Édition du 6 décembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Inégalités sociales

Le Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ)et la Semaine de la Dignité

Cette année, les membres du FCPASQ ont choisi un thème pour la Semaine de la Dignité. Le thème est :« L’aide sociale, c’est pas un choix, citoyens, citoyennes on y’a droit ! ». Ce thème a pour but de rappeler à la population que personne ne choisit d’être à l’aide sociale et que le gouvernement attaque de plus en plus le droit à l’aide sociale.
(Nous avons repris cet article du journal La Galère, courriel : lagalerecourrier@gmail.com. Nous les remercions de nous faire parvenir leur journal).

Le Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ) existe depuis1977. Il est un regroupement de plus d’une trentaine d’organismes locaux répartis sur l’ensemble du territoire québécois. La principale mission du FCPASQ et de ses groupes membres est la défense des droits économiques, sociaux et culturels des citoyennes et citoyens du Québec excluent du marché du travail et qui vivent dans la pauvreté.

Afin de réaliser sa mission et d’améliorer les conditions de vie des personnes assistées sociales du Québec, le FCPASQ, au fil de son histoire, a mené et mène encore différentes luttes pour le droit à un revenu décent, le droit au logement, le droit au travail, le droit à l’éducation, le droit à la santé, etc. Le FCPASQ s’attaque aussi aux préjugés forts répandus au sujet des personnes assistées sociales, préjugés qui les enfoncent dans la misère. Ces préjugés font obstacle à l’aide économique, sociale et culturelle dont les citoyennes et citoyens à l’aide sociale ont besoin pour se sortir de la pauvreté.

Témoignage de femmes qui doivent avoir recours à l’aide sociale

« Nous nous sentons écrasées, humiliées, opprimées, dominées, diminuées, contrôlées, dégradées, déshumanisées ; notre dignité est bafouée. Nous sommes victime de mépris, d’injustice, d’isolement et d’indifférence d’un système violent aux plans économique, physique et psychologique. Nous nous sentons traitées comme des déchets de la société et non comme des personnes humaines. Nous nous sentons déshumanisées et notre corps est devenu marchandise. Nous souffrons, nous avons de la peine, nous sommes épuisées et nous sommes désespérées. Mais, nous avons aussi notre fierté, notre débrouillardise, notre créativité, notre courage et notre volonté de sortir de la pauvreté. Nous sommes des combattantes. Nos luttes quotidiennes pour la survie et nos gestes pour joindre les deux bouts montrent notre détermination à nous en sortir. Nous voulons vivre et contribuer à la société par notre implication sociale » [1].

Le système d’aide sociale et les moyens de remédier à la pauvreté

Nous évoluons dans un système capitaliste où la valorisation du travail et de la consommation domine. Nous sommes reconnus par la grosseur de notre portefeuille et ce que nous possédons. Les personnes à faible revenu ont donc plus de difficulté à faire reconnaître leurs opinions, leurs valeurs, leurs capacités...

Depuis plusieurs années, le gouvernement du Québec ne reconnaît plus le droit à l’aide sociale. Avec l’adoption de la Loi sur l’aide aux personnes et aux familles, en 2005,l’aide de dernier recours est versée par le biais de trois principaux programmes : 1)Programme Solidarité sociale, pour les appauvris qui « méritent » d’être aidés puisqu’il sont la « chance » d’avoir une maladie reconnue par les critères du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, qui les rend INAPTE au travail ; 2) Programme Aide sociale, pour les personnes qualifiées APTES à l’emploi par le gouvernement, même si elles sont exclues par le marché du travail étant donné qu’elles ne correspondent pas aux exigences de productivité du marché. Dans les faits, le ministère reconnaît qu’il n’y a seulement 8.5 % des personnes considérées APTES à l’emploi qui pourrait réellement obtenir un emploi à court terme ; 3)Programme Alternative jeunesse pour les adultes de 18 à 24 ans qui répondent à des critères bien spécifiques. La Ministre met aussi en application des programmes d’aide à l’emploi (ex. Interagir, Devenir), mais les personnes n’ont aucun droit reconnu d’avoir accès à ces programmes, cela dépend d ubon vouloir des agentEs et des enveloppes budgétaires.

Dans les dernières années, l’État coupe allégrement dans les programmes sociaux et dans l’aide à l’emploi, ce qui contribue à rendre les personnes encore plus vulnérables. Afin de soulager la pauvreté de plus en plus présente, une multitude d’organismes ont vu le jour pour mettre en place des banques alimentaires, des cuisines collectives, des soupes populaires, des petits déjeuners dans les écoles, etc. Ces organismes essaient de diminuer les effets de la pauvreté en offrant des services, et ils ont tellement à faire qu’ils ont peu de temps pour revendiquer le droit à un revenu décent pour tous. Les personnes à faible revenu ont besoin de ces organismes qui leurs viennent en aide ; cependant être constamment obligé de quémander pour se nourrir, cela finit par atteindre plusieurs personnes dans leur dignité et peut avoir des impacts sur leur santé mentale. Le FCPASQ soutient que l’aide offerte aux personnes en situation de pauvreté doit être universelle, c’est-à-dire accessible à tous, et pour cela l’État doit intervenir pour redistribuer la richesse.

