Édition du 22 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique d’austérité

Le « communautaire » : une richesse en péril !

Faisant montre à la fois d’inconscience et d’une fausse indignation désolante à l’endroit des quatre milles groupes d’action communautaire autonome du Québec, la ministre déléguée Lucie Charlebois s’écriait, à propos des récentes manifs anti-austérité : « Mais qu’ont-ils donc à tant s’agiter ? Après tout, leur budget a été indexé à hauteur de 0,9% ! »… Misère ! Là, on se serait cru revenu à l’impératrice Marie-Antoinette s’exclamant, à propos de la famine peuple français : « Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils mangent de la brioche ! »

Non mais, imaginez : on va aller loin avec même pas 1% d’augmentation alors qu’on accuse un manque à gagner d’au- moins 225 M$, juste pour assurer notre survie… On va aller loin avec 0,9% d’indexation, quand on sait que plus de la moitié des gens du communautaire vivent de la précarité au travail, n’ont pas de fonds de pension, ni d’assurances, ni de vrai contrat de travail et ne gagnent même pas annuellement le dixième du salaire d’un médecin spécialiste (350,000$)…

Et, pour ajouter l’insulte à l’injure, voilà que l’inénarrable duo Leitao-Robillard voudrait, le premier, sous-traiter les services publics de santé par le biais d’un réseau communautaire déjà exsangue, la deuxième, supprimer un ensemble de programmes majeurs dont deux (Soutien à l’action bénévole et Budgets discrétionnaires) à hauteur de 24 M$, profitant surtout aux groupes communautaires.

Que voilà encore un train de mesures grand-guignolesques !

Mesdames et messieurs du gouvernement, qu’on se le dise, le réseau communautaire autonome du Québec - avec ses dizaines de milliers de personnes œuvrant quotidiennement en défense de droits et de services directs et indirects à la population - constitue l’une des plus belles richesses collectives humaines et sociales du Pays, et, de ce fait, il n’est pas à vendre, ni à brader, qu’il s’agisse de vos lubies de sous-traitance, de privatisation ou de PPP à caractère social (État-Fondations).

Mesdames et messieurs les élu-es, les gens du communautaire

- que j’ai le bonheur de côtoyer depuis plus de trente-cinq ans - n’ont pas beaucoup de marge financière, c’est un fait, mais ils ont beaucoup de cœur et de dignité pour compenser. Ils ont aussi beaucoup d’imagination, de résilience et de détermination. Qui plus est, ils possèdent un sens de la responsabilité sociale dont plusieurs d’entre vous auraient intérêt à s’inspirer avant de légiférer sur quoique ce soit.

C’est d’ailleurs grâce à ce même sens des responsabilités, à Noël, pendant que vous serez bien au chaud à boire des martinis secs dans le Sud ou à skier dans la poudreuse des Alpes suisses, que plusieurs de ces gens-là demeureront fidèles au poste pour nourrir des sans-abris, faire de l’intervention de crise ou chercher du financement. Avoir du cœur, messieurs-dames, ça ne s’invente pas. Ça ne s’achète pas. Ça s’apprend !

Enfin, loin de moi l’idée de vouloir paraître amer ou revanchard, mais dites-vous bien que ce « communautaire », que vous aimeriez tant réduire à vos petites aspirations électoralistes et comptables, il est constitué de nos luttes et de nos acquis sur plus de quarante ans, avec une trame historique tissée à partir de notre sueur, de nos joies et de nos larmes. À ce titre, c’est à la nation québécoise toute entière qu’il appartient ce communautaire, et pour cette raison, vous n’en en disposerez jamais à votre guise.

Vivement la grève sociale générale et la guillotine … pour l’austère régime libéral !

Gilles Simard,
Pair-aidant en santé mentale de Québec (Pech)

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