Situation de l’économie canadienne et le tournant conservateur du gouvernement Carney
La guerre tarifaire imposée par Trump frappe de plein fouet l’économie canadienne. Les tarifs punitifs sur l’acier, l’aluminium et le bois d’œuvre menacent directement des dizaines de milliers d’emplois dans des secteurs-clés. Les grandes régions industrielles à travers tout le Canada voient s’accumuler les mises à pied. Pendant ce temps, la hausse de l’inflation, particulièrement dans le domaine de l’alimentation et du logement, étrangle les ménages. Si les travailleurs et travailleuses ayant des emplois permanents et syndiqués ont réussi à faire croître leur salaire au-delà de l’inflation pour 2024, les reculs subis au cours des années 2020-2022, n’ont pas encore été surmontés. Les employé-es à temps partiel qui ne sont pas syndiqué-es ont connu une détérioration de leur pouvoir d’achat. Le chômage, en baisse depuis quelques années, est reparti à la hausse.
Le capitalisme dépendant du Canada, arrimé aux États-Unis, révèle son extrême vulnérabilité face aux pressions impérialistes qui se traduisent par des attaques contre la majorité populaire. Le gouvernement libéral mise sur l’accélération de la mise en œuvre de grands projets d’infrastructures, de corridors énergétiques et l’exploitation minière. Il a adopté, pour ce faire, la Loi sur l’Unité de l’économie canadienne afin de réduire les normes de protection de l’environnement favorisant les profits des multinationales liées au capital fossile et minier, au prix même d’une aggravation de la crise écologique. Les Premières Nations, impactées par ces mesures, s’opposent fermement à l’exploitation de leur territoire et à la non-reconnaissance de leurs droits.
Cette logique écocidaire s’articule à une dimension géopolitique et militaire : la compétition internationale pour l’accès aux ressources et le contrôle des routes énergétiques pousse le Canada à augmenter ses budgets militaires et à s’intégrer davantage à la stratégie impérialiste des États-Unis et de l’OTAN. Plutôt que de défendre la souveraineté économique et sociale du pays, le gouvernement Carney compte injecter des milliards de dollars pour atteindre une hausse de 2% dans les dépenses d’armement, au détriment des services publics qui sont eux menacés d’importantes compressions. La course aux armements et le soutien à l’expansion de l’industrie militaire deviennent ainsi un autre moteur de destruction environnementale et de détournement des ressources publiques, qui pourraient autrement financer une transition écologique et sociale.
En ce qui concerne l’immigration, le premier ministre Carney se plie aux demandes de Trump de durcir la politique migratoire canadienne et de contrôler les frontières. Il renforce les patrouilles aux frontières, il diminue le nombre de travailleurs, de travailleuses et d’étudiant-es pouvant rentrer au pays, il réduit les droits des personnes réfugiées et attaque directement le droit d’asile.
Les gouvernements de Trudeau et de Carney n’ont pas hésité à s’attaquer au droit de grève des cheminots, des débardeurs et des agents-es de bord en usant d’injonctions répétées pour les obliger de retourner au travail. Aujourd’hui, ce sont les travailleurs et travailleuses de Postes Canada qui sont attaqué-es : fin de la livraison du courrier à domicile, menaces de privatisation partielle, fermeture de bureaux ruraux.
Le gouvernement Legault se fait le chantre de la loi et l’ordre
Au Québec, le gouvernement Legault connaît un recul majeur en ce qui concerne les intentions de vote et un mécontentement croissant contre ses politiques. Sa réponse : un virage brutal vers la droite. Il veut arrimer les entreprises québécoises à la manne des contrats d’armement, transformant l’économie en appendice du complexe militaro-industriel. Son discours lors du dernier congrès de la CAQ glorifie la « loi et l’ordre ». Le premier ministre François Legault s’apprête à lancer une offensive contre les syndicats : contrôle des finances syndicales, restrictions du droit de grève sous prétexte de « services essentiels » et changement du mode de négociation dans le secteur public jugé trop “rigide” .
Les coupes pleuvent dans la fonction publique : des licenciements et des gels d’embauche, ce qui conduit à des milliers de pertes d’emploi. Il aggrave la situation de sous-financement chronique des écoles et des hôpitaux. Les services à la population s’en trouvent fortement détériorés.
L’environnement est sacrifié : réductions dans le ministère de l’Environnement, retour en arrière sur l’électrification des transports par la levée de l’interdiction de vente de véhicules neufs à essence d’ici 2035, limitation du suivi environnemental pour les mines fermées, affaiblissement de la protection des milieux naturels. De plus, on envisage un affaiblissement des normes de réduction des GES et des secteurs entiers des énergies renouvelables sont laissés sous le contrôle d’entreprises privées.
