Édition du 21 mai 2019

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États-Unis

Le plaidoyer des partisans.es du libéralisme social et économique contre B. Sanders Voter pour B. Sanders est un trop grand risque. C’est installer un lunatique dangereux à la Maison blanche

Le candidat à la présidentielle, le Sénateur B. Sanders, est énigme pour les progressistes. Depuis qu’en 1936, quand Franklin Roosevelt a déclaré « la bienvenue » à ceux et celles qui détestaient les intérêts corporatifs, aucun.e candidat.e sérieux.se n’a présenté un défi aussi direct aux pouvoirs conservateurs en place. Toutefois, en même temps, un dangereux lunatique est déjà Président du pays et B. Sanders, parmi les candidats.es démocrates à la nomination, est celui qui rendrait la réélection de D. Trump la plus probable.

Eric Alterman, The Nation, 15 avril 2019
Traduciton, Alexandra Cyr

Huit ans de Présidence Trump pourrait vouloir dire la fin du fonctionnement normal de la démocratie où les droits de certains groupes, les femmes, les minorités, les immigrants.es, les LGBT et d’autres, ne seraient plus garantis.

Je vais clarifier. J’ai été un fan et un partisan de B. Sanders depuis le moment où il a été élu maire de Burlington au Vermont, en 1981. J’ai été honoré de témoigner devant lui au Congrès il y a des années, et j’ai voté pour lui aux primaires présidentielles de New York en 2016. Je l’ai fait non pas en pensant qu’il pouvait gagner la nomination mais parce que j’espérais que de fortes interventions de sa part pourrait réveiller Mme Clinton et lui faire prendre conscience de l’importance des inégalités économiques ; et aussi pour rendre hommage à la bravoure dont il faisait preuve en critiquant Israël pour son occupation des territoires (de Cisjordanie).

Je me suis trompé. Bernie Sanders est devenu si négatif à l’égard de Mme Clinton que ça l’a handicapée lors de l’élection. Même s’il a fait campagne pour elle après qu’il ait perdu la nomination, plus ou moins 12% de ses partisans.es ont voté pour D. Trump et il y en a eu suffisamment parmi ceux et celles qui restaient qui ont voté pour la candidate kamikaze du parti vert, Jill Stein, que ça a aidé D. Trump a vaincre dans des états clés.

Cette année, il a embauché 2 conseillers de presse : David Sirota et Briahna Joy Gray. Le premier s’est récemment consacré à attaquer durement, sur Twitter, de possibles adversaires à la nomination de B. Sanders. Depuis, M. Sirota a éliminé ses archives Twitter. La seconde qui sévit aussi sur Tweeter, a voté pour J. Stein en 2016. Ces embauches semblent présager d’une campagne sans merci qui pourrait vraisemblablement amener B. Sanders à la victoire dans les primaires mais aussi aliéner la majorité de l’électorat.

Un sondage au Wisconsin, auprès de probables électeurs.trices aux primaires démocrates, le gratifie de 40% des voix mais, il compte déjà 45% d’avis négatifs parmi l’ensemble de l’électorat alors qu’elles étaient à 36% il y a trois ans. Son taux de popularité est de 46% soit 13 points de moins qu’à l’habitude. Et c’était avant que la droite de D. Trump, à Fox News, Breitbart, Facebook, Twitter, You Tube, ne tourne son attention empoisonnée vers lui, et sans oublier Wall Street et les autres industries qui vont sans doute vigoureusement s’opposer à lui.

Aujourd’hui, il insiste pour se présenter comme un « socialiste » mais il ne soutient plus les positions historiquement associées au socialisme. Il devrait savoir cela puisqu’entre 1972 et 78, quand il s’est présenté et a perdu 4 élections dans l’État du Vermont, il était sérieux en matière de socialisme. Il était candidat du Liberty Union Party. Sa plateforme appelait à la nationalisation de presque toutes les industries américaines et à un impôt de 100% sur les plus hauts revenus du pays. Il était encore socialiste en 1980 quand il était membre du collège électoral du Trotskyist Socialist Workers Party qui défendait l’abolition du budget militaire et proclamait sa solidarité avec Cuba et l’Iran alors que ce pays détenait 57 otages américains.

Dans ma jeunesse j’ai soutenu quelques-unes de ces positions mais je ne me suis jamais présenté à la Présidence. Et si jamais j’avais pensé le faire, je n’aurais probablement pas été d’accord pour me joindre à un rassemblement à Managua au Nicaragua en 1985. La foule scandait : « Ici et partout ailleurs, les Yankees vont mourir », pendant que le Président Ortega traitait mon pays de « pays terroriste », même si l’accusation était pertinente.

Je souligne ces éléments parce que selon un reportage du journaliste Kurt Eichenwald, les Républicains.es les ont en mains. Leurs dossiers sont aussi bondés de déclarations de soutien à ce genre de socialisme que B. Sanders a appliqué avant qu’il ne soit devenu ce qu’il est aujourd’hui, c’est –à-dire un social-démocrate de type « new deal » et libéral européen. La majeure partie de son programme est populaire, mais se qualifier soi-même de « socialiste » serait perdant selon des sondages récents. 74% de l’électorat n’est pas d’accord (avec cette orientation) et seulement 9% l’approuve.

B. Sanders parle constamment de la « révolution politique » qui, espère-t-il devrait le mener à la victoire. Comme moi, ses vues sont à la gauche du « centre » américain peu importe ce que cela veuille dire au juste. Aussi, il aura 79 ans en janvier 2021. Il refuse de rendre publiques ses déclarations de revenus et ainsi il prive les Démocrates d’une arme conséquente contre D. Trump (Cette semaine, il a déclaré qu’il le ferait. N.d.t). Il ne veut pas non plus devenir membre du Parti au nom duquel il brigue la candidature. Et je n’ai pas encore mentionné la faiblesse de sa position auprès de l’électorat crucial pour les Démocrates, que sont les Afro Américains.es et les femmes comparativement à celle de Mme Clinton. Il faut aussi compter avec la partie des électeurs.trices qui sont inconfortables face aux critiques envers Israël pour lesquelles j’admire toutefois ce candidat.

J’ai bien peur qu’une nomination de B.Sanders à la candidature à la Présidence livrerait le pays à D. Trump. Ce serait complètement déprimant pour tous les groupes dont j’ai parlé. Cela augmenterait le soutien électoral du probable empêcheur de danser en rond qu’est le PDG de Starbucks, Howard Schultz et tournerait un nombre significatif d’indécis.es vers D. Trump. En plus, les mères et grands-mères qui constituent la colonne vertébrale du site « Resistance » ont déclaré à la chercheuse Theda Skocpol, qu’à cause du traitement dur que B. Sanders a asséné à Mme Clinton en 2016, advenant qu’il soit le candidat démocrate à la Présidence, elles s’abstiendraient en 2020.

Tout cela est susceptible de changer et je pourrai peut-être un jour, voter pour Alexandria Ocasio-Cortez à la Présidence. Mais ça vaut plus pour ma fille. Mais au jour d’aujourd’hui, avec D. Trump à la Présidence, les Démocrates ne peuvent pas se payer le luxe de vouer l’avenir du pays à une « révolution » invisible. On espère que le Parti prendra conscience de cela assez tôt pour protéger les réalisations progressistes du passé de la destruction inévitable qu’un autre mandat Trump ne manquerait pas d’apporter.

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