Édition du 16 juin 2026

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Syndicalisme

Les États généraux du syndicalisme : retour dans l’histoire

Des États généraux du syndicalisme sous le thème de L’union fait l’avenir ont été lancés le 31 mars 2025 par les centrales syndicales et une majorité de syndicats (APTS, CSD, CSN, CSQ, FTQ, FAE, FIQ, SFPQ, SPGQ). Un document de réflexion circule actuellement auprès des syndicalistes. Des forums de consultations sont en cours.

Marc Comby
Archiviste et historien des mouvements sociaux

À travers ces États, le syndicalisme réfléchit sur son avenir. Il s’agit d’arrimer cette réflexion aux courants sociaux qui influent sur le développement du mouvement syndical. Les défis sont incontestables. À travers l’histoire, des questionnements ont été organisés périodiquement pour relever les nouvelles réalités et les défis du moment du monde syndical. Car, gouvernements néo-libéraux et patronat s’attaquent sans cesse aux acquis de la population laborieuse.

Faisons un retour dans le passé pour comprendre cette volonté unitaire de riposter aux gouvernements néo-libéraux et au patronat en organisant des États généraux. En 1969-1970, les colloques régionaux intersyndicaux ouvrirent une ère nouvelle dans l’intervention commune syndicale.

En ces années de la fin des années 1960, les problèmes sociaux sont multiples. Parmi eux, le chômage, des fermetures d’usines, trop de logements vétustes, un endettement élevé des familles, fragmentation des quartiers, etc. Parmi les nombreux problèmes, la lutte la plus symbolique concerne le logement quand les augmentations démesurées atteignent de 20% à 50%.

La FTQ, à son congrès d’octobre 1967, adopte une résolution en faveur d’une conférence exploratoire pouvant mener éventuellement au « regroupement des forces politiques de gauche au sein d’un parti provincial populaire ». Dans le même temps, en novembre, le Mouvement Souveraineté Association (MSA) de René Lévesque, devenu le Parti québécois (PQ) en 1968, est fondé.

Après nombre de pourparlers, les centrales syndicales adhèrent à l’idée d’une conférence regroupant les forces progressistes de changement. L’ensemble des représentants des mouvements syndical, coopératif et agricole sont convoqués pour le 18 avril 1969. L’invitation est faite de participer à une réunion « en vue d’établir un programme de travail pour organiser un colloque des forces de gauche » en s’assurant du caractère inclusif de l’événement.

Pour favoriser la participation du plus grand nombre, un colloque aura lieu dans chacune des régions. Les objectifs et le contenu des colloques sont définis en comité de travail les 5, 15 et 27 août 1969. Deux grands thèmes sont ciblés 1) La condition du salarié et du consommateur ; 2) Le salarié dans sa municipalité. Il est décidé qu’un grand colloque national devra clore les colloques régionaux.

Les travaux donnent lieu à un document majeur autour de onze thèmes : les aspects de la condition de salarié, la place du consommateur, les assurances et les caisses de retraite, les loisirs, le logement, la sécurité sociale, les partis face au développement économique, les impôts, l’endettement, l’éducation et le rôle du salarié dans les municipalités. Ces contributions ont données lieu à un volumineux rapport doté de chiffres et de données probantes en mars 1970. Les rencontres dans chacune des régions eurent lieu en avril et mai 1970. Le rapport des colloques mentionne que 2 340 personnes, dont 492 de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), 850 de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), 356 de la Corporation des enseignants du Québec (CEQ) et 411 des groupes populaires, ont pris part aux débats et délibérations.

Pour assurer une efficacité, dans chaque région, des comités régionaux de coordination seront mis sur pied. À un niveau supérieur, les centrales verraient à créer un secrétariat central et conjoint des CAP. Une tâche primordiale des CAP est de présenter des candidats salariés dans les municipalités et les commissions scolaires et de surveiller de façon étroite leurs représentants.

Au sortir de ces colloques, le principe d’un colloque provincial intersyndical est adopté par chacune des centrales dont la tenue est prévue pour le mois de septembre 1970. L’objectif est d’élaborer les politiques définies par les colloques et d’établir les moyens d’action pour les réaliser. Les attentes des délégations participantes aux colloques régionaux avaient été grandes à l’endroit de ce colloque qui n’aura finalement pas lieu. Le 29 avril 1970, le PQ obtient 23,1% des suffrages et sept élus à l’Assemblée nationale du Québec. Les forces syndicales étaient divisées quant à la nature de la participation des salarié.e.s au niveau municipale et scolaire. La montée du PQ en tant que force nationale progressiste va freiner les forces syndicales de s’unir derrière l’organisation d’un colloque provincial.

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