Il y aussi beaucoup de préjugés dans les médias contre les personnes assistées sociales qui sont décrites comme « paresseuses », « fraudeuses », « non motivées ». Même l’ancien ministre Sam Hamad a osé dire à la population du Québec que les assistés sociaux étaient bien, car ils avaient tout de payé. Le ministre était dans l’erreur, mais il n’a jamais pris le temps de s’excuser et de donner l’heure juste. Les histoires de vie et la parole des personnes assistées sociales sont très peu présentes dans les médias, donc la population n’a pas accès à de l’information sur la situation réelle des personnes à l’aide sociale. La population pense que l’aide sociale est un choix et les personnes assistées sociales vivent donc beaucoup d’isolement et de honte.

Mais où est la dignité ?

La dignité est un droit reconnu dans notre Charte des droits et libertés de la personne qui dit « tous les êtres humains sont égaux en valeur et en dignité » et que « le respect de la dignité de l’être humain […] constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix ». L’article 4 de cette Charte stipule que « Toute personne a droit à la sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation ». Tous les Québécois et Québécoises devraient jouir de ce droit. Malheureusement, les personnes assistées sociales n’ont pas accès à un revenu minimal leur permettant de vivre dans la dignité.

En effet, en choisissant de ne pas indexer [2] les prestations d’aide sociale pendant plusieurs années, les gouvernements du Parti Libéral et du Parti Québécois ont fait en sorte que le revenu des prestataires d’aide sociale est resté au même niveau pendant plusieurs années, ce qui a énormément diminué leur pouvoir d’achat. Le montant de la prestation est indécent. Les personnes assistées sociales APTES au travail reçoivent un montant de 574 $ par mois. Elles doivent jongler avec leur budget. Elles font des miracles, afin de pouvoir arriver à la fin du mois. Malheureusement, c’est impossible d’arriver avec un si petit montant : après avoir payé le loyer, les factures d’électricité et de téléphone, il ne reste que quelques dollars pour l’épicerie.

Faire les poubelles, se priver de nourriture, mendier, être constamment en survie, aller cherche de l’aide alimentaire quand il y en a : voici la réalité des personnes assistées sociales. Ce mode de vie finit par peser lourd et a des conséquences sur la santé physique et mentale des individus. Le gouvernement économiserait 20 % dans le système santé, si les personnes à faible revenu avaient un meilleur revenu leur permettant de combler leurs besoins vitaux.

La semaine de la dignité du 2 au 8 mai 2011

Le FCPASQ déplore que les personnes assistées sociales soient victimes de préjugés et de mépris. Ce n’est pas parce qu’elles n’ont pas de salaire que ces personnes ne contribuent pas à la société ; au contraire, les personnes assistées sociales sont très actives. Elles prennent soin de leurs parents, sont des bénévoles impliqués, éduquent leurs enfants, etc. Depuis 38 ans, des activités sont organisées lors de la première semaine du mois de mai pour demander un revenu convenable pour toutes et tous ainsi que le respect de la dignité des personnes assistées sociales. C’est la Semaine de la dignité des personnes assistées sociales.

Cette année, les membres du FCPASQ ont choisi un thème pour la Semaine de la Dignité. Le thème est :« L’aide sociale, c’est pas un choix, citoyens, citoyennes on y’a droit ! ». Ce thème a pour but de rappeler à la population que personne ne choisit d’être à l’aide sociale et que le gouvernement attaque de plus en plus le droit à l’aide sociale. Par exemple, on sait que les personnes qui reçoivent une pension alimentaire pour leur enfant ont des coupures dans leur chèque d’aide sociale. C’est inacceptable. Il y aura un grand rassemblement à Québec le 4 mai 2011. Des activités auront aussi lieu un peu partout dans la province du 2 au 8 mai. Nous vous invitons à aller sur les sites du FCPASQ au www.fcpasq.qc.ca et de l’Organisation populaire des droits sociaux de Montréal au www.opdsrm.com afin de consulter le calendrier et de vous joindre aux activités.


[1Témoignages tirés de Femmes assistées sociales, la parole est < nous, une publications du FCPASQ (2006)

[2Indexer cela veut dire : augmenter les prestations en fonction de l’augmentation du coût de la vie.

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