Legault relance sa rhétorique démagogique contre les personnes migrantes et ressuscite un projet de laïcité identitaire et autoritaire, visant particulièrement les femmes musulmanes. Il présente un projet d’intégration culturelle qui s’inscrit dans une logique assimilationniste. Il bannit l’usage par le gouvernement de l’écriture inclusive.
Le mouvement syndical face à des défis majeurs
Les syndicats sont sur la défensive, mais la colère monte. Depuis 2022, les grèves se multiplient : enseignant-es, infirmières, travailleur-euses du transport, employé-es municipaux. Ces luttes montrent la volonté de résistance, mais la stratégie de concertation sociale empêche encore une rupture agissante avec l’ordre établi. Les débats dans le mouvement syndical (ex. les États généraux du syndicalisme) ouvrent la porte à une réorientation : vers plus d’unité, plus d’offensive, et une articulation entre luttes économiques et luttes politiques. Mais pour l’instant, la riposte devra se radicaliser si elle veut être à la hauteur de la brutalité de l’offensive patronale et gouvernementale.
Le mouvement des femmes et le mouvement écologiste
Le mouvement des femmes demeure l’un des foyers les plus importants de résistance. La Marche mondiale des femmes peut galvaniser la riposte. Il en va de même pour Mères au front qui lie luttes sociales, écologistes et féministes. Leur force est de mobiliser sur des enjeux concrets, comme la crise climatique. Le tissu associatif féministe demeure dense et actif.
Le mouvement écologiste multiplie les luttes sur de multiples terrains : protection de milieux naturels, opposition aux projets industriels polluants et à l’extension des sites d’enfouissement dangereux, lutte contre les réformes forestières donnant tout le pouvoir au privé, défense des espaces verts urbains et surtout dénonciation de l’inaction des gouvernements Carney et Legault face à la crise climatique. Si de nombreux groupes sont très actifs, les combats restent marqués par la fragmentation, la dispersion des énergies et un ancrage souvent strictement local.
Les minorités ethniques face au racisme décomplexé
Dans le climat actuel, les minorités ethniques et religieuses subissent un racisme systémique et décomplexé, nourri par les discours des partis nationalistes et relayé par des médias complaisants. Les attaques islamophobes et xénophobes se multiplient. Le mouvement antiraciste réagit avec courage, mais reste centré sur les communautés directement touchées, ce qui entrave sa capacité à susciter une solidarité plus large. Et le nationalisme conservateur tire vers le bas le soutien à l’indépendance en écartant la reconnaissance de la réalité plurinationale du Québec et en masquant le caractère émancipateur que pourrait avoir une indépendance inclusive.
Construire la convergence des luttes autour d’un projet émancipateur
Face à l’austérité, à la marchandisation de nos vies et à la montée des discours réactionnaires, nous affirmons la nécessité d’une rupture claire avec le capitalisme et ses institutions. Les syndicats qui défendent le droit de grève, les mouvements écologistes qui s’opposent aux mégaprojets extractivistes, les mouvements féministes qui dénoncent tant la violence faite aux femmes que la précarisation et la surexploitation des femmes dans les secteurs de soin et les mouvements antiguerre qui refusent la militarisation de l’économie se voient confrontés à une répression accrue.
Une résistance victorieuse du camp populaire ne peut s’appuyer que sur la convergence des luttes : celles pour le contrôle collectif de l’énergie et des ressources, celles pour les réinvestissements massifs dans nos services publics, celles pour le droit universel au logement, pour les droits des femmes et l’égalité de genre, celles de la résistance au racisme et pour la justice migratoire, celles pour la redistribution des richesses par une politique d’accès au logement et à la réforme de la fiscalité, …
C’est seulement par une telle convergence des luttes que nous pourrons inverser le rapport de force, briser l’hégémonie conservatrice et rouvrir la voie d’une alternative égalitaire, féministe, écologiste, antiraciste et véritablement démocratique. Cette convergence des luttes pourra trouver son aboutissement par la réalisation d’un projet de société démocratique : l’indépendance du Québec.
Les syndicats, les mouvements féministes, écologistes, antiracistes et populaires doivent coordonner leurs actions et dépasser les divisions. Ils doivent créer des assemblées de convergence locales, régionales et nationales capables de définir des revendications et des stratégies communes et de construire un front social et politique, capable d’articuler luttes sociales et projet politique de rupture, capables de rompre avec le capitalisme, de défendre nos droits et de bâtir un Québec juste, écologique, féministe, solidaire et indépendant.
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