Édition du 22 juin 2021

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Europe

Le président Poroshenko déclare que l'Ukraine est en guerre avec la Russie

Alex Lantier, countecurrents.org, 21 mai 2015, tiré du World Socialist Web Site
Traduction, Alexandra Cyr

Dans une déclaration enflammée faite hier, le 20 mai à la BBC, le président Poroshenko a soutenu que son régime est en guerre avec la Russie. Il bénéficie du soutien politique et militaire des États-Unis et de l’Union européenne. « Puis-je être absolument clair, nous ne faisons pas la guerre aux séparatistes soutenus par la Russie. Nous sommes en guerre avec la Russie », a-t-il déclaré. Il a jouté qu’il s’attendait à de nouveaux affrontements dans l’est du pays tenu par les forces séparatistes prorusses, et ce, au cours des prochains jours.

Il a réfuté les rumeurs voulant que, à la suite du déplacement de M. John Kerry, secrétaire d’État américain, à Moscou la semaine dernière, les rapports entre la Russie et les États-Unis se seraient améliorés. Cela voudrait dire, toujours selon ces rumeurs, que le support américain à l’Ukraine pourrait diminuer. Il a déclaré : « Juste avant son voyage à Moscou, (M. Kerry) m’a appelé depuis son avion et m’a donné tous les détails de ce qu’il entendait discuter là à propos de l’Ukraine. J’ai confiance. Je suis convaincu que l’Ukraine ne servira pas de monnaie d’échange entre les États-Unis et la Russie ».

M. Poroshenko a fait appel aux Européens pour l’aider à développer l’armée ukrainienne et son industrie de la défense pour qu’elles s’établissent à l’avant-garde faire face à la puissante armée russe. Le but, a-t-il déclaré, est : « d’avoir une armée proeuropéenne, ici dans l’est ; non seulement pour défendre notre souveraineté, non seulement l’intégrité de notre territoire ou notre indépendance, mais pour défendre la liberté, la démocratie, les valeurs européennes. C’est pour cela que nous combattons en ce moment ».

Ces remarques soulignent, encore une fois, l’insouciance avec laquelle Washington et ses alliés européens abordent l’Ukraine. Les Occidentaux ont soutenu le coup d’État mené par la milice fasciste, Secteur de droite, et installé un gouvernement pro-OTAN au pouvoir l’an dernier. Cette manœuvre visait à faire de l’Ukraine un poste avancé de l’organisation en plein cœur de la partie européenne de la Russie ; ce qui a plongé la partie est du pays, économiquement et culturellement liée à la Russie, dans une guerre civile. Nous en sommes arrivés à un point où la guerre pouvait se déclencher entre la Russie et l’OTAN qui tous deux possèdent des armes nucléaires capables de détruire la planète.

Plus tôt cette année, le président Vladimir Poutine a révélé que, l’an dernier, le Kremlin avait craint que l’OTAN ne déclenche une guerre générale en Ukraine et mette son arsenal militaire, y compris le nucléaire, au plus haut niveau d’alerte. Les déclarations provocatrices de M. Proroshenko alimentent ces tensions guerrières. Il n’a pas pu en parler comme il l’a fait, sans en avoir discuté au plus haut niveau à Washington, dont M. Kerry, en vue des discussions à Moscou.

Cela met aussi la lumière sur le poids de Washington dans cette situation. Le gouvernement américain ne cesse de faire pression sur ses alliés européens pour qu’ils maintiennent la ligne dure envers la Russie, malgré les retombées négatives sur l’économie européenne, les sanctions financières empêchant le commerce européen avec la Russie. En France et en Italie, des représentants gouvernementaux souhaitent un recul de cette politique invoquant des « progrès » depuis les discussions de paix de Minsk en février dernier et une atténuation des dangers de guerre.

Pour appuyer ses déclarations quant à la guerre entre l’Ukraine et la Russie, M. Proroshenko invoque la capture de soldats des forces spéciales russes sur le territoire ukrainien. Il a nommé le capitaine Yevgeny Yerofeyev et le sergent Alexander Alexandrov capturés dans l’est du pays ; le Kremlin nie que ces militaires aient été en exercice.

