Édition du 21 juin 2022

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Élections législatives en France

Législatives : l’extrême droite à un niveau historique

Malgré une campagne atone, le Rassemblement national sauve les meubles en se maintenant dans près de deux cents circonscriptions. S’il ne profite pas de la dynamique de l’élection présidentielle, le parti de Marine Le Pen est quasiment assuré d’avoir enfin un groupe au Palais-Bourbon. Éric Zemmour et ses candidats, eux, sont rayés de la carte.

13 juin 2022 | tiré de mediapart.fr

Au terme d’une campagne poussive, le Rassemblement national (RN) a, comme attendu, trébuché sur la marche des législatives - un scrutin traditionnellement très compliqué pour le parti d’extrême droite. Malgré son score historique de 42 % au second tour de l’élection présidentielle, le RN a pris de plein fouet l’union de la gauche en arrivant troisième au niveau national avec 19 % des suffrages exprimés, sensiblement derrière Ensemble et la Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale).

Scrutin après scrutin, le RN poursuit néanmoins sa progression, puisque son score est d’environ 6 points supérieur à celui de 2017. La capacité du parti de Marine Le Pen, qui ne comptait que huit députés sous la précédente législature, d’obtenir un groupe est quasiment acquise. Il est ainsi présent au second tour dans plus de deux cents circonscriptions. C’est deux fois plus qu’il y a cinq ans – le FN avait pu se maintenir dans 110 circonscriptions.

Jordan Bardella, président par intérim du RN, a immédiatement invité ses électeurs « au sursaut » pour le second tour, face à la forte abstention. Dans toutes les circonscriptions où se jouera un duel entre Ensemble et la Nupes, Marine Le Pen a quant à elle invité « les électeurs à ne pas choisir entre les destructeurs d’en haut et les destructeurs d’en bas », expliquant que « l’Assemblée nationale n’est ni une salle de marché, ni une ZAD ».

Parmi les candidats en bonne position pour entrer au Palais-Bourbon, ceux qui se présentent dans les Hauts-de-France sont une nouvelle fois en force. Il y a cinq ans, 5 députés sur 8 étaient issus de cette région. Marine Le Pen est grande favorite à sa réélection avec 55 % des suffrages exprimés dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Bruno Bilde, qui obtient 41 %, est largement devant le candidat de la Nupes Jérôme Darras (29,47 %) dans la 12e. Il devrait lui aussi être réélu sans encombre. Tout comme Sébastien Chenu, en très bonne place avec 44,4 % des suffrages exprimés dans la 19e circonscription du Nord, loin devant Patrick Soloch, le candidat Nupes (25,6 %).

Les sortants en bonne position

Toujours dans les Hauts-de-France, l’attachée de presse de Marine Le Pen, Caroline Parmentier, obtient 33 % des suffrages exprimés et arrive dix points devant la députée sortante MoDem Marguerite Deprez-Audebert à Béthune (Pas-de-Calais). L’ancien directeur adjoint de campagne de Marine Le Pen, Jean-Philippe Tanguy se hisse en tête dans la 4e circonscription de la Somme, avec 32,45 % des suffrages exprimés, devant le député sortant de la majorité présidentielle, Jean Claude Leclabart (25,10 %).

L’ancien journaliste de LCI Philippe Ballard, un des porte-parole de la campagne, se qualifie pour le second tour dans l’Oise avec 34 % des suffrages exprimés, devant Chanez Herbanne, candidate Horizons, le parti d’Édouard Philippe.
Chez les sortants, Emmanuelle Ménard, soutenue en 2017 par le FN, mais cette année partie sans étiquette ni candidat RN en face, recueille 46 % des suffrages exprimés, laissant loin derrière elle la candidate de la Nupes, Magali Crozier-Daniel (16,5  %). Elle devrait retrouver les bancs de l’Assemblée nationale dimanche prochain.

Également en bonne position, le conseiller régional de Bourgogne Julien Odoul arrive en tête dans la 3e circonscription de l’Yonne avec 35,17 % des suffrages exprimés, devançant la députée sortante macroniste Michèle Crouzet (21,52 %). Dans les Bouches-du-Rhône, Marseille excepté, le RN arrive en tête dans 5 des 9 circonscriptions. Le transfuge du parti Les Républicains (LR) Franck Allisio recueille 36,3 % des suffrages exprimés, devant le député LR sortant Éric Diard (29,8 %) dans la 12e circonscription. La conseillère santé de Marine Le Pen, l’eurodéputée Joëlle Mélin devance, elle, la candidate de la Nupes avec 24,8 %.

Reconquête éliminé partout

Sur une terre de conquête pour le RN, Edwige Diaz, déléguée départementale du parti d’extrême droite, arrive en tête au premier tour dans la 11e circonscription de Gironde, où elle obtient un confortable score de 39,42 %, devant Véronique Hammerer, la députée macroniste sortante (27 %).

Preuve que faire une bonne campagne n’est pas forcément nécessaire au RN, tant son socle électoral est solide, les candidats novices, qui se sont ridiculisés sur les plateaux télé, parviennent tous à franchir la barre du second tour. Sophie Carnicer, candidate dans la 2e circonscription du Territoire de Belfort, qui avait admis n’avoir « pas préparé » son débat de campagne, arrive en deuxième position avec 19 % des suffrages exprimés. De façon plus générale, le parti d’extrême droite est passé largement à côté de cette campagne qu’il avait décrétée, dès le départ, perdue d’avance.

Pour Reconquête, en revanche, la claque est sévère. Tous leurs candidats sont éliminés dès le premier tour. Éric Zemmour, qui s’était présenté à Saint-Tropez (Var), arrive juste derrière le candidat du RN Philippe Lottiaux et derrière la candidate d’Ensemble. La « prise de guerre » Guillaume Peltier, ex-vice-président de LR, qui se représentait dans sa circonscription du Loir-et-Cher, mais cette fois sous l’étiquette zemmouriste, arrive en cinquième position avec 13 % des suffrages exprimés. Le président de Génération Zemmour, le médiatique Stanislas Rigault, est quant à lui éliminé avec 10,54 % des suffrages exprimés dans la 2e circonscription du Vaucluse.

« L’extrême droite fait son meilleur score aux élections législatives, ce qui doit nous rappeler qu’elle a un ancrage solide dans les territoires et qu’elle ne sera pas balayée en une ou deux élections, analyse le chercheur spécialiste de l’extrême droite Ugo Palheta. Mais il y a deux mois on pouvait imaginer que le RN aurait beaucoup plus de députés, et la raison principale de cet échec, c’est qu’il y a une gauche unie, sous l’hégémonie d’une gauche de rupture pour affronter le RN sur le plan de la radicalité et de l’opposition politique. »

Lucie Delaporte

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