Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Dérégulation, privatisation et « cheap labour »

Les zones franches du Président Obama

Mike Withney [1], Counterpunch.org, 10-12 janvier 2014,
Traduction, Alexandra Cyr,

La personne qui a promis de rétablir l’espoir et le changement aux États-Unis a annoncé un plan pour établir cinq zones franches dans le pays. Le Président Obama, dont les politiques ont mené à la plus importante perte d’emplois dans le secteur public de l’histoire des États-Unis (perte de 718,000 emplois depuis sa première assermentation) a annoncé l’ouverture de cinq « zones de promesses » à San Antonio, Philadelphie, Los Angeles, dans le sud-est du Kentuky et chez la Nation Choctaw en Oklaoma. Selon USA Today : « Dans ces zones, le gouvernement fédéral prévoit de créer des partenariats avec les gouvernements locaux et des entreprises du milieu, de les faire profiter d’exemptions de taxes et de leur accorder des subventions pour lutter contre la pauvreté ».

Mais la lutte contre la pauvreté n’a rien à y voir. Ce que M. Obama fait c’est d’inonder les plus grandes entreprises du pays avec encore plus de subventions et exemptions d’impôts tout en leur offrant une armée de pauvre travailleurs-euses pour qu’elles puissent gagner encore plus. Ces entreprises ont fait des profits sans précédents l’an dernier et sont assises sur un magot de plus de 1,3 mille milliards de dollars en ce moment. Le Président croit que la richesse produite dans ces zones (de profits non de promesses) va finalement retomber comme une pluie bienfaisante sur les résidentEs des environs. Pourtant le Christian Science Monitor note : « Il est difficile de dire si un tel programme va bénéficier au plus pauvres ou si la richesse produite ne va pas rester dans les mains des propriétaires des industries qui auront bénéficié des exemptions d’impôts ».

USA Today ajoute : « Le Président déclare que son administration veut devenir ‘le partenaire des 20 villes les plus touchées (par la crise) dans le pays et remettre ces communautés sur leurs pieds. Nous allons travailler avec les leaders locaux pour diriger les ressources vers la sécurité publique, l’éducation et l’habitation ».

Traduisons : L’administration Obama s’engage à assister l’oligarchie entrepreneuriale de toutes les manières possibles même si cela peut vouloir dire d’en tirer encore plus de la classe moyenne qui diminue toujours et de réduire des millions de durEs travailleurs-euses à des niveaux de pauvreté dignes du tiers-monde. La dérégulation veut dire que les entreprises vont s’emparer des services publics : police, éducation et d’autres susceptibles de leur apporter bien des profits.

Le New-York Times rapporte que : « Les porte-paroles de la Maison Blanche ont déclaré que ce programme ne sera pas financé avec des fonds nouveaux. Il sera dirigé vers de l’aide aux administrations locales et à des agences dans le milieu pour les ‘aider à se débarrasser des dépenses inutiles et à avoir accès aux ressources déjà en place’ ».

Pas de nouvelles sommes ?

Qu’en dites-vous ? Celui qui a sorti des milliards et des milliards pour sauver Wall Street ne sortira pas un sous de plus pour aider les plus pauvres de la nation, les gens qui sont le plus dans le besoin ? Non, il va tout faire pour éliminer les contraintes pour que les corporations les plus voraces viennent se nourrir dans l’auge de la dépression des services publics.
Le sénateur républicain Mitch McConnell, leader de son parti au Sénat a complimenté le Président pour son projet de zone « de promesses » dans l’est du Kentuky : « J’ai envoyé un courrier l’an dernier pour soutenir ce choix. Cette région a grandement souffert de la récession économique depuis plusieurs années ».

Que le Sénateur McConnell aime ce plan en dit long n’est-ce pas ?
Ce programme aussi appelé « Plantations » était une réalité bien connue dans le Sud d’avant la guerre civile. Elles ont été abandonnées par la suite. Une nouvelle génération de voleurs de haute classe veulent faire revivre cette tradition. Ils pensent que pour venir à bout de la faiblesse de la consommation et de la stagnation économique persistante il faut en finir avec les protections ouvrières et faire absorber encore plus les coûts de la production aux travailleurs-euses. La proposition des « zones de promesses » du Président Obama leur donne un moyen de se sortir des chaines des « couteuses règlementations » et de rétablir ce que les PDG considèrent comme l’ordre naturel des choses, c’est-à-dire un monde où le combat est la règle et où le plus fort et le plus malin gagne. C’est le monde où M. Obama a pas mal réussi même s’il lui a fallu, pour y arriver, se distancer de sa base et laisser sur le bord du chemin certains de ses amis ; par exemple M. Jeremiah Wright [2]. Il est arrivé au sommet. Cesser ce jeu n’a jamais été dans ses plans.

Cette idée de « zones spéciales » n’a rien de nouveau. Elle a été implantée en Angleterre, en Australie et ailleurs, là où le cartel des grandes banques exerce son emprise. À Tokyo, le mois dernier, le Premier ministre de droite M.Shinzo Abe a aussi annoncé la création de « zones économiques spéciales ». Voici un court sommaire de ce plan tel que publié dans le Japan Times : « Les zones spéciales visent à susciter l’investissement privé en offrant le retrait de certaines régulations et en accordant des réductions d’impôt à Tokyo, à Osaka et dans la préfecture centrale de Aichi. Ces dérégulations vont permettre à des entreprises privées d’administrer des écoles, permettre à des experts d’enseigner sans avoir à détenir de brevets d’enseignants, d’étendre la possibilité que des médecins et des infirmières étangèrEs puissent travailler dans leur domaine, vont faciliter l’usage de médicaments étrangers et augmenter le nombre de lits d’hôpitaux ».

Ça vous rappelle quelque chose ? La dérégulation, la privatisation et la main d’œuvre à bon marché ; c’est le cocktail toxique qui a fait s’évaporer la classe moyenne aux États-Unis et l’a carrément détruite dans nombre de pays en développement.

M. Obama parle de zones de promesse. Pour les entreprises c’est le mot plantations qui convient le mieux.


[1Mike Whitney est l’auteur de Hopeless : Barak Obama and the Politics of Illusion, AK Press.

[2M. Wright était son pasteur. Il a fait une gaffe dans une déclaration publique et M. Obama s’en est aussitôt dissocié. N.d.t.

Alexandra Cyr

Retraitée. Ex-intervenante sociale principalement en milieu hospitalier et psychiatrie. Ex-militante syndicale, (CSN). Ex militante M.L. Actuellement : membre de Q.S., des Amis du Monde diplomatique (groupe de Montréal), animatrice avec Lire et faire lire, participante à l’établissement d’une coop. d’habitation inter-générationnelle dans Rosemont-Petite-Patrie à Montréal. Membre de la Banque d’échange communautaire de services (BECS) à Montréal.

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