Édition du 13 avril 2021

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Politique canadienne

Le discours du Trône : beaucoup de questions, peu de réponses.

Peu de surprises à la lecture du discours du Trône puisqu’il fallait s’attendre à ce qui a été énoncé par le premier ministre Harper : un discours mentionnant peu de mesures réellement concrètes et franchement rétrogrades.
Un discours avec beaucoup de mots mais peu de sens, voilà le dernier discours du Trône. Peu de sens parce qu’il ne présente presque aucune mesure concrète et parce qu’il y a absence de justesse dans les actions mises de l’avant.

« Un leadership fort. Un Canada meilleur. »
C’est le titre qui a été donné au discours du Trône, fait le 16 octobre dernier, par le gouvernement fédéral conservateur. Ce discours est divisé en cinq priorités : « renforcer la souveraineté du Canada et sa place dans le monde, renforcer la fédération, exercer un leadership économique efficace, continuer de lutter contre le crime et améliorer notre environnement ».

Renforcer la souveraineté du Canada et sa place dans le monde

Évidemment, l’implication de l’armée Canadienne a été à de multiples reprises mentionnées tout au long du discours, plus particulièrement à ce point. C’est d’ailleurs ici qu’il est confirmé que nous ne pouvons pas : « abandonner le peuple d’Afghanistan après février 2009 », mais bien en 2011.
Et pour justifier cet autre report ? La sacro-sainte sécurité. Car sans elle, « ni aide humanitaire, ni reconstruction, ni démocratisation n’est possible ».

Renforcer la fédération et nos institutions démocratiques

À ce point, la vedette est bien entendu la démocratie. ll faut reconnaître que les gouvernements, peu importe leur pallier, parlent beaucoup et souvent de démocratie. Par contre, le concept de démocratie doit se vivre et non pas uniquement exister par la parole et la réflexion. Ce qui est absolument absent de toutes démarches de ce gouvernement et de tant d’autres. Croire que la démocratie existe dans un pays seulement parce qu’il y a un discours du Trône et que les concitoyenNEs peuvent aller voter, c’est la preuve que leur discours sur le sujet est assez limité (en plus de tourner en rond) et que leur propre définition est bien loin de ce qu’est en réalité la démocratie.

Assurer la prospérité future par un leadership économique efficace

Dans son plan économique, ce gouvernement assure, entre autres, aux concitoyenNEs « des emplois mieux rémunérés ». Comment cela serait-il possible quand le gouvernement Harper se refuse d’abord à entériner une loi visant à ce que le salaire minimum soit augmenté à au moins 10$ de l’heure ? Ne serait-ce pas par là que le gouvernement Harper devrait commencer ?

Ce dernier parle ensuite de l’inquiétude des familles au sujet de la hausse des coûts de l’enseignement supérieur et des dépenses nécessaires pour prendre soin de parents âgés. Il ajoute que les familles s’inquiètent également de la question du logement abordable (et non pas subventionné) et du nombre d’itinérantEs dans nos rues. Pour remédier à toutes ces inquiétudes, que propose-t-il ?
Une Prestation fiscale pour le revenu gagné permettant à des CanadienNEs de réintégrer le marché du travail et le Régime enregistré d’épargne-invalidité qui aidera les familles ayant des enfants lourdement handicapés.

S’attaquer au crime et assurer la sécurité des Canadiens

À ce sujet, le gouvernement Fédéral est clair : sécurité, sécurité...et aucune prévention !
Il aimerait bien, entre autres choses, renforcer « la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents afin de veiller à ce que les jeunes contrevenants qui commettent des crimes graves aient des comptes à rendre à leurs victimes et à la communauté ». Bien que ce ne soit pas dit clairement, leur unique solution semble s’orienter vers des peines plus lourdes et plus sévères, comme la possibilité pour certainEs adolescentEs d’être jugéEs comme des adultes. Il est reconnu que notre modèle de prison a un haut taux de réhabilitation et qu’il n’encourage pas du tout les prisonniers, entre eux, à la criminalité...!

