islamique » ? Léa Salamé interroge Gérald Darmanin sur cette prédiction. Prétend-il que la Seine-Saint-Denis est devenue une « enclave étrangère » où « la plupart des cafés sont réservés aux hommes par une loi non écrite » ? LCI met la question en débat avec échange musclé entre son éditorialiste Pascal Perri et Stéphane Troussel, président PS de ce département. Après son invitation chez Ruquier samedi 11 septembre, nouvelle polémique : Zemmour, qui soutient la théorie complotiste du « grand remplacement » de la population européenne par une population immigrée, estime qu’« appeler son enfant Mohamed, c’est coloniser la France ». Une fois de plus les chaînes d’info et les matinales embrayent sur le sujet, tandis que sur CNews, Zemmour rallume le feu du procès Papon, victime à ses yeux d’« une justice politique »… À ce rythme, la campagne va se jouer dans la fange idéologique.

Michel Soudais

Auteur pour la revue Politis.

http://www.politis.fr/

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