Ces faits renforcent les soupçons à l’effet que les forces russes soutiennent les séparatistes prorusses de l’est de l’Ukraine pour prévenir une cuisante défaite aux mains de l’armée ukrainienne et des ses alliés fascistes, tels les milices de Secteur de droite. Ce n’est pas pour autant une preuve que la Russie soit en guerre avec l’Ukraine comme le clame M. Proroshenko. Si c’était le cas, l’armée russe écraserait rapidement la faible armée ukrainienne si, évidemment, l’OTAN ne s’en mêle pas et ne déclenche pas une guerre mondiale.

Ces agissements confirment plutôt la décision insouciante des pouvoirs constituant de l’OTAN à l’effet de soutenir le coup d’État de Kiev. Cela a déclenché une guerre civile en Ukraine qui a failli mener à une dangereuse guerre par procuration entre la Russie et l’OTAN. La Russie a limité ses gestes en n’offrant qu’un soutien informel aux séparatistes de l’est du pays. Les agences de renseignement des alliés européens des Américains ont formellement contesté l’idée que la Russie se préparait à envahir l’Ukraine.

L’entrevue de M. Poroshenko ne sert qu’à entretenir les idées fantaisistes des forces antirusses qu’il cherche à se rallier. Il existe pourtant une opposition populaire de plus en plus importante contre la guerre dans l’est du pays et de ses conséquences économiques qui tournent au désastre.

En un an, de 2014 à 2015, l’économie ukrainienne a chuté de 17,6 % ; ce qui n’inclut pas les régions de Donetsk et de Lougansk où l’essentiel de la guerre a lieu maintenant, au cœur industriel ukrainien. L’économie s’y est effondrée de 30 à 40 %, la production industrielle y étant étroitement liée à la Russie. Elle a été perturbée par des mois d’affrontements qui ont fait des milliers de morts et obligé des millions de personnes à quitter la région.

La dette du gouvernement ukrainien se situe entre 41 % et 73 % de son produit intérieur brut (PIB). Ses créditeurs étrangers, sous la direction du gestionnaire américain de fonds, Franklin Templeton, refusent de donner l’évaluation exacte de cette dette. La compagnie publique de chemins de fer Ukrzaliznytsya a déclaré faillite la semaine dernière. L’effondrement de la monnaie, l’hrynia, a dégradé les conditions de vie et porté l’inflation à 60,9 %. Des masses de travailleurs-euses ont été mis à pied dans le secteur public et les subsides à l’industrie du charbon ont été éliminés.

Il y a eu de nombreuses manifestations de protestation dans la partie ouest du pays. Alors que le régime de Kiev veut utiliser la conscription pour répondre aux besoins de l’armée dans l’est du pays, beaucoup d’hommes tenter d’y échapper.

Le gouvernement Poroshenko cède ainsi aux pressions des forces d’extrême droite qui militent en faveur de la guerre et qui l’ont mené au pouvoir l’an dernier. Ce sont les descendants-es des membres des forces fascistes qui ont collaboré avec l’envahisseur nazi en ex-URSS et procédé à l’extermination des Juifs ukrainiens au cours de la deuxième guerre mondiale.

La semaine dernière, M. Poroshenko a entériné une loi qui interdit toute référence au communisme ou au passé soviétique de l’Ukraine. Cette loi glorifie des groupes fascistes comme l’Organisation des nationalistes ukrainiens et l’Armée ukrainienne des insurgés, y étant désignés comme des combattants-es pour la liberté.

Dans une entrevue à la BBC, on a questionné M. Poroshenko au sujet des ces forces d’extrême droite qui le soutiennent. Dans un premier temps, il a nié que ce soit le cas en attribuant de tels propos à la « propagande russe ». Comme le journaliste insistait à propos du rôle de l’organisation Secteur de droite et du Bataillon Azov, il a fini par dire qu’étant donné l’étendue des forces d’extrême droite (en Europe), comme le Front national en France et l’Independence Party en Grande-Bretagne, il ne trouvait pas que leur présence en Ukraine représentait un problème : « Elles sont actives en France, en Grande-Bretagne, en Autriche et dans certains autres pays européens. Je sais ce que c’est que d’être responsable et je vous garantis que l’Ukraine va maintenir sa tradition démocratique » a-t-il ajouté.

En fait, les déclarations enflammées du régime de Kiev à propos de sa guerre avec la Russie ne sont rien d’autre qu’une suite du fascisme du 20e siècle. Cette situation souligne aussi les mensonges des Occidentaux qui prétendent que leur intervention dans ce pays vise la défense de la démocratie et de la liberté.

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