Pourquoi le gouvernement ne reconnaît-il pas l’efficacité des méthodes d’interventions préventives, surtout lorsqu’elles débutent à l’enfance ? Et pour ceux et celles qui ont déjà enfreint la loi, ne vaut-il pas mieux travailler sur les causes qui les poussent à agir ainsi ? Ainsi, le cycle de la criminalité pourrait être arrêté, et non pas encouragé. À force de couper dans les programmes préventifs, les résultats se font de plus en plus voir : l’augmentation de la criminalité.

Améliorer l’environnement et la santé des Canadiens

Pour ce point, la majeure partie est réservé à l’environnement...probablement parce que c’est LE sujet à la mode. Les émissions de gaz à effet de serre sont au coeur des promesses du gouvernement Harper. Ce dernier s’engage surtout à mettre en place des mesures et des stratégies concernant l’implication des autres pays, des entreprises d’ici...et de son gouvernement. Toutefois, celui-ci ne pourra pas agir comme et quand il l’aurait voulu et ce, « en raison de l’inaction au cours de la dernière décennie pour contrer les effets de gaz à effets de serre ». Encore une fois, aucune promesse ni action concrète ; on s’en sort en pointant les gouvernements précédents.

Au niveau de la santé, le discours mentionne la sûreté de certains produits de base comme les aliments ou les jouets donnés aux familles et à leurs enfants. Et c’est tout. Pas d’investissement dans le réseau de la santé, dans les organismes communautaires, dans le sport ou encore, dans le domaine de l’enfance. Comment augmenter ou maintenir le niveau de santé globale des CanadienNEs en proposant uniquement des mesures de sécurité pour les aliments et les jouets qui sont vendus ?

Et ça passe !

Mais une telle montée de la droite ne devrait pas être une surprise puisqu’elle provient d’un parti qui ne cache pas ses allégeances. La surprise serait plutôt de la part des autres partis politiques, qui se disent, à la première occasion, à l’encontre des politiques et des lois proposées par le gouvernement Harper.

Ces mêmes partis ne cessent également de répéter que le premier ministre devrait arrêter de diriger le pays en tant que gouvernement majoritaire. Puisque ce n’est pas le cas, ils disent qu’il devrait faire attention parce qu’ils sont en mesure de renverser le gouvernement.
Ne faisant pas le contraire de ce qu’ils disent, le Bloc Québécois et le NPD ont alors voté contre ce discours.

Toutefois, après un discours qui laissait penser à un votre contre, le chef du Parti Libéral, Stéphane Dion, a annoncé que son parti ne ferait pas tomber le gouvernement Conservateur...puisque les citoyenNEs ne voudraient certainement pas d’une autre élection en si peu de temps.
Stéphane Dion a fait des demandes dans le but de modifier certaines choses... Mais est-ce que le gouvernement Harper les prendra en considération, compte tenu du fait que son discours a été adopté et ce, grâce à l’inaction du gouvernement Libéral ?

Aller dans un sens avec des paroles et aller dans le sens contraire avec des gestes

Ce qui est essentiel, c’est d’agir selon ses croyances, et non pas de dire certaines choses mais de s’empresser de faire tout le contraire. Comme avec les enfants, le premier ministre Harper a bien compris qu’il pourra dorénavant faire ce qu’il voudra. De peur de déclencher des élections parce que le gouvernement Libéral n’est pas assez fortifié et qu’il ne veut pas s’attirer les foudres des électeurs et des électrices, il votera alors en faveur de propositions qui vont à l’encontre des croyances et des valeurs du parti.

Est-ce pour cela que les gens ont voté pour eux ? Est-ce que c’est ça la démocratie ?

Josée Simard

Josée Simard est une intervenante sociale qui travaille dans la région de Québec.

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